CHAPITRE IX
OBGAmSATION POUR LA GUERRE CIVILE.
Le triumvirat. -— Adhésion du roi de Navarre. — Ligue huguenote. — > MouveuR'Ut municiiial de Paris, — Caibpiicit>aie du i>^;lem.t>ul, ^^
ET L\ LIOUK. 233
(Correspondance de. Catherine de Médicis et du prince de Gondé. — Le roi conduit à Paris. — Armement des huguenots. — Acte de ibi des calvinistes. — - Gouvernement du parti catholique. — Le prince de Condé et le parlement. — La guerre civile. — Batailles. — Mort du duc de Guise. — < Nouvel édit de pacification.
Le parti catholique ne pouvait longtemps souffrir les intolérables menaces des calvinistes. Dans la vie des peuples souvent s'est produit ce fait d'une minorité parleuse, turbulente, triomphant à la fin des masses inertes. Ceci n'arrive pas aux temps d'effervescence où la multitude s'agite pour une grande cause, mais seulement dans les opinions fatiguées ; et tel n'était pas le catholicisme au seizième siècle. Tout poussait le duc de Guise à prendre la haute main dans le mouvement des halles, qui appelaient la guerre. Le rapprochement avec le connétable de Montmorency s'était fait de lui-même ; le maréchal de Saint-André fut également adjoint pour soutenir la foi sainte, et l'acte suivant fut arrêté entre eux : «Piemièrement, afin que la chose soit conduite par plus grande autorité, on est d'avis de bailler la superintendance de toute l'affaire au roi Philippe catholique, et à cette fin d'un commun consentement , le font chef et conducteur de toute l'entreprise. Le roi d'Espagne baillera part de son exercite * au duc de Savoye, qui, de son côté, fera levée de gens si grande que commodément faire se pourra en ses terres. Le pape et les autres princes d'Italie déclareront chefs de leurs armées le duc de Ferrare, qui se viendra joindre au duc de Savoye. Et pour augmenter leur force , Tempereur Ferdinand donnera ordre d'envoyer quelques compagnies de gens de pied et de cheval allemands. En France, pour bonnes et justes raisons, il fait bon suivre autre chemin, et ne pardonner en façon quelconque à la vie d'aucun qui, autrefois, ait fait profession de cette
* Armée.
secte. Ainsi les choses ordonnées par la France et le royaume remis en son entier, ancien et pristin état, ayant amassé gens de tout côté, il est besoin d'envahir l'Allemagne, et avec l'aide de l'empereur et des évéques, la rendre et restituer au saintsiége apostolique.Et où cette guerre seroit plus forte et plus longue que l'on ne pense et dé^re, afin que par faute d'argent ne soit conduite plus lâchement ou plus incommodément, le duc de Guise, pour obvier à cet inconvénient, prêtera à l'empereur et aux autres princes d'Allemagne et seigneurs ecclésiastiques, tout l'argent qu'il aura amassé de la confiscation et dépouille de tant de nobles, bourgeois et riches, qui auront été tués en France à cause de la nouvelle religion, qui se monte à grande somme. »
Ce traité de ligue, si vaste et si européen, était d'abord dirigé contre le roi de Navarre ; son adhésion au parti catholique en fit une force de plus au triumvirat^ car c'est ainsi que les pamphlets calvinistes commençaient à désigner la ligue du duc de Guise, du connétable et du maréchal Saint-André. En déplorant les troubles de la France, l'érudition cherchait des comparaisons dans les antiques dissensions de Rome. « Le prince de Condé fit une faute, disait Pasquier, de quitter Paris et de l'abandonner au parti catholique. Puisqu'il lui étoit advenu de franchir le Rubicon, il ne devoit désemparer ni la ville de Paris, ni la présence de son roy. Celui qui demeurera en possession de l'un ou de l'autre, aura de grands avantages sur son ennemi. Le premier pas de clerc que fit Pompée en la guerre civile qu'il eut contre César, fut quand il quitta la ville de Rome pour la laisser à son ennemi. » Pasquier ne voyait j)as la question des masses ; les halles impatientes saluaient le duc comme un libérateur, comme l'expression de leurs opinions. Une suite de mesures catholiques furent prises dès lors par le corps municipal, les confréries, le parlement, tout ce qui, en un mot, faisait la force et la constitution de la cité. Le 16 mai 1562, ordonnance du roi de Navarre qui enjoint aux capitaines et lieuteng^nts de chaque quartier, élus par les bou^:-
ET LÀ LIGUE, 2d^
geœs, de cboisir les enseignes, caporaux et sergents de bande, et de mander Ions les habitante de leur dixaine, tant maîtres Que serviteurs, de l'ancienne religion catholique, capables de porter les armes , pour leu^ commander, de par le roi et lui, de s'éqiilper en armes. * — a Autre ordonnance de par le roi et M. le maréchal de Bnssac, lieutenant -général de Sa Majesté en cette Tille , qui ordonne à tous notoire* ment difiamés pour être de la nouvelle religion, de soilir de la ville dedans les vingt -quatre heures sur peine de la hart. »
Le parlement veillait avec la plus scrupuleuse attention à ce que tous les oflBciers se maintinssent régulièrement dans l'observation du catholicisme, a A Saint-Germain-l'Auxerrois, après vespres, le cardinal de Lorraine exposa de la part du roy de Navarre , lieutenant de Sa Majesté, que ceux de ladite religion s*étant emparés de plusieurs grosses villes du royaume^ il falloit pourvoir que cela n'advinst pas à Paiis. Les présidents dévoient donc assembler toutes les chambres et remontrer fraternellement à ceux de la huguenoterie qu'ils eussent à se retirer dans le temps contenu audit mandement. On craignait que le peuple ne leur courust sus pour les piller et saccager ; c'est pourquoi ils dévoient s'en aller doucement, car si on leur feisoit aucune violence, ils ne dévoient s'en prendre qu'à. eux. Le lieutenant civil arriva alors pour annoncer que le peuple désignoit le nom de ceux qui dévoient vuider la ville ; s'ils ne le faisaient pas, il voulait les piller et saccagera » C'était donc le peuple qui prononçait les arrêts de proscription contre les huguenots, objets de sa haine et de ses sombres méfiances ! Aussi, le jour même on enjoignit de nouveau à, tous notoirement diffamés pour être de la nouvelle religion, de vuider Paris dans vingt-quatre heures. Et ce peuple , plein de force et de vie, était partout en bandes. On fit annoncer par l'organe des échevins, qu'au moyen des arrangements pris pour la garde de Paris, Si le tocsin sonnait on trouverait en une heure cinquante mille hommes en armes. Pour le