CONCESSIONS AUX HUGUENOTS
Correspondance avec Genève. — Catherine de Médicis au pape. — Assemblée mixte. — Harangue du chancelier VHospital. — Orateurs catholiques. — Discours de Bèzc pour les calvinistes. — I^e cardinal de Tournon. — Confession de foi. — Colloque de Saint-Germain. — Edit de transaction. — Excès des huguenots. — Répression, réaction de Vassy. — Organisation pour la guerre civile.
La tendance de la cour, du chancelier de L'Hospital et du tiers-parti vers un système qui aurait apaisé la lutte des croyances se développait au-delà même des limites rationnelles. Non seulement on voulait désarmer les opinions qui le casque en tête couiuient à la guerre, mais rappix)cher et fondre les doctrines qui opéraient les divisions religieuses. Tel fut l'objet du colloque de Poissy, conférence libre et solennelle entre les deux partis par l'organe des docteurs catholiques et calvinistes, le plus grand pas qu'on pût faire dans le système conciliateur de Catherine de Médicis. L'Hospilal se servit à cet etfet de l'int^médiaire de l'amiral Coligny qui avait de grandes intelligences à Genève. Une correspondance s'engagea entre lui, Calvin et Théodore de 9èzé. Les calvi-
nistes acceptèrent avec le plus vif empress^nout un colloque qui les mettait à même d'exposer devant le roi, sur un pied d'égalité parfaite, leur profession de foi. Calvin n'avait pas la parole assez souple, l'improvisation assez calme, assez pénétrante pour satisfaire à tout ce qu'avait de délicat la conférence qui allait s'engager. Elle fut dès l'origine confiée à de Bèze, c'est-â-dire à l'homme de modération et d'éloquence du calvinisme, comme Mélanchton l'avait été du luthéranisme en Allemagne. La chose fut plus difficile pour l'église catholique. La reine-mère et le chancelier de L'Hospital avaient obtenu le consentement des cardinaux de Lorraine et de Tournon ; mais comment justifier aux yeux du pape une assemblée où on allait s'occuper des dogmes de la foi catholique sans l'intervention directe ou indirecte de Rome? La reine Catherine de Médicis s'efforça pourtant d'expliquer ses Intentions dans une lettre qui reste encore : « Considérez, très saint jjère, disaitrcUe, combien est grand le nombre de ceux qui se sont séparés de l'église romaine ; il est impossible de les réduire ni par les lois ni par les armes; des nobles, des magistrats attirent la foule à cette croyance par leur exemple. Heureusement, dans cet éloignement pour Rome, il ne s'est élevé aucune opinion monstrueuse , anabaptiste ou antitrlnitaire; toutes reconnoissent les douze symboles apostoliques; que si onpouvoit les accorder, ce seroit le meilleur moyen de fondre l'église grecque et romaine. Je vous proposerai donc, très saint père, de supprimer le culte des images, de ne plus conférer désormais le baptême que par l'eau et la parole ; la communion sera donnée sous deux espèces; on chantera les psaumes en langue vulgaire à ceux qui viendront pour s'approcher de la sainte table ; enfin on abolira la fête du Saint- Sacrement, parce que cette fête est de tous les jours et de tous les temps. » Une telle lettre, expression des sentiments hérétiques du chancelier de L'Hospital, fut accueillie par le pape avec un profond sentiment de crainte ; il se hâta de députer le cardinal de FeriurQ comme légat du saint-siége, afin
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do diriger la marche et de dominer Tesprit de la réunion de Poissy,
L'école calviniste désigna, pour suivre Théodore deBôze et soutenir les grandes thèses qui allaient se débattre dans le colloque de Poissy, Augustin Marlorat^ ancien moine augustin et ministre à Rouen; Jean Malo, Jean de FÉpine, de réglise de Paris; Pierre Martyr, théologien le. plus fort de la réforme, d'une parole £acile et élégante ; enfin les ministres Jean Yiret, François Morel , Raimond Martin , Nicolas Tobie , Claude laBoissière, Jean Bouquip, Jean de la Tour et Nicolas des Gallards. Les catholiques députèrent là également leurs hommes d'éloquence et leurs théologiens les plus profonds; indépendamment du cardinal de Lorraine, on désigna parmi les docteurs appelés à répondre aux calvinistes, Claude d'Ëspense et Claude de Xaintes. Lorsque le colloque s'ouvrit, on ne comptait encore que quatre évêques, mais successivement le nombre augmenta jusqu'à quarante, tous la mitre en tête et revêtus de leur camail. On vit avec étonnement le cardinal de Lorraine et Théodore de Bèze, chacun expi^ession d'un parti différent, se donner des témoignages réciproques d'estime et d'amitié. Les idées parmi le peuple n'en étalent pas à ce rapprochement de personnes et de doctrines.
Les calvinistes demandaient avant toute chose que plusieurs points fussent admis : le premier, que les évêques n'assistassent pas au colloque comme juges, mais comme simple partie, 'pour mettre les deux religions sur le pied d'une par* faite égalité ; que le roi y présidât, afin de donner un caractère politique à la conférence, et qu'il se fît accompagner de son conseil, ce qui appelait parmi les juges le tiers-parti ; ensuite, que toutes les controverses se décidassent par les seules paroles de l'Écriture. Le conseil accorda toutes ces demandes, tant le parti calviniste y avait conquis d'ascendant! Inutilement opposa-t-on à la reine qu'il était à craindre que le jeune esprit du roi ne se laissât entraîner par le poison des fausses doctrines ; Catherme de Médicis ivpondit que « si de Bèze avan-
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çdl de mauvais principe», il y avoit asseï de prélats éloquents dans le concile pour le réfuter, et que monseigneur de Lorraine avoit promis de tout foudroyer de sa vive parole* ^
Le 9 septembre 1561, la première conférence régulière s'établit. On avait choisi le cloître des religieuses de Poissy, vaste salle de réfectoire richement décorée; Charles IX, Catherine de Médicis, le roi de Navarre, le duc d'Orléans, Marguerite sa sœur, tous les princes du sang s'étaient placés dans l'enceinte du chceur, derrière une balustrade dorée ; autour d'eux étaient rangés lescaixlinaux, distingués parleut vêtement rouge, les évêques et mômes les simples docteurs; quant aux ministres calvinistes, on les avait relégués en dehors du choeur : ils ne purent obtenir des places d*égalité en iàce des catholiques. Gbiffles IX ouvrit lui-même le colloque : « Meseerg, vous êtes ass^ advertis des troubles qui sont en ce royaume sur le fait de la religion ; c*est pourquoi je vous ai fo,it assembler en ce lieu. €e que je désire, c'est que vous n'en bougiez jusqu'à ce que vous ayez donné si bon ordre que mes sujets en puissent désormais vivre en paix. » Le chancelier de L'Hospital développa sa théorie de 4usion. «Le remède que nous cherchons , disait-41, se trouveroit dans la convocation d'un concile général ; mais ee remède, quand viendra4-il ? les papes n'y consent(Hit qu'avec répugnance; leurs déhbératicms sont éloignées, et pendant ee temps les mauic s'aggravent. Une assemblée toute nationale produira de plus prompts effets ; elle permet les résolutkms ultérieures ; n^est-on pad libre de la soumettre au pape? Rejetons les questions envieuses et subtiles; la parole de Dieu suffit pour examiner les doctrines. » Le cardinal de TournoQ d^sianda que ce discours qui avait blessé le côté eatboliqae lui fût communiqué par écrit. La reine le refusa, et donna la parole à Théodore de Bèze. A ces mots et par un dramatique moufveffîent, tous les minières se prosternèrent à ge* noux; et Théodore, levant les yeux au ciel, d^ita tme longue et éloquente prière au Père céleste ; purs tous ensemble, à haute voix, récitèrent Toraison dominical^. Cette solennelle profes-
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sion de foi achevée, Bèze se leva : « Je dis d'abord que c'esl in*justement qu^on nous accuse d'être turbulents et ambitieux et de jeter divisions en ce royaume ; notre foi est paisible. Encore que nous soyons gens petits et contemptables, la conscience nous donne bonne assurance ; la iin que nous nous proposons, c'est la parole de IXeu et la paix de Fâme ; si nous demandons à nous assembler librement, ce n'est point pour faire un mauvais usage, mais pour mettre les consciences en repos, obéir au Seigneur et aux puissances qu'il a établies sur terre. Notre loi écrite est l'Ancien et le Nouveau Testament; tout ce que les docteurs ont écrit doit leur être comparé. Quant à la présence du Christ dans l'eucharistie, nous croyons qu'il y est en esprit, mais quant à la matière, il est éloigné du pain et du vin comme la terre l'est du ciel. » A ces mots, un grand murmure se lit entendre sur le banc des évêques ; tous frappèrent des mains. « fl a dit un blasphème ; il a prostitué le nom du Christ!»— «Sire, continua le cardinal de Tournon, c'est contre nos sentiments et pour témoignage de notre zèle que nous avons consenti à entendre les paroles des huguenots: nous avions prévu qu'ils avanceroient des choses indignes du roi ttès chrétien, lesquelles peuvent offenser les gens pieux. » Catherine de Médicis répondit : « Je n'ai rien conclu; je n'ai rien fait en cela que par la délibération du conseil et advis de la cour. Ce n'est point pour l'amour des mots, mais pour apaiser trouble et sédition. » Bèze reprit alors la parole : « Le baptême est le sacrement établi de Dieu et consacré en son fils Jésus-Christ. C'est là le seul qui soit au Nouveau Testament; la pénitence est dans l'amendement de l'âme et le repentir ; la confession ne doit pas être une obligation, mais un objet de volonté ; il ne faut juger pers*3nne pour la distinction des saints jours et des viandes. On parle de la police de l'église ; elle est tellement défigurée et détruite depuis l'Évangile, qu'elle a besoin d'être rétablie en sa beauté, et pour cela que &nt-il? que les choses contraires à la parole de Dieu et qui ont été ajoutées depuis, soient abolies de fond en comble selon
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Je vœu de l'Evangile. » Le cardinal de Tournon s'éleva avec Impatience contre la théorie de Bèze : «Vous niez donc Taulorité de réglise, arbitre souverain en toute controverse? L'Ecriture peut-elle s'interpréter toute seule et par elle-même ? ne faut-il pas un juge vivant qui prononce et décide ? Le pou- -voir de l'église est pour que chacun n'explique pas les saintes Ecritures à sa guise. Le roi n'est autre chose qu'un membre de l'église ; il n'en est pas le chef, et pour ce il doit y être soumis; tout se décide par la cour de Rome; l'opinion des Pères, voilà le guide pour l'interprétation des Testaments. C'est pourquoi il ne faut pas entamer de controverse avec les hérétiques, sur ce sujet particulièrement; car s'ils croient seulement que le Christ SQït en esprit dans l'eucharistie et non en corps, il n'y a pas moyen de s'arranger et de se rapprocher d'eux. » Tous les prélats applaudirent avec enthousiasme à la protestation du cardinal. « Nous voulons vivre et mourir dans la foi catholique, s'écrièrent-ils unanimement; nous supplions votre majesté de persister dans la religion de ses pères. »
Alors Bèze se leva : « Je répondrai sur-le-champ, si vous voulez le permettre. » Mais le mouvement des évéques fut si vif que le roi rompit la séance. Les ministres calvinistes présentèrent une humble requête : « N'étoit-ce pas sa majesté qui les avoit invités à ce colloque pour arranger à l'amiable les différentes religions ? C'éloit par les artifices de leurs adversaires que ce colloque avoit été suspendu. Ils demandoient à Je continuer sous la protection d'un prince qui, à l'exemple d'Ezéchias, vouloit répandre les bonnes doctrines. » Comme les catholiques repoussaient toute controverse officielle, les •ministres, le roi et la reine préparèrent au moins une conférence particulière : on s'assembla donc, mais en privé, sans qu'il y eût ni scribes ni laïques, et le premier mot que le cardinal de Tournon dit à Bèze fut celui-ci : « Théodore de Bèze, quelle est voJtre mission? — Je la tiens de l'élection du peuple; je suis confirmé par le magistrat civil, et voilà mon droit. — Mais qui vous a imposé les mains, dit le docteur d'Espense ? — 1. io
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Je n*ai point ét^ consacré par cette vote de votre église; la nôtre se compose de toute l*assanblée.-* Je le répète, répoodit le docteur, comment seriez-vous pasteur légitime, puisque vous ne pouvez dire qui vous a imposé les mains? si vous avez une vocation extraordinaire, faites des ratvaeles.— ils scMit nécessaires, s'écria le docteur Claude de Xaintes.— Non, répliqua Bèze, parce que nous avons reçu la missi<Hi des anciens ^e réglise; au reste, voici notre profession de foi. d Et Bèze développa les principes calvinistes, tels qu'ils avaâent été exposés dans le premier synode tenu à Paris sous le règne de Henri H. Les esprits s'aigrissaient, car les parties se demandaient mutuellement d'où venaient leurs pouvoirs. Bèze, qui jusqu'ici avait mcxitré un certain caractère de modération, ne put se contenir et attaqua vivement l'épiscopat. « Ils nous demandent, ces évêques, de qui nous tencms notre caractère ! Et ne pofivons-nous pas, à plus forte nôson, leur dire : Les andais de réglise vous ont-ils désignés? avez-vousété élus par le peuple ? y a-t-il une information sur votre vie, vos mœurs et vos doctrines? » Aussi Jacques Lainez , second général des jésuites, s'adressant à la reine, lui dit dans son ardeur catholique :« Eh bien, madame, vous le voyez, s'il n'est pas très dangereux de traiter d'accommodement avec les hérétiques; ce sont des loups revêtus de la peau des brebis et des renards ; îl faut les éviter à cause de leur hypocrisie. »Le colloque était dégén^ en disputes violentes ; au dehors ce n'étaient que diatribes et pamphlets que les deux partis se jetaient à la tête. Jamais on n'avait plus écrit; les calvinistes lançaient les pltrs vives injures contre les prélats papistes, « évoques du démon, qui d'un visage hypocrite vouloient effrayer l'univers par les feux du purgatoire. C'est aux mailles de tels rets qu'ils avoient pris les duchés pour eux et qu'ils approchoient des rois plus que des^ cieux^D Dans la Confession de plusieurs prélats, autre libelle dtf parti calviniste, on met dans la bouche des évêques le tableaiï
> Récit du colloque de Poissy. Parfe, 15fi2.
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ée leur kix#. et de leurs déport^aobei^te : « Atee leufs laquais, leurs pages, leurs ehiens, leurs oiseaux, leurs robes de damas^ leurs migaOBS escarpins, ils ne savent <|ue ooiirtiser, mugue** ter^ banqueter ^ cbass^. » IVun autre G6té, tes catboliquee dénonçant con^e b^ésies les paroles austères^ des iDinistres calvinistes, exaltaient oulre mesure « les belles bar»ngues tenues &Ï ladite asseoiblée par les cardinaux de Tournon el de Lorraine, » véritables expressions de leurs saintes evoyanoes. La portion légère et galante ée la cour tournait en moquerie tous ces etforts pour rapprocher les doctrines religieuses : Ronsard s'est fait Fécho de ces dits de geutilsboounes qui préféraient batailles et ainours à toutes les discussions de clercs et d'église; le poète joue sur les subtilités des deiix écoles catholique et calvûsûste qui oceupai^t rassemblée de P<»6sy : (n Saint Augustin instruisant une dame, lui enseigne que Vamour e^ Vâ.me de notre ênm ; il le permet aux beltes et honnêtes^ et il le défend aux sottes et aux bètes ; B^ et d'E^fice ne foiit aucune délense de Um aimer ; le gros HttgonisdeSorbofine dit queramourest uneebose bonne; Pierre Martyr nous alfirme que saint Pierre enserre les amoureux ; et le légatdoiii^ large dispense pour que chacun aimeenFrance.» Le tiersi^parti ne renonçait point encore à sa graede pensée de ooB^liation, en dehors des o{»nions extrêmes. Le colloque de Poissy ne pouvait plus se continua publiquement : les cardinaux^ eto^s deropimcm catbolique, Favai^it déclarés à la reine-mèrtt. Les calvinistes avaient de leur e^ des prétentions exorbitantes? il reste encore une de leurs prcrfessions de foi Bua les images, capable de soulever les haines populaires cour^ ire un système qui détruisait la vieille foi de la cité, la croyance de» ancêtres : « Pr^oûèrement,', que toutes images illicites soient ostées , comme celles de la Trinité, du Père et du Saint-Esprit: eelles qui sont figures dissolues, comme sont la plupart des images de la Vierge; item^ les prophanes, comme celles des bêtes bruttes et plusieurs autres faites au plaisir des peintres. »
Toutes ces réclamations du parti de la réforme contre le& nobles produits des arts étaient envoyées à la conférence mixte et secrète qui se tenait au château deSaintGermain, et' composée de dix personnes que la reine-mère et le chancelier de L'Hospital avaient désignées. Du côté des catholiques, étaient Jean de Montluc , évoque de Valence , Pierre du Val, évéque de Séez, du parti modéré et portés à une transaction, et les trois docteurs en théologie d'Espense, Louis Bouteilliers et Jean de Salignac. Les calvinistes députèrent Théodore de Bèze, Pierre Maityr et les trois ministres Marlorat, des Gaillards et de l'Epine. Le but de cette conférence était principalement de s'accorder sur une profession de foi en ce qui touchait Teucharistie. Us étaient tous hommes de science et d'accommodement. Après plusieurs rédactions, modifiées dix fois encore, on arrêta la déclaration suivante , curieuse concession dans l'histoire du calvinisme : <i Nous confessons que Jésus- Christ en la sainte Gène nous présente , donne , exhibe véritablement la substance de son corps et de son sang par Topération du Saint-Esprit ; et que nous recevons et mangeons sacramentellement, spirituellemoent et par la foi ce propre corps qui est mort pour nous , afin d'être os de ses os et chair de sa chair, pour en être vivifiés et en percevoir tout ce qui est nécessaire à notre salut; et parce que la foi appuyée sur la parole de Dieu nous fait et rend présentes les choses promises, et que par cette foi nous prenons vraiment et de fait le vrai et naturel corps et sang de Notre-Seigneur par la vertu du Saint-Esprit, à cet égard, nous confessons la présence du corps et du sang d'icelui notre Sauveur en la sainte Cène. » Cette confession , qui se rapprochait par son sens philosophique de la théorie romaine , fut envoyée tout à la fois à Catherine de Médicis et aux évoques qui composaient le colloque primitif de Poissy; la reine-mère en fut frappée, et lorsqu'elle apprit que les évêqucs l'avaient rejetée comme
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hérétique, eile en manifesta son profond mécontentement. « Vous voulez donc , s'écria-t-elle, par une folie obstination troubler encore le royaume? » Au lieu de répondre à ces observations de la reine , le parti catholique , fort de toute sa puissance d'action et de popularité, se hâta de rédiger par la voie des évoques une profession altière et péremptoire ; ceuxci ajoutaient : « Nous envoyons à votre majesté une profession de foi sur Teucharistie. Vous devez obliger les hérétiques à y souscrire; autrement les obstinés doivent être exterminés au sein d'un royaume qui n'a jamais souffert l'hérésie. » C'était la rupture du colloque de Poissy. H n'y eut plus dès lors ni conférences, ni projet de conciliation : quelques espiits de ménagement et de sagesse y songeaient encore pourtant, et c'est dans ce dessein que François Baudouin publia la tiuduciion du livre de Gassander : du Devoir de l' homme pieux dans les différends de la religion. Mais quand deux opinions sont encore dans leur jeunesse et leur vivacité, les tiers-partis deviennent chose importune , on les secoue. Cependant le colloque de Poissy avait laissé dans Tesprit de Catherine de Médicis une opinion favorable aux calvinistes; elle avait trouvé dans Théodore de Bèze je ne sais quoi de doux et de modéré, une perpétuelle soumission à la puissance civile, tandis que les évéques avaient tonné contre ce qu'ils appelaient les usurpations de la couronne. Le prince de Condé qui venait d'être acquitté par le parlement, le roi de Navarre et le chancelier de L'Hospital surtout, avaient la plus haute influence dans le conseil , et ce fut sans doute à leur autorité que les protestants durent un dernier édit de modération. Bans une assemblée de Saint- Germain, composée de députés du conseil et de parlementaires choisis, on mit en délibération la liberté de conscience. Par une sorte de protestation, ni le duc de Guise , ni le cardinal de Lorraine, ni le connétable de Montmorency ne voulurent y assister. Le chancelier de L'Hospital, blessé de ces oppositions du catholicisme , se hâta de proclamer les maximes do gouvernement : « L'état politique
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diilëm de Féta)Ais9ei»efrt rehgicKiic. On pouTOit èire 9B)et fidèle et mauvais elirélien , et puisqu'on aotoriseit lee ^ar»farlles et mariages entre deux individus de reitfioos dilRV rentes, ne pouvoit-on pas reconnoitre )a eoexisteoce de deux crorj^anGee diverses? Le roi ne veut point que vous mettiez en dispute quelle opinion est la meilleure, ear il n'est pas iei question de œnstituendd fehgionej $ed de consUéuet^dA r^pu^ blicâ ; e*est pourquoi un exeommunié ne laisse pas d'être un citoyen. * n
Ces maximes hardies, pour la première fbis discutées en face d'une société naguère toute catholique, furent consacrées par redit de janvier 1902, avec de larges modifications poui^ tant, qui tendaimt à ménager les opinions du peu^e. On obligeait les calvinistes à restituer les biens arrachés à Féglise; en compensation on leur accordait liberté pleine et entière de se réuiQr hors les villes, afin d'éviter les tumfdtes et séditie»e. Les calvinistes devaient observer les fêtes publiques, ne jamais marier aux degrés prohibés par les lois ou les canons, et les ministres s'abstenir de prêcher publiquement contre la messe, ou de déclamer contre les rites du catholicisme. Avec cetle liberté arrivait également un système de ibrte pénalité contre tous ceux qui ne garderaient pas ces commandements.
Les esprits prévoyants devaient s'apercevoir que le temps de crise approchait, et que les partis seoouaient tous les fireins imposés à leur vive fbl et à leurs croyances armées. Le dernier édit en faveur des calvinistes n'avait pourtant pas satisfeit les ardents réformateurs. Les lettres adressées à Catherine de Médicis et k Charles IX par MM. de Bruges et Mœitlue, envoyés en Guienne ; par M. de Joyeuse, lieulenant-gouvepneur du Languedoc; par MM. de Crussol, de Tende, en Pro^ vence ; par le comte d'Etampes, commandant de Bretagne, et par des conseillers, capitaines, évoques, appelaient des mesures « contre les excès auxquels se livroient dans toutes les
* Harangue du chancelier de L'Hospital, 1662. (Brochure.)
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pfovinees le» caWiniatea et fautewfs d'hérésie, » ils étaient a^sai dénoncés par le parlement de Bordeaux cKunme démolisseurs d'églises et d'images. Une lettre du bailli de ^ois est plus significative : « Madame, j'ai différé vous avertir de deux scandales arrivés en eette ville le 5 et li« de ce présent mois, tant de brisements de croix, romptures d'images que forcements d'églises ; il est arrivé beaucoup pis au monastère de la Guyscbe ; l'on est entré de nuict avec armes et butons à feu dedans ladite abbaye, de laquelle on a ravi et enlevé treize des plus }e\mes religieuses d'icelle et néanmoins professes, lesquelles ont été depuis dévestues; l'on m'aadverti aujourd'hui que l'on a vu lesdictes religieuses en la presche des ministres. Tant y a, madame, que les choses ne doivent demeurer impunies si l'on n'en veut revoir do pires, m
Les chefs mêmes du calvinisme considéraient tout ce qui se passait comme un provisoire, une transition pour arriver à leur fin de domination souveraine. Une lettre manuscrite de Calvin au marquis du Poet indique bien cette fierté moqueuse qui attend la victoire : ^ Monseigneur, qu'avez jugé du colloque de Poissy ? n'avons conduit finement n^ affaires? Que le roi fasse des processions tant qu'il voudra, il ne pourra empêcher le progrès de notre foi. Travaillez ; vous et les vôtres trouveront tout un jour : honneurs, gloire et richesses seront la ré^ compense de tant de peines, âurtout ne faites faute de défaire le pays de ces zélés faquins qui exhortent le peuple par leurs discours à se bander contre nous. Pareils monstres doivent être e^tenifés, comme fia ici en l'exécution de Michel Servet. >> Dans leurs pasquils de cour, dans leurs cantiques religieux, les huguenots attaquaient le roi, eaÊmt mal gouverné : « La main du grand Dieu vivant n'a point encore failli & ses fidèles ; elle avoit porté la mort dans cette race royale. 0 roi de Navarre, reprends courage, rends confus tes ennemis ! Et toi, de Guise, estranger à ce royaume, que tarde&rtu à serrer bagage? Pape de Rome, il faudra que tu descendes dans l'infernale fosse, car Yoa sait combieii est trompeuse ta puissance. »
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Les catholiques ne souffraient pas patiemment ces insultes faites à la croyance qui se liait à leurs souvenirs et à leurs émotions. Tandis que de Bèze et les ministres se rendaient au colloque de Poissy, ils avaient été poursuivis à coups de pierres par une multitude furieuse; à Paris, elle avait partout dispersé les assemblées qui se réunissaient pour le prêche ou le synode. Les quartiers étaient agités par des prédications de paroisses qui soulevaient les fières confréries par l'aspect des vierges et des saints mutilés. Les quartenioi-s à rhôlel-dcville, les syndics et les prieurs des métiers, agrégations qui enlaçaient alors toutes les classes, multipliaient les mesures pour protéger le catholicisme ; et l'édit qui ne permellait les prêches qu'à la campagne, indique suffisamment que les calvinistes étaient Tobjet d'une vive haine dans le sein des dt s municipales, toutes catholiques. Il existe encore une série d'actes du conseil de ville de Paris qui constate l'esprit et la tendance des bourgeois : «Le 8 janvier 1562, assemblée à l'hôtclde-ville, M. le gouverneur présent, en laquelle plusieurs bourgeois et marchands remontrèrent le danger où étoit cette ville à cause d'un grand nombre de Genevois et autres étrangers qui prêchoient et soutenoient la nouvelle doctrine contre la sainte église catholique, et qui menaçoient de piller les maisons et les autels. Le 45, autre assemblée, et fut conclu on icelle que le meilleur moyen de la tenir en paix étoit de supplier sa majesté de faire cesser les prédications de nouvelles doctrines, de renvoyer les ministres en leur pays, et faire Visitation des maisons et hôtelleries pour savoir quels gens y viennent et pourquoi ? »
Ce mouvement communal était trop prononcé pour qu'il cédât à quelques mesures conciliatrices. Il ne faut jamais oublier que le catholicisme embrassait toute la société, ses institutions et ses coutumes; plus il avait subi d'attaques, plus la ferveur des fidèles augmentait. L'opinion de la cour pouvaitbien changer avec les révolutions du conseil, mais ce qui se rapetissait là ea un mouvement d'intrigues était un immense fait,
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UU6 profonde division dans le peuple,«division aimée, n\it~ tendant qu'un signal pour se montrer sur un champ de bataille. Aussi le duc de Guise, Thomme le plus prévoyant de toute cette cour, s'était hâté de s'en séparer. Sa place n'y était plus : le parti cathoUque lui offrait une trop vaste chance ; là étaient la force, l'énei^ie et le nombre.
Tandis qu'on voulait se rapprocher à Poissy, les confréries attaquaient dans les faubourgs Saint-Antoine et à Popincourt les prêches que les protestants avaient cherché à y établir ; et ceux-ci persécutaient les églises catholiques à leur tour dans quelques provinces où ils étaient les plus forts. Inutilement Catherine de Médicis tentait de calmer les troubles par un déploiement d'archers et d'hommes armés; elle écrivit à M. de Montmorency * : « Mon cousin, ayant entendu le désordre qui est advenu à Paris ces jours passés, je désire fort bien de parler à vous pour me résoudre de la force que j'aurai à vous bailler pour conserver cette ville^là en repos et tranquillité et garder le peuple de tumultuer. L'on vient de me dire qu'il y a grand nombre des habitants de la ville qui veulent venir ici en troupes de deux ou trois cents. Et pour ce que ce n'est que aigrir les choses de plus en plus, je vous prie adviser de les détourner, si tant est que cet advis soit véritable. » On lit encore dans les registres de Fhôtel-de-ville • : « M. le gouverneur ayant envoyé à la ville une lettre du roi, de créance pour lui, les prévôt des marchands et échevins le sont allés trouver, auxquels il a dit que le roi, voulant obvier aux séditions qui commençoient en ladite ville, lui avoit ordonné de lever plusieurs forces de gens de cheval et de pied pour la garde de ladite ville. » Le parlement à son tour protestait hautement contre l'édit de tolérance. Lorsque la charte de cet édit parvint à la grande cour judiciaire, elle ne l'enregistra qu'après trois
1 Mss. de Bélhune, vol. cot. 8913, fol. 86. . * Reliai, de Thôtel-de-vilk. ^ Uibl. du roi; ms?. de Colbeii, vol. 2C?, in-fol., p. 206 ve»«50.
3M LÀ RÉFOHltii;
lettres de jussion et avec ia elause smtaate : <t Lesdictes lettres patentes ont été judiciairement lues, et lacour ayant esgard aux lettres patentes du roi et à l'urgente nécessité du temps, etc. » Si le conseil du roi multipliait les déclarations potir rassurer les protestants, les ministres de Téglise réft>rmée, les consistoires cherchaient aussi à donner des gages d'ordre et de paix. Une instruction fut adressée par eux à leurs frères phis turbulents, afin de leur expliquer les clauses de Fédit qui pouvaient blesser leur susceptil»lité :«Le premier article duditédit ctMiamande de vuyder les temples et rendre tous biens et lieux occupés sur les ecclésiastiques romains; a été advisé qu'il faut obéir sans difiBcultés. Par le second article, a été défendu d'abattre images, briser des croix ; fèiut obéir, car l'office des ministres est d'abattre les idoles du cœur de l'homme par la publication de la parole de Bien, et non autrement. » Les huguenots sentaient qu'ils étaient les moins forts, à Paris spécialement, et les récentes mesures de la bourgeoisie les effrayaient; ils tapissaient la ville de leurs placards justificatâfe et dans les» termes de la plus douce modération : « Les habitants de Paris, qui sous la protection du roy, suivant son (^it, désirent estre maintenus es exercices de la religion réformée selon l'Évangile, prient tous leurs concitoyens, parents, voisins, hostes et amis qu'ils advis^t de près à la ruse très pernicieuse de quelques séditieux ennemis du repos et bien public, et qui veulent donner à entendre que les fidèles de l'élise réformée, qu'ils nomment huguenots, sont armés pour piller et saccager leurs maisons, ravir leurs biens, les meurtrir et massacrer ; à cette cause, il est besoin que toiïs les citoyens de cette ville soyeni advertis de ne bailler à tels mutins le moyen de continuer* leurs entreprises : et les fidèles publient cet escrît pour lent servir d'acte et de témoignage perpétuel. » Cette peur que manifestaient les huguenots leur était inspirée par l'état réel de la population de Paris. Le 25 février, on re€utàt'h6te)-de*ville des lettres du roi ; elles disaient : k A cause des séditions, des menées de gens mal intentionnés, sous prétexte de la diver-
siié de religion, sa majesté mande qu'elle envme M. le maréjohal de Montmorency , gouverneur et Ueutenant-rgénéral de Paris et aux pays de rUe-de-Fraoce, avec charge de lever gens de pied et de cheval poui* pourvoir à la sûreté de cette dté. » Le â7 avril, avant Pâques^ nouvelle assemblée de Thôtel-deville, « ea laquelle fut démontré par M. le prévôt des mar-* chands qu'il étoit besoin de se tenir forts en cette ville et de faire description de toutes les personnes pour savoir quelles gens il y a capables de porter armes, pour voir arquebuses, . bâtons» afin 4'en faire revue quand besoin serait. » Le 2 mai, il fut conclu « que pour éviter aux séditions populaires, il falloit défendre à toute persc»)ne de faire conventicuies ni assemj>lées particulières pour quelque occai^Oii que ce fût, ni de porter armes.»
Le roi était, à sc^ retoqr de fteiois.'dans la lerv^ur du sacre. Le duc de G^ise avait profité de cette exaltation ; tout en dehcffs du conseil royal, dès le colloque de Poi^y, 41 s'était retiré à Nanteuil , et le cardinal de Lorraine à son ar<ehevêcbé de Reim». La vaste coprespondance du duc de Gum le mettait en rappi^-avec l'Ë^^ncetilome , et il aYait conoerté avec Philippe fl et le pape le i»«mier pi^et de ligue ^ui devint plus tai^ la base du mouvement catholique; il s'était acquis ainsi de grands appuis contre le parti protestant qui appelait à son aide les rettres et les Anglais d'Elisabeth. C'était chose natuf^le qu'en &ce Tun de l'autre, deux partis en armes qui ne trouvaient aucune |»K)tectiôn daus une autorité incertaine, dusseut ch^pober en dehors & s'organiser comme deux puissances. Dans cette agitation 46S esprits, les halles étaient catholiques pures , de conviction et de dévouement. Le duc de Guise , fort de l'appui de l'extérieur , se rapprocha également de la maison de Montmorency et du connétable qui s'était Tetiré de la cour lors de la grande puissance du prince de Gondé. Alors plus que jamsûs, le peuple paraissait irrité
i1l«fr(fit.defh5l»l-dé«TiHe, 7. fol. 91.
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de la protection que le conseil accordait aux réformés. Etienne Pasquier écrivait à un sien ami : « Je vous avois naguère mandé que frère Jean de Hans faisoit rage de maltraiter nos réformés. Rouge-Oreille, prevost des maréchaux de nie-de-France, l'enlève un grand matin, et par commandement de ceux qui gouvernent, le mène lié et garrotté à Saint-Germain-en-Laye, pour avoir presché trop licencieusement contre eux. Plusieurs notables bourgeois, irrités de cette indignité, se transportent en grande troupe à Saint-Germain, demandent que leur prescheur leur soit rendu, ce qu'ils ont obtenu. Que voulez-vous de plus ? ce religieux est rentré dedans notre ville avec tel applaudissement et compagnie de gens de pied et de cheval, et comme si c'eût été un grand prince. Et le lendemain de son retour a esté faite une grande procession en Téglise Saint-Barthélémy pour louer Dieu en sa faveur. » Le savant avocat nous donne ici , en son naïf langage , la véritable situation des sentiments populaires ; toutes les concessions faites à ceux qu'on appelait huguenots soulevaient la multitude. Pasquier faisait allusion à la profanation de Téglise Sainl-Médard qui avait si puissamment soulevé le peuple de Paris. Les huguenots avaient brisé les images, renvereé les vases saints; et les confréries avaient vu en s'indignant ces fureurs hérétiques contre les objets de leur culte et de leur vénération. Les pamphlets des calvinistes cherchèrent à justifier ce tumulte : « Le 27« jour de décembre , jour de la Saint-Jean, les fidèles faisoient, ainsi qu'il leur est permis, assemblée publique au faubourg Saint-Marceau, en un lieu dit le Patriarche; yoilh, que c^ux de Saint-Médard, jà leurs vespres dites , commencèrent de malice délibérée à sonner toutes leurs cloches enî^emble d'un tel branle qu'il étoit bien impossible d'entendre ledit presche. Les anciens allèrent s'en plaindre, et incontinent le curé fit fermer les grandes portes de l'église et sonner les cloches à plus grand branle encore et en manière du son du tocsin que les prestres donnèrent toujours de plus belle. Tels refus et rebollions faits à justice, délibérèrent les évangé-
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listes d6 ne pas laisser branler plus longtemps cet épouvantail du peuple et appeau des séditions ; à donc bien armés et de bon cœur, se reposant sur la main forte du Seigneur, firent tels efforts qu'ils enfoncèrent les portes de Féglise, et trouvèrent nombre de prestres et autres mutins enbastonés et armés d'espées et rondelles de bois, gros pavés et arbalètes , faisant cruelle résistance. Tous furent obligés de fuir et de se retirer en leurs clochers ; or en ce conflit qui dura une bonne demi-heure , furent blessés des mutins trente ou quarante, dont furent pris prisonniers quatorze ou quinze des principaux chefs, et chose fut digne d'une louable admiration de voir des cœurs si fermes convertis à pitoyable miséricorde pour garan* tir d'être outragés c^s poures idiots populaires. » Quand on se reporte à ces temps et qu'on considère surtout que les esprits turbulents qui attaquaient les églises catholiques étaient en faible minorité au milieu des poures idiots populaires , doit-on s'étonner de la réaction violente qui se vengea de ces outrages «t de ces profanations?
Les choses en étaient à ce point qu'elles devaient bientôt éclater ; le moindre incident pouvait amener cette guerre que -le chancelier de l'Hospital et le conseil cherchaient à éviter. M. de Guise, voulant isoler le prince de Conde, se rapprocha d'Antoine de Bourbon, alors lieutenant-général du royaume; il fit négocier auprès de lui Chantonney, ambassadeur du roi Philippe II. Antoine de Navarre redoutait surtout l'Espagne ; déjà cette puissance s'était agrandie aux dépens de son héritage, et quelques milliers de soldats espagnols pouvaient lui en arracher les débris. Chantonney , muni des instructions du roi son maître, se transporta trois ou quatre fois vers lui -en habillement déguisé , l'assurant de la part de Philippe n, «que là où il voudroit prendre la protection de l'église romaine, il luirendroit son royaume de Navarre ou bien l'équivalent -en assiette de pays souverains, aussi riches et plantureux. » « Bien vous puis-je dire, s'écrie Pasquier, que en un instant on a vu et son visage et sîi volonté s'être eschangée à l'endroit
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tles huguenc^. Car il défendit aux ministres deplasi^aolier au château comme il s-étoit donné loi et pemiis9ion de ce faîpe cinq ou six nK>i$ auparavant » L'ambas»adeurGhanionney se hâta de prévenir sa cour des bonnes dispositions de M. de Vendôme (l'Espagne lui coutestait le titre de roi de Navarre) : « M. de Vendôme continue à montrer, par de bons signes, que son intention est de demeurer catholique. La royne a commandé À toutes ses dames qu'elles aillent à la mesee. 9
Le roi de Navarre étant ainsi passé au camp des catboli* qucs, les dioses y iureni préparées de manière qu-au *cas où le mouvement éclaterait, tout devait êt«e prêt pour Torganisation militaire et politique. Le prince de Clondé, prévenu de ces menées, avait aussi formé sa ligue huguenote. Desdocuments officiels attestent qu'il s'était adressé à la rekie Elisabeth et à quelques princes luthériens d'Àllemagne'^oneût dit que le prince de 'Coudé avait le sentiment que la paix ne pouvait durer et qu'il fallait prendre ses précautions. Catholiques et calvinistes étaient en armes, décidés à courir les uns sur les autres, et je m'étonne qu'on ait disserté sur la question de savoir lequel des deux^partis le premier rompit la tnéve; trêve faible, impuissante en face des grandes divisions de la société. Il est des époques où 'la guerre civile est dans l'air: e))è éclate par le moindre cboc ; elle arrive toute seule par un accident sans qu'on puisse en accuser les hommes. Le désordre de Vassy, loin d'être calculé, fut amené par le mouvemenlt naturel des opinions. La rage était depuis longtemps au cœur des protestants et des catholiques ; ils se trouvèrent un jour s'insultant dans ce qu'ils o^vaient de plus énergique, la foi et les cérémonies de leur culte; ils en vinrent aux mains; cela devait être. Vassy, petite ville du diocèse deCfaàlons-sup- Marne, fortifiée de bonnes murailles, dépendait de l'apanage de Joinville, alors à la douairière de Guise. Les calvinistes y avaient fait beaucoup de prosélytes, et déjà ils y tenaient publiquement la cène et le prêche. Les catholiques comptaient avec effroi plus de douze cents personnes dont 1^ opinions parais*
B$à»iÊLî âivorabtes à la huguenoterie. Lé éœ <fe SHise i^'eft pe- Tenant de la coi^re&ee avec le &&o é» Wittembérg, visita , en passant à Vassy, la dame de BoQFbon, douairière toi^te ardente alors pour l'égMse Toeamii&; elle se plaignit avec dou-leur de Fineol^ee des ealvinietes Msant reteivtir les voûtes de lenr teiBple ëm chaâl des psaumes, tandis que les eatholi*^ qoes disaiÊfif pai^blement la messe ùàns leurs égl^s. A peine le chapelaiii du doc de Gofee avait-il eomiBerieê son pîeincbant et le canon d» saint sacrifiée, venlà que les calvinistes entonnent les psauÉies de Bfarot , à pleine voîx; le Ôer Lorrain leur fit dire : « Attendez que la messe soit feiie, et puis vous direz vos prières^ et psatmodierea à Taise. » Les hugue^ nots reeommeneèrent et couvrirent bientôt la voix du ebapt>lain. Deux pages d« duc de Guise, Fun portant son arquebuse, l'autre ses pistolets, se trouvèrent ftH't blessés de celte insolence ? ils coururent au prêche suiris bientôt de tous les varlets* De Ja grande porte ils crièrent aux refîmes : «» Misé^ râbles buguenots, cessess donc de nous troubler ; qtû ôtes-vous, si ce il*est des rebelles à Dieu et à notre rw î » Et les calvinistes répondirwit : « Taisez-vous, mauvais papisteô. » A ces mots, les varlels armés, enfohcant les portes, se {wréeipitent dans le prêche; la confusion est partout. Les réformés* munis de ï^erres et de bâtons, résistent ; h due de Guise avec les archers vole au secours de ses pages; il est atteint d'u'ne pierre à la joue ; le sang coule de sa blessure. Alors plus de frein : les arquebusiers et archers pénètrent dans le temple , frappent tout, sans épargner même les malheureuses femmes ; plus de soixante huguenots furent tués; deux cents reçurent des blessures plus ou moins graves; et bientôt les pamphlets de Genève retentirent du déplorable massacre de Vassy. La vieille gravure qui reproduit le massacre de Vassy contient ces explications en sa légende : a La grange où Ton preschoit y étoit bien environ douze cents personnes ; M. de Guise, qui commandoit, une bonne espée à la main ; sur la gauche, lé ministre dedans la chaire priant Dieu ; puis cuidant se sauver
est blessé en plusieurs lieux, et eût été tué incontiuent, si Fespée n'eût été coupée en deux; le toit que les gens du presche rompent pour se sauver; plusieurs courent aux champs ; d'autres sont arquebuses sur les murailles ^ le tronc des pauvres est arraché ; les trompettes sonnent par deux fois; le cardinal de Lorraine est appuyé sur le mur du cimetière» regardant en gaieté la tuerie. » Ce désordre de Vassy servit de point de départ au projet qui devait faire passer le pouvoir au duo de Guise. Toutes les mesures étant prises d'avance, le duc se rendit à Paris. Pasquier écrivait à M. de Fonssomme : « Monsieur de Guise est arrivé à Pans costoyé des connétable et maréchal de Saint-André, avec une grande troupe de gens d'armes. Il a esté reçu magnifiquement et avec un grand appareilpar les Parisiens. Les prévost des marchands et échevins sont allés au-devant de lui pour le bienveigner. Ce même jour le prince de Condé, qui estoit en la ville, est allé au presche avec une grande compagnie en une maison des fauxbourgs Saintniacques que Ton appelle Jérusalem. Deux jours après est arrivé le roi de Navarre, et le lendemain, jour de Pasques fleuries, a été faite une procession générale où il estoit. » Cette lettre de Pasquier constate le véritable état de Topinion. Les fêtes du peuple accueillirent le duc de Guise ; il n'y eut dans les rues que les cris de vive le duel II s'était fait chef des catholiques ; on le saluait comme une espérance. Le sang qui avait coulé était le prélude de la guerre à laquelle tous les partis aspiraient ; le duc de Guise assistait à une procession et le prince de* Condé allait aux prêches. Les nuances se dessinaient ainsi parfaitement.