LES PARTIS
Esprit de la geniilhommerie. — La chevalerie. — Les filles de !a reine. — Mœars de la cour. — Les psaumes de Marot. — Catherine de Médids. — La féodalité. — I^a maison de Guise. — La maison de Bourbon. — Montmorency. — Chàtillon. — Parti catholique. — Huguenots. — L'amiral Coligny. — Les Guise. — Situation des provinces.
L'esprit de la forte et grande chevalerie féodale s'était éteint dans les tristes défaites de Crécy et d'Azincourt, comme la haute vassalité avait disparu sous la main bourgeoise de Louis XL Quand les épais carrés de lances eurent besoin de se barder d'arquebusiers et de longues couleuvrines qui fracassaient cuirasses , bauberts et brassards ; lorsque les suisses , les reitres , les fiers manants des communes purent se défaire avec une balle d'arquebuse ou de pistole du plus puissant des barons, que devenait le courage individuel de ces braves paladins dont la forte lance renversait naguère des bataillons entiers d'archers, de cousteliers et d'arbalétriers habiles? Cependant François I" avait cherché à raviver l'esprit chevaleresque des vieux temps, non point qu'il pût évoquer du tombeau une institution qui était morte avec les idées et les mœurs de
lacoftquéte féodate ; tnate le courage galant du preux monarque se complaisait dam les ûèfes prouesses, les bons couïis d'épées, 1^ eombats à fef émoulu qui allaient « bien avec i'aramir des dames, à la gracieuse licence des mœurs et des propos, lamafe les tournois, les chocs des longues piquées n'avaient été plus fréquents et plus hardis t on se mêlait aux joutes par amour de sa mie , roi, princes du «ang e% simples ctievaliers. Quels beaux échafauds parés de mille couleurs î quelle foule de nobles damoiselles donnant le prix de vaillance à travei'S les trophées d'aranes et les blaseras! Tous les grands romans de chevalerie étaient imprimés et formaient la délectable lecture de la cour et des châteaux des gentilshommes ; on aimait à narrer les belles prouesses des paladins du grand Charles; de ce Roland de puissante mémoire qui ébranla les Pyrénées des éclats de son cor enchanté pour demander aide à Boncevaux ; de E^aaud de Montauban, léger et galant ohevalier qui enleva tant de fleurs d'amour^, d'Oger-le-Banois, vieux lils de ces pirates du nord qui désolèrent les cotes 4e France. On se plaisait à suivfe k belle Angélique dans s^. courses vagabondes au Cathai, à la cour de Charles, la timide Fleur-d'Épine, la fière Bradamante, cet Astolphe si fou et si léger, bienheureux possesseur de la merveilleuse lance d'or; Maugis l'enchanteur qui joua douze bons tours à l'empereur Chaiies^ et à la fin le mit dans un sac au siège de Montauban.
La cour de Henri il et de Catherine de Médicis avait conservé le genHî usagé des Mes de la reine, nobles dames q[ui servaient les intimités du palais. Lorsque François ï**" allait courre le cerf â Fontainebleau ou dians la fbrèt de^Cfeattibord, celte nomiffeuse suite de beHes damoiselles l'aecompagnaiH, et là le roi prenait ses ébattements et plaisiî*s, et y demeurent quelquefois huit jours, dix jours, quelquefois plus, quelquefois moins. « Je les ai vues quasi toutes mariées et ne les nommerai que filles ces damoiselles, continue Brantôme ; dirois bien, et nommerois bien tous les gentilshommes avec qui elles ont esté mariées ; aussi crois-je que le meilleur temps qu'elles ont
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jasitûs e^^ et ;qu'ou leur demande, c'est quand <)lles estoieut filles; caf leUasavoieat Imr libémi arbiU'e pour être religieuse, aussi bien de Vénus que de Diane. » Tout noble «eigHeur, iout bra^e chevalier qui n'eût sa belle maîtresse paraù les filles de la rei&e, et François P% comme ses successeurs, fit 4e cet ascendant des femmes un mcMle de politique. I.orsqu'oD parcourt les poètes du temps, et Marot surtout, véntable «Kpression de cette gentilbommerie du palsus de U"^ Marguerite de Navarre et de Fra&cois l®% au oiilieu duquel il avait ¥écu, QQ se fait ubc juste idée de leur ibUe et gracieuse cour. I^outos ies poésies de €lément respirait une aimal>le licence ; itattôt il peiat le temple de €uiMdo, tempie cbarmant dont il compare les rites d'amo«ir et les cérémonies galantes à toutes les pompes de Téglise, même le baptême que reçoivent les dames ; tantôt il reproduit la veille de Noël^ ses doux cantiques, ses crèches saintes^ vénérables traditions des premiers temps du cbristianisme, « nuit heureuse, dont la noireté est ^ favorable aux amadabts ; » taatôt, plus libre encore, il parie des messes d'amour, des r€qKMem de Gupido. Une g^^lanterie mystique, un mélange d'amour et de dévotion, formaient le caractère s^^écial de la cour de Fraôçeis P"" at de Henri jl son successeur. Au aiiiieu des plaisirs et de la débauche^ .dans les fiBslins ou à la chasse, oa chantait de belles prières .et des psaumes, ^ceux de Marot surtout. « Chacun des princes et courtisans en prit UB fKHir fioy. Le roy Henri Haimoit et prit pour Je sien : Ainsi qtt'igmowyi U aerf^ruire, lequel le chantoiU à ia ichasse. M""^ de ¥alentijiok3(, qu'iJ aiimoii» prit pour elle : Du fond de ma pensée, qu*d^ chatntoit en volte. La royne avoit choisi : ^e veuiUez piMs,4 tvre, avec un air sur le chant des bouffoos. Le roy de Navarre Antcwne prit : iiex>en§e moy, prem ma ^ler^Ue, qu'il •chantoit eu branle dePoictou.» On s'occupait de prières, d'îucnour et d'astrologie ; il n'était pas de vaillant chevalier, de prince et de femme de la cour qui n'eût son horoscope ; le culte des saints avait fait place.^ la superstition des astres, des constellations et d s signes. Les hommes les plus graves ajou-
taient foi aux prédictions de Nostradamus, puissance nouvelle qui s'élevait sur les premières et bien faibles bases de la raison humaine.
, Cette impulsion de la cour venait surtout de la reine Catherine de Médicis, tout à la fois esprit de modération, d'intrigues et de galanterie superstitieuse. On a mal jugé Catherine de Médicis parce qu'on Ta trop souvent séparée des opinions et de l'époque auxquelles cette reine appartenait. Il faut voir Catherine aux prises avec les nécessités de son temps, en face de deux partis armés, cherchant à amener des transactions, des trêves, obéissant toujours à la loi du plus fort quand elle ne pouvait pas la tourner : elle s'était vouée de cœur et d'âme au parti modéré, et pourtant elle se jeta dans les excès des protestants et des catholiques ; et tout cela pour ménager sou pouvoir , car dans les crises politiques, il faut aller à la violence si Ton veut conserver quelque ascendant sur les factions. Les résultats de la conduite habile de Catherine de Médicis furent immenses ; elle sauva l'autorité royale menacée ; tutrice de ses trois fils, elle leur assura la couronne au milieu des tiraillements des partis, tandis que l'Espagne, l'Angleterre, la Savoie voulaient établir leur puissance dans le beau royaume des Valois. Elle fut admirable de précautions dans ces crises violentes : tête laborieuse, active, elle faisait tout par elle-même ; sa vaste correspondance est éparpillée dans mille recueils : elle écrivait à tous et pour toute chose, à l'intérieur comme à l'étranger. Fille de Laurent de Médicis et de Magdeleine de Boulogne, pauvre héritière pour un roi de France, car elle n'avait pas plus de six vingt mille livres de rentes, Catherine s'était acquis de l'ascendant sur François P' dont elle servait les goûts et les caprices. Encore dauphine, elle avait sollicité 'comme une grâce d'accompagner le roi son beau-père dans ces galantes parties de chasse où de jeunes filles, à l'imitation de Diane, et pour fêter la duchesse d'Etampes, couraient le cerf et venaient se reposer dans de folâtres rendez-vous. A la mort de François I", Catherine, stérile en-
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core, avait évité une répudiation par son habileté. Sa tactique était de ne brusquer aucun parti, de saisir tous les caractères par leurs vices et leurs foiblesses ; elle avait appris à Técole italienne à ne jamais désespérer de rien, à faire servir toutes les causes à sa fortune, à ne tenir aucun compte de la parole humaine. Dans sa longue vie de palais, elle eut tant à voir et à peser la petitesse de notre nature, qu*elle en avait contracté un mépris profond pour tous. Elle était galante et belle, mais de cette galanterie ambitieuse qui cherche un triomphe politique même à travers les faiblesses de femme. Le vieux gentilhomme qui a tant écrit sur la cour de Henri II, nous peint ainsi Catherine de Médicis : « Elle étoit de fort belle et riche taille, de grande majesté, toutefois fort douce quand il falloit, de belle apparence et bonne grâce, le visage beau et agréable, la gorge très belle et blanche et pleine ; fort blanche aussi par le corps, et la charnure belle et son cuir net, ainsi que j'ai ouy dire à aucune de ses dames, et un embonpoint très riche, la jambe et la grève très belle ; et qui prenoit plaisir à se bien chausser, et à avoir la chausse bien tirée et estendue. Du reste, la plus belle main qui fust jamais veue, si crois-je. Les poètes ont loué jadis Aurore pour avoir des belles mains et de beaux doigts, mais je pense que la royne Teust effacée en tout cela ; et si Ta toujours gardée et tenue belle j usques à sa mort*.» Avec ce naïf éloge du vieux courtisan, il est curieux de mettre en parallèle le violent pamphlet intitulé : Discours merveilleux de la vie, actions et déportements de Catherine. Henri Estienne y compare les crimes de Catherine à ceux de Brunehaut, et tire Fépouvantable horoscope des deux reines. Ce pamphlet fut traduit dans toutes les langues : « Il couroit partout, dit TEstoile ; la royne même se le fit lire, riant à gorge déployée, et disant que si on le lui avoit communiqué, elle en auroit appris bien d'autres qu'ils ne savoient pas , dissimulant, à la Florentine, le mal talent quelle en concevoit contre les huguenots; le cardinal de Lorreine l'ayant lu, dit
I i^tiAmbuEy Catherine de Médicis,
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à un Sien familier : «Crois-4noi, Montagne, les mémoires des huguenots ne sont pas toujours certains; mais de ce côté ils ont bien rencontré, et 3*en sais quelque chose. » La cour si gaie, si engageamto de Catherine avait attiré auprès du mi une multitude de gentilshommes qui naguère vivaient dans leurs vieux châteaux et leurs bois touflHis. La grande féodalité n'existait plus; on ne trouvait dans cette vieille France, autrefofô divisée en grands fiefs, que des tenanciers et des ar^ rière-vassaux qui possédaient quelques villes, de ridies t^res avec haute et basse juridicti(m, et souveraineté absolue quelquefois. Toute la hiérarchie, depuis Tamiral de Châtitloii, le connétable de Montmorency, jusqu'au prince de Condéet à la maison de Guise ; toute cette puissante noblesse tenait des duchés, des manoirs, mais aucuns n'étaient plus hauts feudataires de la couronne ; il y avait loin d'eux à ces ducs de Bourgogne, de ftretagne et de Normandie qui avaient autrefoiô lutté contre leur «uîserain, et ébranlé sa couronne. La noblesse de cour n'offrait aucun nom, aucun vassal qui seul parsa puiSr sance territoriale pût être redoutable au roi de France; ce danger avait disparu; to«« ne pcmvaient être véritablement forts que par une ligue reposant sur d'autres principes et déterminée par des mobiles différents; la terre et sa hiérarchie n'étaient plus le lien sodal.
A l'avènement de Henri II, deux intérêts des princes du sang divisaient la cour; d'un côté la maison de Guise, de l'autre la maison de Bourbon. La grande famille de Lorraine, dépouillée par Louis XI de l'Anjou et de la Pi'ovence, avait dissimulé son mécontentement et chenchait une nouvelle fortune par ses services. François de Guise représentait la vieille et puissante raœ qui avait porté la couronne royale 4 Naples et donné des comtes de Prov«îce et d'Anjou. M. de Guise possédait non seulement un de ces couiuges de chevalerie , fréquents alors dans cette vie de tournois et de grands coups d'épée, mais encore la capacité, moins générale, de diriger les affaires. Affable, populaire, le duc de Guise ser-
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vait avec zèle aux batailles comme aux conseils. Je ne sache aucun chef de parti avec de plus belles et de plus hautes conditions de pouvoir. Ce fut une merveilleuse popularité du temps. Il ne se présentait au palais des Tournelles ou du Louvre que suivi (jle trois ou quatre cents geutilshoom^ qui se pressaient sur ses pas,» et lui» aimant les pompes, Ttclat» sachant tout le prestige qu'ite exerçaient sur la multitude, parcourait les rues de Paris sur son beau cheval caparaçonné, vêtu d'un pourpoint cramoisi, ave une toque noire surmontée d'une |)lume rouge; un petit mimtelet d'ber^aine coo^était son costume^,
Brillante et noble lamille, la maison deQuise comptait cinq fils encore. Le cardinal de Lorraine^ d'une administration habile, d'une vaste science, embrassait toute l'érudition de l'église cathohque ; sa vanité était alors de briller par la parole ; prélat éclairé, il était opposé aux calvinistes, plutôt par position que par conviction ; il avait même du penchant pour l'église luthérienne : « Je l'ai vu discourir de la confession d'Âugsbourg, dit Brantôme, et l'approuver à demi, voire même la prêcher pour plaire à messieurs les Allemands. » Ami de Bèze, il eut pour lui l'estime que le célèbre orateur calviniste. lui rendit. « L'un et l'autre ne pouvoient s'exalter assez comme deux beaux chevaux qui s'entregraltent Tun et l'autre, et non pas conmie deux ânes. » Le cardinal de Guise, homme de plaisir, cardinal des bouteilles, comme le dit FEstoile , était le troisième frère. Puis venaient : le grand prieur, brave aventurier, « autant expert et bon marinier que les pilotes, comités, argousils et matelots ; » le marquis d'Elbœuf, alors tout effacé par sesahiés;^nfin M. d'Aumale, vaillant capitaine, d'une petite portée d'esprit, et que les gens d'armes tenaient pour malheureux en guerre, cruel et vindicatif.
Depuis que la société se divisait en deux croyances par la prédication de la réforme, la maison de Lorraine s'était faite l'expression du princq;)e catholique, alors si énergique sur le peuple.
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La maison de Bourbon (Vendôme) était activement rôpré^ sentée par trois frères : Antoine, roi de Navarre, le prince de Condé et le cardinal de Bourbon. Dès l'origine de la prédication de Calvin, je rappelle que le roi de Navarre avait protégé les opinions nouvelles avec précaution , mais efficacement. Antoine eut toujours auprès de lui son ministre David, comme les rois catholiques conduisaient avec eux leurs pieux chapelains pour dire et ouïr messe. Il passa de^cette grande ferveur du calvinisme à la foi catholique ; et c'est une chose curieuse que ce changement simultané qui donna Jeanne d'Albret à Thérésie, et ramena son époux à Téghse romaine. Elle avait dit à Antoine de Bourbon : « Prenez garde, mon mari, si vous voulez vous ruiner et faire confisquer votre bien, je ne veux point perdre le mien, ni si peu qui m'est resté du royaume des rois mes prédécesseurs, lesquels pour l'hérésie ont perdu le royaume de Navarre. » Dans ses jeunes et folles années, Jeanne d'Albret aimait autant une danse qu'un sermon; mais, plus tard, elle s'éprit du calvinisme si bien, qu'elle put dire à Catherine de Médicis : « Madame, si j'avois mon royaume et mon fils, je les jetterois tous deux à la mer plutôt que d'aller à la messe. » Il y eut autant de fanatisme dans cette tête qu'il y avait de calme, de modération et de politique dans celle de Catherine de Médicis ; l'une aurait volontiers souffert le martyre pour le prêche et la cène, l'autre aurait sacrifié la messe et le sermon à la paix de l'état et surtout à son pouvoir. Esprit indécis et souple, Antoine de Bourbon ne se prononça d'abord que très faiblement contre le catholicisme, qu'il embrassa depuis avec cette ardeur qui veut donner des gages à un nouveau parti. Toute sa préoccupation était de reconquérir les terres de Navarre que l'Espagne avait confisquées , et de se faire un état brillant dans la Sardaigne, où il pavsserait sa vie sous l'ombrage des orangers et des citronniers , au milieu des bosquets de roses, « lie d'amour telle que le bon archevêque Turpin avoit décrit les jardins de la fée Moi^ane. » Louis de Bourbon , prince de Condé , n'avait rien qui frappât
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}es yeux de la multitude et juslifiât ses inclinations. Sa taille était petite, ses épaules larges et hautes ; il montait hardiment à cheval, maniait Tépée et la dague avec adresse. Il était galant, spirituel, aimait les femmes avec passion, et le peuple disait de lui que a ce joli petit homme riait et causait toujours, et haisait toujours sa mignonne. » Le cardinal de Bourbon, depuis célèbre au temps de la ligue, se rapprochait, par ses opinions, du tiers-parti , il n'était ni fanatique ni imbécile, comme une école a voulu le représenter. Quand on lui donna une couronné, c'est que la fraction parlementaire de la ligue voulait faire une concession aux opinions modérées, prendre un terme moyen et catholique pour repousser tout à la fois Henri de Navarre , chef des huguenots , et le parti populaire des halles de Paris sous les Seize. Homme de science et de mœurs douces, le cardinal de Bourbon servait d'intermédiaire entre la maison de Lorraine, Catherine de Médicis et ses frères. Les rivalités de races et de croyances s'assouplissaient en passant par sa parole.
Chacune de ces maisons de Guise et de Bourbon avait dans son parti , car la France se fractionnait alors ainsi, une foule de hauts gentilshommes , qui leur tenait par des liens de parenté ou d'affection. Au milieu d'eux tous était Anne de Montmorency, connétable de France, vieillard inexorable, sans opinion bien prononcée, et qui exerçait sa grande charge avec une vigueur aussi remarquable que son exactitude à réciter ses prières et dévotions : «Tous les matins il ne failloit de dire et entretenir ses patenôtres; fust qu'il ne bougeât du logis, ou fust qu'il montât à cheval ; et disoit-on qu'il se falloit garder des patenôtres de M. le connétable; car en les disant ou niarmottant , lorsque les occasions se présentoient , il s'écrioit : « AUés-moy prendre un tel; attachés celui-là à un arbre; faites passer celui-là par les piques tout à cette heure ; taillésmoy en pièces ces marauts ; boutés-moi le feu partout. » Et ainsi tels ou semblables mots de justice et police de guerre, sans se desbaucher nullement de ses paters, jusqu'à ce qu'il
les eust parachevés , pensant faire une grande ^reur 'sil tes eust remis à plus tard, tant il estoit consciencieux. » L'esprit du connétable, et celui surtout de son époque, se révèlent ici tout entiers; il ne ^ut jamais l'oublier dans le récit de ces guerres sanglantes. Anne de Montmorency avait une activité de vieillard merveilleuse, mais un dévouement variable, tantôt pour la reine, tantôt pour MM. de Quise ; enfin des liens étroite de Êtmille Punissaient avec les Cbàtillon, huguenots prononcés. Après le complot d'Amboise, le connétable se dessina tout à fait pour les Guise et le parti catholi* que, et le champ de bataille fut son tombeau. Le caractère de Goligny , dont la poésie philosophique s'est emparée pour rélever haut, était loin de cette perfection calme, de cette modération vénérable. Esprit aussi altier qu'Anne de Montmorency, l'amiral, d'abord uni dans une intimité chevaleresque avec le duc de Guise, s'en était violemment séparé, et cela le jeta dans le parti protestant avec d'Andelot son frère, colonel de l'infanterie française, et le cardinal dé Gbâtillou, esprit étrange qui, revêtu de la pourpre romaine, faisait célébrer la cène calviniste dans sa cathédrale^ et assistait au sacre avec sa femme , cardinale el comUsse de Beauvais. J'aurai besoin de rectifier bien des idées sur l'amiral, caractère le plus médiocre de son temps, et qui, pai* sa crédulité confiante, sa vanité flattée , exposa son parti à l'extermination. Ctoligny se pose ch^ des huguenots ; il en partage tous les excès, prépare l'assassinat du président Minard, comouinde celui du duc de Guise; il prend en main les batailles, les perd toutes, à la tête pourtant d'une vaillante noblesse. Aux premiers alléchements de Catheiine, il accourt se livrer lui et les siens à un mouvement populaire inévitable ; crédule vieillard, il se laisse dominer par l'espérance d'une tutelle royale sur le jeune Charles IX. Son ambition était d'arraché le pouvoir à la reine-mère, de la brouiller avec ce fils qu'elle gouvernait. De l'austérité dans la parole et les manières; au fond, de l'intrigue et la soif de l'autonuyel était l'amiral ; il périt enfin par
i'ordro de Talné des Guise, dont il avait ^it ftiapper le père : tristes soèoes d'uB temps de discordes, d'assassinats, de duels et de vengeances I Puis, vous trouviez toute une gentilhom^ merie prête au combat, les maréciiaux Saint* André et de Brissac, le prince <te la Roche-sur-Yon , les sires de Cessé, de Montittc, vaillants capitaines ; ie baron de La Garde, La Rochefoucauld, BourdilloD, Ghastayneraye, tous braves gentils^ hommes décidés à croiser Tépée et la lance pour leurs croyaofces, leurs a£fiecttotis ou leurs intérêts.. Ainsi, à Favénement de Ifenri n, il n'y avait point encore de gu^re civiie, m£ûs les éléments en existaient de fait et étaient près d'éclater.
Au milieu de cette fermentation des consciences religieuses et des petites menées de Tambitioa, le roi Henri n et Catherine de Médicis étaient obligés de tout ménager* Henri conduisait ses forts bataillons d'arquebusiers à la conquête, et les détournait de la guerre civile par la victoire; Gatherii^ assou»pissait par sa cour, par la douce influence de ses nobles filles^ rimpatience religieuse et guerrière de sa gentilhommerie. On passait ses loisirs au milieu des mascarade», des jeux de bagues et des combals en diamp dos, dont la mode s*était alors plus que jamais réveillée ; rimpatience des gentilshommes croisait la knœ eourtoise en attendant les chocs plus rudes des guerres religieuses et le sang des batailles à outrance !
Dans ce mouvement de cour, la société ne se trouvait pas tout entière : la magistrature, ia bourgeoisie, les marchands, les métiens, conservant leurs mœurs et i^rs libertés munici^ pales, restaient en dehora de la gentilhommerie. Depuis ie quatorzième siècle, ii s'était élevé en France une classe intermédiaire entre les nobles et le peuple : ia magistrature, les eonfféries d'avocats et de gens de lois, les savants dans ie droit civil et canonique formaient le noyau de celte fnaction éclairée des clercs et des cat^ltques qui désirait une informe dans i'égUse et par Téglise. lis avaientdonné une impulsion à toutes les résistances qui invoquaient les libertés gallicanes, la convocation d'un concile général. Le ebancelier de THospital, Pasquier,
Uarlay, les juiisconsultes Dumoulin, Alciat, le greffier au parlement de Paris, du Tillet, étaient à la tête de ce tiers-parti qui appelait de toute sa force une transaction. Le courage leur manquait pour se prononcer nettement en faveur d'une des grandes doctrines qui divisaient le monde philosophique et religieux. Leurs vieilles habitudes les portaient vers le catholicisme, leurs liaisons avec les savants les poussaient vers les nouveautés évangéliques. L'organisation des grandes cités de France était jetée à peu près dans un calque identique. Les communes, proprement dites, avaient partout cédé, au moins dans les villes importantes , au système des mairies et des prévôtés organisé par les ordonnances de Louis XL L'élection était conservée ; les bourgeois avaient leurs armes, leurs capitaines élus, leur guet, leur police, leurs chaînes, leurs barricades, leurs fonds et leur maison commune ; les privilèges des villes murées s'étendaient en plus grand nombre : elles fermaient leurs portes aux archers pillards, aux arquebusiers, et le roi lui-même ne pouvait pénétrer dans Tenceinte de la plupart des cités closes avec troupes et étendards que par la permission des officiers municipaux. A cette vaste agrégation de municipes venait se réunir une multitude de confréries particulières, avec leurs libertés et leurs propres droits. Le peuple se fractionnait ainsi en mille petites sociétés toutes protégées par leur vieille charte , ayant leurs gardes, leur patron, leur bannière. Les maîtres de tous les états, fiers de leurs couleurs, de leurs prérogatives antiques, marchaient aux grandes processions, paraissaient en armes; avec leurs arquebuses, leurs pistolets ; le dimanche , lors de la montre ou revue, ils élisaient leur capitaine, leurs dixainiers etcenteniers. Chaque métier avait i^n magistrat de son choix : aussi quels fiers compagnons que c'étaient les charpentiers, tréfileurs, bouchers tenant étal ! ils étaient plus puissants que maints gentilshommes dans leur manoir, surtout quand ils parlaient aux halles, en place de Grève, où s'assemblaient toutes les bonnes confréries pour délibérer.
ET LA UGtE. un
, Un édit de Henri II régla le mode d'élection 4es prévôts des marchands , échevins , oftlciers de la ville de Paris, type un peu agrandi de toutes les libertés municipales. Le roi envoyait mandement d'élire d'abord aux seize quarteniers, principaux magistrats; ceux-ci appelaient auprès d'eux les cinquanteniers, les dixainiers avec huit notables bourgeois qui nommaient les échevins ; les élections se faisaient de vive voix , et le scrutin, une fois vérifié, devait être attesté par le quartenier présent, lequel pouvait être désigné comme échevin , pourvu qu'il habitât Paris. La grande cité avait vingt-quatre conseillers municipaux , qui devaient être choisis , savoir : sept parmi les notables bourgeois, sept parmi les marchands non mécaniques, et dix parmi les officiers de cours , maîtres des requêtes et maîtres des comptes. Le règne de Henri U offre le spectacle de la plus puissante action de la ville de Paris ; les registres de la prévôté constatent encore quel soin le roi prenait de se maintenir en bonne amitié avec le conseil municipal. La garde bourgeoise était vêtue et armée pour la conservation des portes et remparts ; le conseil avait souveraine autorité de police; les quarteniers devaient faire la description de leur quartier, déclarer le nom de leurs dixainiers et centeniers, les services que les msdtres et serviteurs pourraient faire les bâtons dont ils pourraient s'aider ; les maîtres des métiers répondaient pour tous ceux qui s'étaient placés sous leur bannière; ils devaient déclarer leur âge, leur nativité, leur taille et leur corpulence.
Paris prêtait secours aux villes voisines. Le 19 octobre 1552, dans rassemblée à l'hôtel-de-ville , le prévôt des marchands proposa de secourir Compiègne, et de l'aider d'artillerie et d'argent; le conseil arrêta qu'il serait levé cinq cents hommes de pieds, et qu'on imposerait sur chaque personne opulente 25 livres tournois. A Lyon, à Marseille, à Toulouse, les mêmes privilèges existaient avec d'autres noms de magistrature et des qualifications spéciales; mais au fond c'était la liberté locale dans son expression la plus large, la plus complète: toujours
la i)oui^eoi€»e^ les confréries et les hali^ à la lôte de ta cité* Au miiimi de ces poçuiations , quelle était eu France la situalkMi de la r&hrmet quels progrès les nouveliefi iéées avaient^les feUls en 4eh<»^ de l'action de la cour? Un documefit sttlBsiate enooiie, qm établit le chiffre des réformés à un dix-seplièHie de la pc^alatioa actïTe. A Paris, la rc^CHiae avait iait quelques furosélytes antents et avoués daas le cleiigé et runivEf^té ; il y avait plus de hugneaots parmi les gens de science et de loi; le pariemeot mèam comptait plusieurs de ses metnliiras au nombre des réformés. Le peuple étaât pieux et catholique, et un petit nombre seiilemefit de g^^is de métiers avaient emtoissé les nouiFelles doctnnes.Les cités près de Paris où l'on voyait le plus de sectateurs de Calvin, étaient Meaux et Orléans. Les ducbé et comté de Bourgogne, avaient peu subi rinfioenced» msinage de rAliemagae etde ia Suisse ; cependant, -sur Textrême frontière, Tactioti du prolBStaQtisffle s'était fait sentir. Lyon conservait touite la ferveur de sa foi; la vieille <^lise de Saint-Jean, liiotre-DaxBe-de-lâ -Montagne de Fourvière attiraieat toujours les pèlmnages des ouvriers de soie el des tisserands dcmt Henri H venait de consacrer les beaux et inefiables privilèges ; mais «n debors de la cité, toutes les campagnes q«ii s'éteiftdaient aux bords éa EMne , ces coteaux fortifiés, qui en couronnaient les bauteurs, ayadent accueilli pour la plupart les prédications kuguenotes; le voisinage de Genève i^ de la Suisse favorisaM «elle tendance des paisibles montagnards. Les villes des Alpes voyaient les pauvres Taudois écou^teint i^ paroles eimples des ministres du nouvel Évangile. Plus au midi, dans la Provence , on trouvait Tardeur du catholicisme tel qu'on le rencon^ait en Espagne; là, le culte de la Vierge et des saints , les confréries de pénitents , vâ^itables agrégations de défense mutuelle, maintenaient Tunité de Téglise et le zèle des populations; Texterminatioa des Vaudois dans les villages de Mèrindol et de Gabrières avait complètement éteint les prenuers ferments de Thérésie. A mesure qu'on s'approchait du
ET Li UGU£. MZ
Lsuigiitddoc, k» pc^latioifô Meàmi plus 4e ^eof/haait po«r ia réforme. On trouvait les vieiyes semences de l'école des Ail»- ^eois éams les €é¥esiM6, âJus pay$ d'Alby , de Castres, dans le Quency et le IU»iei^ue : là e'élaieni les p^stoufiels «impies; o» les genlilfiliommâg qiuâavai^t viveoii^t ado{rté las dacirines de Galm sous Taile diH roi de Navarre , dont des lerrM étaàeot jetées sur la frontièf a. L'esiint de la geotill3oaiafte.cie profila dale s -était passionné pour le» austèpes i»>u^i^ieaulés^ par oppoâtion à une conr 4% llœpee et dM«ii;tèdre; ices vieilles raees féodales quitlaieat l^rs somlsres dotions, letirs man^rs ée ia conquête, pmr eouiir sur les t^res du clergé, et TiiMgiwnol^ie de$ Eohwa « des ia fiedieidaeaiiid , cafittait^es antiques i«3se&tijnents des boiBiaes d'asmes contie régisse qui ies avait dépouillés de leurs âefe. En reiaaontiant au nord, oa mouvait la ^^etagœ âd^e aux vîeilies cix^aiicas du catholicisme ; rAoiou plus pOiTté auK tiouvemités; la Noraïasdée ûuctsonnée en plusâeucs populatioiis r^gieuses, oallLoyqiiee ou oaâvifiistes. La Pteardie derait plus tard «e resseajiir du voisinage de la Flandi^ secouée psu* ï'béfiésie et l'esprit pc^ulai» des ÂgrégaiiooB de mélileFS et des cités*
Jbes dootnnasde Gaivân, iorniiiléesd!»EBS( «on fivfitd ouvrage de ïlmUimtion ^chréUenm,, eomposa^it le ca^liisme n^ormaleur en France. Ce fut pour fixer les croyances orthodoxes dans ieurs Sno^tàindes que la Sorboiu^ publia sa déelaraïtioin «ur 4es articles qu'on devait adopter^. Déeormaâe les deux eeotes jên présence airaient leurs articles de â» arrêtés et fixés dans des Hvres. Ces hostilités de doctrines {décèdent toujours, dans les révolutions, la g^erce par les armes ^ iee partis ont besoin de ee beurter lông>teiB9S àam âee idées avaat de mwk âuil baitailleSk
€^te influence de Tesprit réformateur, à ravénement 4e H^ri II, se manilesta dans la révo^ de la Otûenne ; le motif avoué de ce mouvement populaire était Tabolition de l'impôt, «g^ le parti calviniste s'était m^é de la querelle et l'avait ficmtenue. Les pendaisons et les pat€»ôtres du conné-
table de Montmorency eurent raison de cette sédition violente, et l'on s'habitua à voir la huguenolerie derrière toute prise d*armes. La guerre d'Allemagne appelait alors une gmnde modération dans les questions religieuses ; on avait alliance avec les électeurs luthériens dont ou défendait les privilèges contre Charles-Quint. Ce fut durant cette guerre germanique que d'Andelot, colonel-général de l'infanterie, déploya toute la force du parti calviniste dans une revue ; il avait pu réunir un corps de plus de trois mille gentilshommes, archers, arquebusiers, tous réformés ; ils défilèrent devant le roi, se distinguant par la simplicité de leur costume et l'austérité de leurs manières.
Abandonné par les princes protestants , Henri II dut songer à de nouvelles alliances. Un mémoire avait été envoyé par le pape sur une ligue contre l'empereur et les luthériens ; la liberté religieuse proclamée à Passaw avait profondément blessé le saint-siége , et Paul IV suscitait des ennemis à Charles-Quint. Tout ceci, se négociant par la maison de Lorraine, agrandissait son importance, et avec elle F^utorité des catholiques. Un traité fut conclu sous le titre de sainte ligue, et François de Guise mis à la tête des batailles d'Italie.
Cette nouvelle situation de l'autorité royale donna plein triomphe à la vieille foi sur le calvinisme. Une immense concession fut faite, et sous l'inspiration du duc de Guise, Henri H promulgua l'édit qui assurait aux tribunaux ecclésiastiques la libre poursuite des huguenots, et leur abandonnait tout pouvoir de les juger, parce qu'yen l'état de la sainte ligue avec le pape, il fallait que jugement fût accordé à l'église sur le fait d'hérésie. Le parlement adressa des remontrances vives et pressantes : une minorité réformatrice se montrait dans cette grande cour judiciaire, et la maprité elle-même voulait conserver son antique droit d'appel contre Rome : « Quand il s'agira de savoir, disait le parlement, si une opinion est hérétique, cela appartient aux clercs ; mais quant à la punition des cas d'hérésie appliquée à une personne, ceci nous est dévolu. » Ces rigueurs demeurèrent sans effet. Le calvinisme
développait ses forces ; Calvin écrivait au marquis de Poët : « Monseigneur, qui pourrait à rencontre de vous résister ? FÉtemel vous protège, les peuples vous aiment, les grands vous craignent, les régions les plus éloignées retentissent de vos prouesses. Le ciel vous a suscité pour rétablir dans nos contrées son église. L'Evangile est prêché en nos vallées comme en nos villes; peuples accourent de toutes parts pour recevoir le joug. Dans les missions ont été grands fruits et gagnements de maintes richesses. Les apôtres n*ont oncques travaillé avec tant de fruits ; et si les papistes disputent la vérité de notre religion, si elle dure, ne pourront en disputer la richesse. Vous, au contraire, monseigneur, qui avez vaillante lignée bien disposée à soutenir le petit troupeau, ne les laissez sans moyens, grands et puissants, sans lesquels bonne volonté serait inutile. La reine de Navarre a bien affermi notre religion en Béarn. Papistes en ont été chassés entièrement. En Languedoc ont été tenues maintes assemblées sur notre croyance. Avec Je temps partout seront ouïes les louanges de TEterael. » Jusqu'ici le calvinisme avait été une opinion isolée dans les consciences de chaque individu ; il n*y avait pas eu , dans les grandes villes au moins, de réunions et de prêches publics. Le premier qui fut fondé à Paris pour célébrer la cène dut son origine à un gentilhomme du nom de la Ferrière ; il voulait faire baptiser son enfant, et comme il refusait de se soumettre aux superstitions romaines, il appela bon nombre de ses frères, et tous en corps élurent un ministre du nom de Masson, dit. La Rivière, qu'ils firent leur diacre et leur prêtre pour célébrer la cène. Une autre église se fonda cette même année à Orléans, sous la présidence d'un jeune homme du nom de Golombeau ; le premier ministre en cette cité avait été Ambroise le Balleur, que le consistoire de Paris députa pour diriger sa sœur chérie. Les assemblées avaient lieu secrètement, la nuit, et le peuple de Paris, pas plus que le parlement et le prévôt, n'en étaient informés ; puis, on s'enhardit ; la mode se continuait d'aller le soir au Pré-aux-Clercs pour
chanta les psaumes de Bèze ou de Marot en fraitçais. Ces beauj( jardins, naguère UmX pleins de folâtreries, étai^t un lieu de réunion pour les calvinistes ; on s'y entretenait de la réforme, des abus de Féglise catholique et des superstitions dont on s'était délivré en adoptant les idées de Calvin. Non seulement Tamiral Coligny assistait à ces pompes hér^ques, mais encore Antoine, roi de Navarre, et cette Jeanne d'Albret, la plus aràente de toutes les femmes , et dévouée aux nouvelles doc* ti'ines.
La puissance de la maison de Loiraine grandissait en'raison de ses services. Le duc de Guise, rappelé d'Italie dans la crise de la monarchie luttant avec TEspagne, s'était empsuré de la guerre; des prodiges de vaillance avaient signalé la délivrance de Calais; son nom était partout populaire. La ville de Paris l'avait reçu en triomphe, car elle avait été menacée dans les dernières batailles, et le roi avait multiplié ses demandes de secours, d'artillerie et de poudre. Aussi quand le duc de Guise eut repoussé les ennemis, il n'y eut pas assez de fêtes et de pompes pour lui. Il fut ordonné par le prévôt des marchands et échevins a de faire moifêtre générale des n^tiers de la ville; et c'est pourquoi on enjoignit aux maîtres de les équiper en armes avec enseignes et tambourins, sous pdne de vingt livies parisis, de prison, de gaitiisaire^ de argent en leur logis, et d'être privé du privil^ de bourgeoisie» L*on vit en cette belle revue les matti^ et gardes de la draperie, ceux de i'épioeiie et de ia meroerie, et puis les poulaillers, les lunetiers, les rôtisseurs, savetiers, meuniers, ménétriers, joueurs d^instruments, chacun sous leur bannière. La monHre se passa entre la Chapelle-SaiutrDenis et le Landtc où étoient messines du corps de la ville, précédés de leurs archers, arba*lètriers et arquebusiers; les prevost des marchsuids et échevins étoient oouverts de hoequetons en velours cramoisi aux armes de la cité, tandis qu'un grand nombre de bons bourgeois étoient bien montrés et vêtus ainsi qu'ils le vouloient. » Plois de mille lettres des Guise restent encore, adressées, soit aux
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prévôts des cités et gouverneurs de provinces» soit aux envoyés à l'étranger, atin de diiiger les intérêts du parti catliolique ei de protéger son triomphe. La grande paix conclue avec Philippe 11 accrut le crédit de cette puissante opinion et de la maison de Lorraine, qui s'en déclarait la tête et la force, tandis que la jalousie de Timmense fortune des Guise jetait dans le parti huguenot une multitude de gentilshommes de la cour qui voyait avec envie cette exclusive autorité. Quelques* uns aussi apportaient une foi profonde aux doctrines rélbrmées. P'Andelot n'était point un esprit ordinaire ; profondément animé d'un besoin d'instruction, avide de nouveautés, il s'empressait de lire tous les pamphlets qui arrivaient d'Allemagne et que les luthériens répandaient alors en profusion. Le cardinal de Lorraine, dans une entrevue avec Granvelle, évoque d'Arras, lui avait dénoncé d'Andelot, colonel-général de l'infanterie, lequel déclamait pai*mi ses soldats contre la messe, jetait à pleines mains des impiétés et des Uasphèmes. Une dépêche de Babou de la Bourdaisière, évêque d'Angouléme, ambassadeur à Rome, disait que « le pape Tuvoit Ëkit api^ler pour lui témoigner son ébabissement de ce que sa majesté ne punissoit pas les hérétiques de son royaume; que l'impunité de M. d'Aodelot, qui avoit confessé ôtro sacramentaire, donnoit une très-mauvaise réputation h sa majesté ; que si ofi Veut mené tout droit au feu, comme il le méritoit, outre que le roi eût MX chose très agréable à Notre-Seigneur, le royaume de France fût demeuré net d'hérésie. » L'ambassadeur ajoutait que le pape revenait toujours sur M. d'Andelot, disant qu'il lui ferait un mauvais parti s'il le tenait. Sur quoi Fambassadeur avait représenté à sa sainteté beaucoup de belles choses; il lui avait dit que M. d'Andelot avait été trompé; qoe maintenant il était fort bon catholique , et que s'il en était autrement, le roi l'aurait bien puni. Mais le pape ne s'était montré nuLlement amolli, car il s'était écrié qu'un hérétique ne revenait jamais; que c'était un mal où il fallait le feu, « La justice en France, avait répondu l'ambassadeur, ne
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se mène pas comme cela. » Ainsi réprimandé par la cour dô Rome, le cardinal de Lorraine en avait référé à Henri II, et le roi avait fait venir d'Andelot : « Est-il vrai, seriez-vous huguenot ?» lui avait-il demandé. D'Andelot répondit : « Mon corps, ma vie et mon bras sont au pouvoir de votre majesté, mais mon âme appartient à Dieu seul, et mon âme considère la messe comme une abominable invention. J'aimerois mieux mourir que d'aller à la messe. » Le roi ne put tenir de colère à ce propos ; il le menaça d'un plat de terre qu'il brisa en mille pièces sous la table. La place de colonel-général de l'infanterie fut donnée à Montluc, et puis un édit terrible fut porté contre les huguenots. On dut immédiatement informer contre tous ceux qui assistaient aux assemblées du Pré-aux- Clercs ; désormais les juges devaient impitoyablement prononcer la peine de mort pour tous les cas d'hérésie, et Ton plaça dans celte triste catégorie ceux-là qui faisaient imprimer à Genève ou en Allemagne des opinions nouvelles.
J'ai déjà dit qu'en France, comme en Allemagne, il s'était formé un tiers-parti qui, sans adopter toutes les doctrines du calvinisme, voulait lui faire des concessions, et appelait surtout une réformation dans l'église romaine. Ce parti avait plus particulièrement de l'écho parmi les parlementaires, les hommes de science, les praticiens, auxquels on donnait déjà le nom de politiques. Il n'avait point les vives et profondes répugnances des autres catholiques pour l'hérésie : il aurait facilement pactisé avec elle, et fini, par une transaction, des querelles trop irritantes. Henri II avait alors conclu le traité de Gateau-Cambrésis avec le roi d'Espagne, et lui accordait sa fille, la jeune Elisabeth. Ce rapprochement de la plus catholique des cours, les mémoires qu'on fournit au conseil sur les progrès croissants du calvinisme et des mécontentements en France, les pamphlets que les réformateurs lançaient contre l'église et l'autorité royale; l'influence surtout de Diane de Poitiers, l'ennemie la plus acharnée des austères huguenots, qui la traitaient d'adultère, de courtisane et de Babylo-
nîenne, provoquèrent un édit de sévérité et une espèce de coup d*état qui frappa même le parti politique, et parvint surtout à Teffrayer.
Il existait dans le parlement de Paris quelques conseillers qui penchaient pour les opinions nouvelles ; un plus grand nombre formait le parti politique. Sans qu'il y eût précisément résistance, toutes les fois qu'il s'agissait de condamner les calvinistes et de prêter secours au mouvement catholique, le parlement ne secondait plus avec efficacité. Dans cette position, poussé par le cardinal de Lorraine et les idées ardentes qu'il représentait, Henri n prit une prompte et sévère détermination. On avait tenu un conseil secret à Saint- Germain ; le premier président du parlement Gilles Lemaître, les présidents Jean de Saint-André et Antoine Minard, le procureur général Gilles Bourdin, chefs de la majorité catholique, exposèrent que « Thérésie s'étendoit chaque jour dans le royaume. Ce n'étoient pas seulement des blasphèmes contre Dieu, mais partout où ces doctrines étoient prêchées, l'autorité royale devenoit incertaine ; il n'y avoit plus d'obéissance. Il falloit donc frapper un bon coup, si l'on ne vouloit tomber en une espèce de république, comme les états suisses. » Cette résolution était de se débarrasser en une seule fois de tous les huguenots. Pour arriver là, le meilleur moyen serait de commencer par le parlement et de l'épurer, non seulement de ceux qui professaient les nouveautés de l'Evangile, mais de tout le parti qui contrariait par ses ménagements la pleine action catholique. On saisit un prétexte : le dernier édit sur les calvinistes n'avait été que difficilement exécuté ; plusieurs parlementaires s'étaient soulevés contre ces grandes rigueurs à l'égard de simples opinions religieuses. Dans sa mercuriale du troisième mercredi d'avril 1559, le procureur général Bourdin, conformément à ce qui avait été arrêté dans le conseil, requit l'entière exécution des poursuites envers les hérétiques. La minorité du parlement, composée des politiques et des partisans du calvinisme, démontra qu'avant d'exécuter un pareil
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édit, le premier besoin du royaume était de demander la réunion d'un concile général» qui, conformément aux décrets de Constance et de Bàle , résoudrait les affaires religieuses. En attendant, on devait laisser à chacun la liberté de conscience. Les principaux magistrats de cette minorité furent Ai-naud du Ferrier, président des enquêtes, et les conseillers Antoine Fumée, Paul de Foix, Nicolas Duval, Eustacbe de La Porte. Ils parlèrent avec tant de véhémence, qu'on craignit un moment qu'ils ne s'emparassent de la majorité, et le conseil du roi, sous rinfluence du duc de Guise, prit une seconde et plus violente résolution. Le 13 juin, le roi vint en personne aux Augustins où siégeait provisoirement le parlement, le Palais étant alors destiné aux pompes du mariage d'Elisabeth ; Henri était accompagné du cardinal de Lorraine, et s'écria : « La paix est conclue av«c l'Espagne ; mais à Toccasion des guerres, il y a eu de mauvaises hérésies qui se sont introduites en ce royaume ; il &ut les esteindre comme la guerre. »
lei^ la même minorité se fît entendre avec hardiesse; cm renouvela devant le roi les déclamations et les plus vives satires contre Rome et ses liceuees. a Qu'on assemble un concile, dit-OB à la majorité, et jusqua-là, liberté de eonseienee. » En &ce du cardinal de Lorraine, un. conseiller, Henri Du£siur, manifesta haut ses sentiments : a Vous vous plaignez des troubles, eh bien! nous en savons l'auteur. On pourroit répondre ce qu'Ëlie disoit à Achab : C'est ^om qui tourmentez Israël. » Ann« du Bourg développa une doctrine toute réformatrice sur la Providence : « Elle est cause de tout, l'homme n'en est que l'instrument passif. Je sens qu'il est certains crimes, sire, qu'on doit impitoyablement punir, tels que l'adultère, le blasphème, le parjure qu'on favorise tous les jours par le désordre et les amours infâmes; mais de quoi apcuse^t-on ceux qu'on livre au bras du bourreau? » Le parti politique, sans se prononcer aussi fortement, se dessina par l'organe de Christophe de Harky, du président Séguier, et de Christophe de Thou ; tous se jetèrent dans les digressions, et
soulevèrent une question accidentelle. « Je demande, s'écria de Harlay, s'il peut appartenir au procureur général du roi de blâmer les arrêts de la cour? » Alors les catholiques tranchèrent plus franchement la question. « Il s'agit des hérétiques, répondit le premier président Gilles Lemaître ; il faut agir avec eux comme avec les Albigeois : Philippe-Auguste en fit brûler six cents le même jour. » Cette séance devenait de plus en plus violente, et en définitive le résultat des opinions eût été balancé, si Ton ne s'était décidé à tout brusquer par un coup d'état. Anne du Bourg et Dufaur fuirent enlevés en plein parlement, et pris au corps de la main de Montgomaiery, capitaine des gardes. On saisit les chefs des dissidents, de Foix, Fumée et de La Porte, le soir dans leur asile parlementaire. Les politiques furent épai^nés parce qu'ils n'étaieût plus à ciuindre, car il est de l'essence de tout tiers-parti de ne rien oser dès que le pouvoir se montre armé d'énergie : Pasquier semble même approuver ce qui se passa au parlement contre la minorité : « Le roi, dit-il, y fut esttiu d'une grande et j uste colère. » La cour de justice, épurée, n'offrit que des opinions catholiques; renlèvement des conseillers fit une impression profonde à Paris parmi les calvinistes : on écrivit des pamphets nombreux et clandestins où Ton dénonçait la tyrannie des Guise et la persécution qui menaçait la Térité chrétienne. Lorsque dans ie malheureux tournofê pour les noces de M™* Elisabeth, le roi Henri fut blessé à mort par Monlgommery, un ne manqua pas de s'écrier que Dieu s'était servi de la main de celui qui avait arrêté les oouseiliers évangélisies pour frapper la vie du roi. « Par quoy, disoient ces nouveaux commentateurs, que le loai estoit advenu au roi par un juste jugemeût du Seigneur. »