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LUTTE MORALE DU CATHOLICISME ET DE LA RÉFORME

Motif (la second concile de Trente. — Situation de Tégliâe. — Bulle de convocation. — Ambassade aux luthériens. — Les nonces en Allemagne. — Commencement du concile. — Son esprit. — Tentative d'une réformation. — Ambassade de France. — Instructions. — Le cardinal do Lorraine. — Résolutions du concile. — Troisième période de U réforme en Europe. — L*Ksp:igne. — L'Angleterre. — Mort de Calvin. — Etat de l'opinion en France.

On vient de voir la partie active, j'oserai dire la partie armée des opinions ; il est besoin maintenant de reprendre leur mouvement philosophique , se développant dans la seconde époque du concile de Trente. Ce concile , commencé sous Charles - Qui rït, suspendu durant longues années, avait été profondément dévoué aux papes et restait dans son obéissance. La chrétienté appelait un concile ; le parti modéré, qui

voulait éviter les progrès de la réforme, soit qu'elle devint l'expression du luthéranisme, soit qu'elle se fit calviniste, formulait aussi le désir d'un concile. Les luthériens d'Allemagne faisaient entendre alors eux-mômes qu'ils ue repousseraient pas la pensée d'une conciliation si les bases en étaient larges et faciles. Ils craignaient d'être débordés par le calvinisme; les doctrines puritaines les avaient tous réunis autour d'un terme moyen, entre Tesprît du chancelier de L'Hospital et celui des austères ministres. Il était dès lors plus aisé d'atteindre un rapprochement durable qui pût asseoir l'église catholique sur les sages bases d'une réformation modérée et légitime ; les hommes prévoyants embrassaient môme la possibilité de pacifier la communion grecque et de dompler tous les schismes par la délibération d'un grand concile.

Il se manifestait dans l'église des désordres intolérables : en France, plusieurs évèques, adoptant le calvinisme, substituaient la cène à l'exercice de la messe. Odet de Goligny, cardinal de Ghàtillon, marié publiquement, vivait avec Elisabeth de Hautevilie; et comme il était évéque de Beauvais, cette femme, que les saints canons de l'église vouaient à la proscription, prenait le titre de comtesse de Beauvais. On comptait de plus parmi les prélats qui pi'ofessaient hautement la réforme, Saînt-Roraain , archevêque d'Aix ; Montluc, évoque de Valence ; Caraccioli , de Troyes ; les évoques de Pamiers, d'Uzès et de Chartres. Il était impossible au pape de souffrir plus longtemps ces infractions aux lois du catholicisme, et le premier besoin était d'y porter un prompt remède. Enfin, l'année du jubilé d560, lesdeux cardinaux Sarrazin et du Puy rédigèrent la bulle de Pie IV pour la convocation d'un concile général et œcuménique en la ville de Trente. Celte bulle exprimait toute la douleur du pape de voir avec quelle rapidité s'étaient étendus les schismes, les hérésies, et combien les mœurs des chrétiens avaient besoin de correction. Le saint-père avait pils la résolution, de concert avec l'empereur Ferdinand et les rois catlioliques , de rappeler la sainte

assemblée dont les travaux avaient commencéavec tantde fruit à Trente ; « c'est pourquoi il avertissait et invitait instamment les vénérables frères de toutes les nations, et particulièrement les archevêques, évêques et les abbés, et les autres qui de droit commun devaient assister au concile général, à s'y rendre au jour indiqué par la bulle. » Le pape regrettait que les empereurs et les rois ne pussent y venir en personne ; espérant au moins qu'ils enverraient tous des ambassadeurs pour favoriser autant qu'il était en eux, la liberté des évêques. Il n'était autrement question, dans cette bulle, des réformés, que pour les désigner comme les membres d'une malheureuse hérésie; on ne leur faisait aucune avance, aucune proposition conciliante. Des légats avaient été désignés pour porter la bulle à l'empereur et à tous les princes de la chrétienté; les nonces auprès de Ferdinand et du corps germanique, le savant et modéré Commendon, évêque de Zante , et son collègue Tévêque do Phare, s'étaient déjà rendus en Allemagne, et avaient exposé à l'empereur les motifs de cette grande convocation. Ce fut avec beaucoup de difficultés, et après avoir tenté des négociations auprès de chacun des princes protestants en particulier, que les nonces furent admis à la diète de Naùmbourg. Diins l'écrit qu'ils adressèrent au pape, ils ne peuvent dissimuler la froideur qui les accueillit. Les deux nonces y parlèrent avec une modération extrême. Les électeurs protestants écoutèrent tout sans interrompre, et firent cette dure réponse : « Les illustres princes ont entendu ce que vous venez de leur exposer au nom de l'évêque romain , et parce q.u'il s'agit d'une affaire difficile , ils ne veulent rien définir pour le présent; Us s'assembleront pour aviser ensuite. wUne nouvelle conférence fut encore sans fruit, car cette seconde déclaration fut remise aux nonces : « Les princes, dans le peu de temps que vous avez été avec eux , n'ont pas pris garde à ces paroles des lettres du pape : A notre fils bien aimé, parce qu'elles étoieni sous une enveloppe. Mais informés que le pontife les appelle ses fils, ils n'ont point de réponses à faire aux

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choses que vous leur avez proposées. » Ceci amena une controverse; et Grégoire Cracovius, Tun des plus savants théologiens de récole luthérienne, s'écria que le pape répandait une infinité de ténèbres et de superetitions sur TÉvangile : «Vous avez tort de nous accuser d'être légers , de suivre tous les jours des opinions nouvelles, et de nous jeter aveuglément dans des sectes q.ui se contredisent, puisque nous n'avons tous qu'une même doctrine , et que nous souscrivons tous à la formule de foi qui fut dressée à Augsbourg^ »

Le but des nonces était manqué; ils ne pouvaient se promettre d'attirer maintenant les réformés au concile : loin de là, les princes s'étaient assemblés, et, sur le bruit de ce concile général, une diète avait été convoquée pour adhérer à la confession d'Augsbourg, afin d'avoir un corps de système fixe à opposer à la doctrine qui sans doute allait être proclamée dans la grande réunion de l'église romaine. Tous les princes réformés, l'électeur palatin Frédéric; Auguste, électeur de Saxe; Jean-Frédéric de Saxe; Wolfang, palatin ; Ernest et Philippe, ducs de Brunswick ; Ulric, duc de Meckelbourg ; Christophe, duc de Wirtemberg; Charles, marquis de Bade ; Ernest, prince d'Henneberg ; les députés de l'électeur Joachim de Brandebourg,^ de Jean et de Georges-Frédéric de Brandebourg ; de Philippe, landgrave; de Barnime et de Jean-Frédéric, ducs de Poméranie ; le roi de Danemarck et les princes de Lunebourg se réunirent pour arriver au résultat désiré au milieu des efforts que tentait le catholicisme.Quant au concile, les opinions furent partagées : les uns voulaient y députer des docteurs; les autres demaU'Jaient qu'on s'y refusât absolument. On s'arrêta à une fin de non-recevoir ; l'assemblée déclara aux nonces qu'on accepterait le concile, pourvu qu'il fût libre et chrétien et non celui du pape, et qu'il n'y présidât ni par lui ni par ses envoyés. Le nonce Commendon fut partout accueilli avec une politesse froide, qui est pire que la colère. L'admTable patience du prt-

* Pallavicin., Hisior. Concil, Trident. . liv. xv, ch;ip. 3.

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lat ne se rebuta pas encore : il s'adressa successivement aux rois de Danemarck et de Suède ; au milieu des giaces du plus rude des hivers, il parcourut TAllemagne, la Flandre, et vint même jusqu'à Lubeck, pour attendre la réponse des souverains luthériens du nord à la lettre du pape. Aucun ne consentit à récouter. La réponse d'Elisabeth d'Angleterre fut plus sévère et plus énergique encore. Elle repoussa avec indignation la lettre du légat. La négociation fut ouverte par sir Trockmarton, ambassadeur à Paris, et la fière princesse écrivit, « qu'elle ne comprenoit pas comment un Anglois osoit se mettre en communication avec un envoyé du pape, sans égard aux statuts qui punissoient de mort les relations d'un sujet d'Angleterre avec Rome. »

Commendon et l'évêque de Phare trouvèrent des conditions plus faciles auprès des princes catholiques ; le roi de France avait appelé et désirait ardemment la convocation d'un concile général ; il déclara aux nonces que c'était pour la France un besoin si généralement senti, une réclamation si universellement appelée par les états d'Orléans, que le roi serait forcé de convoquer un concile national au cas où le concile universel ne serait pas promptemeat constitué. Quel^iues distinctions furent élevées par Philippe U d'Espagne sur le caractère et le nom que pouvait prendre cette grande assemblée de clercs ; le roi catholique ne voulait pas qu'on la considérât comme un nouveau concile, mais comme la suite et la continuation de la première réunion de Trente, convoquée sous Tautorité et la pourpre de son père Charles-Quint.

La reine Catherine de Médicis désigna pour représenter la France au concile trois hommes du parti modéré, Saint-Gelais de Lansac, du conseil du roi; Arnaud du Ferrier, président au. parlement de Paris, et Guy du Faur, sieur de Pibrac, conseiller et juge-mage de Toulouse; tous trois appartenaient aux opinions de magistrature, à ce système de concessions et de tempérament que la reine Catherine voulait faire dominer dans la réunion dçs pères de Trente, parce que seiil il pouvait amener

un point d*arrêt nécessaire au milieu des tristes guerres civiles* Les premières questions qui furent examinées dans le concile portèrent sur ces points : quels livres seraient prohibés? enverrait-ou des saufs-conduits à tout docteur dissident qui voudrait discuter en face du concile? Pour réponse sur le premier point, une congrégation de Tiudex fut d'abord formée. La seconde question fut celle du sauf-conduit ; il est certain qu'en Tétat de progrès et de force où alors était parvenue la réforme, la question du sauf-conduit ne pouvait être agitée bien sérieusement. Si le concile prononçait une de ces condamnations sanglantes qui avaient atteint Jean Huss et Jérôme de Pi-ague, l'Allemagne entière se serait soulevée; rEuropc philosophique aurait hautement manifesté des sentiments d'indignation, si les évoques avaient pu méconnaître l'esprit de leur époque à ce point de lancer des jugements que le bourreau aurait exécutés au milieu des bûchers; toutefois les pères discutèrent gravement sur l'étendue du sauf-conduit qui serait délivré aux docteurs, et la majorité prononça qu'il contiendrait cette clause expresse : « Pourvu que les hérétiques rentrent en eux-mômes et viennent à repentance. » Cette clause devait empêcher l'arrivée au concile des hommes qui auraient pu apporter des idées de conciliation. Philippe II et la reine Catherine furent en complète dissidence sur ce point. Le roi d'Espagne avait exigé la formule impérieuse, parce qu'il redoutait que les hérétiques n'échappassent à Tiaquisition pour venir s^ réfugier sous l'aile du concile. En France, au coatraire, Catherine qui visait à rapprocher les sectes, le plus constant objet de ses désirs, demanda avec instance qu'on effaçât la condition de résipiscence, et Pie IV, pontife éclairé, comprenant ce besoin dç discussion libre, biffa de ses mains l'exception imprudente qu'on avait insérée dans la bulle.

L'appel d'une réformation au sein même de Téglise, dans la discipline des clercs, fut un cri poussé par ce grand concile comme il l'avait été dans ceux de Bàle et de Constance. De

P«A Paolo, Hist. du concile (k Trente, liv. vi, p. 457,

saints évoques s'élevèrent contre celte liiérarcliie d'orgueil qui faisait un étrange contraste avec les souvenirs d'humilité et de pauvreté de l'église primitive. Alors une voix partit du banc des cardinaux : « Les illustrissimes et révérendissimes cardinaux n'ont pas besoin d*être réformés ! » L'archevêque de Prague répondit d'un ton ironique : « Les illustres cardinaux ont besoin d'une très illustre réforme ; car il me semble que la vénération dont je les honore seroit plus humaine que divine, et plus apparente que véritable. Comme ils sont des fontaines dont les autres boivent, ils doivent prendre garde qu'il n'en sorte que des eaux pures.

Le concile de Trente devint une affaire toute politique. Les conseils d'Espagne et de France s'y disputaient la prééminence ; Tun dans les intérêts du catholicisme absolu , l'autre dans une pensée de conciliation. Chaque prince, chaque nation y eut son parti. Cependant tous sentaient l'importance de cette négociation pour la chrétienté et pour la paix générale. Les instructions données par la reine Catherine au nom de Charles IX restent comme un monument qui résume toutes les opinions philosophiques du parti modéré. « Rien n'est plus nécessaire que de commencer par la réformation de la discipline et des mœurs tant dans le chef que dans les membres. Pour parvenir à cette réformation, il serait utile de remonter jusqu'aux commencements de l'église, afin de ramener l'état ecclésiastique le plus près que l'on pourra de la pureté des premiers siècles. Il faudrait que le pape, pour le bien de la chrétienté, ne s'entremît en aucune manière ni de l'élection, ni des provisions des évêques, abbés, et autres prélats, curés, ni de leur admission. Aucun ne sera admis aux ordres ni aux ministères de l'église que par son évéque. » Cette réformation demandée par les hommes de science et de modération du catholicisme, devait être opposée au grand mouvement du luthéranisme et de la prédication calviniste; on espérait qu'une fois la vieille religion épurée de ces abus, on pourrait plus facilement repousser les sectes pro-

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testantes qui allaquaicnt rrglisc. Ces instructions avaient été rédigées par le chancelier de L'Hospital.

Les réformateurs d'Allemagne comprenaient aussi qu'il fallait imposer des limites à la puissance catholique. Toutes les pensées du protestantisme tendirent donc à lui opposer une force d'unité, une puissance de concorde et de mutuel appui. La chose était difficile ; le résultat de fusion qu'on désirait entre toutes les écoles de la réformation s'éloignait chaque jour davantage; on avait eu d'abord la transformation du luthéranisme dans les doctrines des zwingliens et des calvinistes ; maintenant on poussait l'empire de la raison superbe jusqu'à ses dernières limites. Les sociniens grandissaient ; leur dogme était en quelque sorte reconnu dans la Pologne, où ils avaient établi leur prêche, et tenu leur synode à Pinczow et à Scerainie; un ministre y avîiit publiquement soutenu le pur arianisnie avec l'entière et complète négation de la divinité du Clirist. Comment espérer que Calvin lui-môme, tout-puissant à Genève, dirigeant de son simple oratoire le mouvement réformateur en France, adhérerait à la confession d'Augsbourg qui faisait passer le pouvoir sous une autorité qui n'était pas la sienne? En Angleterre aussi, une autre église tout obéissante sous la main d'Elisabeth, séparée de Rome et conservant les doctrines du catholicisme, devait naturellement refuser de se réunu à la confession d'Augsbourg, Dans cette situation critique, le protestantisme allait pourtant avoir à combattre toute l'influence populaire d'un concile général. Ce concile s'avançait avec lenteur, arrêté par diverses résistances ; M. de Lansac, ambassadeur de France, demanda instamment qu'on suspendit l'examen de plusieurs difficultés de dogmes, et leur solution surtout qui intéressait si vivement l'église ,• il supplia qu'on fît quelque attention aux articles qu'il avait communiqués au nom de la reine régente. M. de Lansac écrivait à Delisle , envoyé de France à Rome, « qu'il eût à presser le pape sur les questions principales : qu'il lui plût laisser les propositions et délibérations du concile libres, sans y prescrire au-

cune limite, pour ne pas se mettre au hasard de faire dire que ceux qui président au concile font venir de Rome le Saint- Esprit dans une valise. » M. de Lansac, à la tête du parti modéré, avait reçu de Catherine plein pouvoir à Tégard des évoques français ; dans les lettres de Charles IX adressées aux prélats de sa nation présents au concile, il est dit : « Toutes les fois que le sieur de Lansac vous requerra de vous assembler, soit à son logis ou ailleurs pour délibérer sur les affaires qui se présenteront ou qu'il aura à proposer au concile, vous ne manquerez pas de le faire. «Catherine de Médicis voulait tempérer par rinfluence d'un magistrat, dévoué aux idées de transactions parlementaires , l'ardeur des évoques français placLS sous la direction du cardinal de Lorraine. Il était bien diflîcllc aux ambassadeur de France de faire prévaloir le vaste plan contenu dans les dépêches de Catherine ; ils n'ottinrent d'abord qu'une réponse vague, car cette tendance de toute assemblée délibérante vers un peu de liberté avait elfrayé encore les catholiques.

Un concile était alors une immense affaire; supposez,en effet, une société toute religieuse avec de puissantes croyances, tout entières substituées à la loi civile , et puis voyez une assemblée universelle réunie pour délibérer sur des articles de foi qui sont pour cette société comme des bases constitutives; est-il besoin de dire quel intérêt s'attachait à tous le« actes de ses délibérations? On était divisé, incertain, lorsque l'arrivée du cardinal de Lorraine vint un peu changer l'attitude de la France dans le concile; c'était le parti catholique qui surgissait pour balancer l'influence des hommes à opinions modérées et parlementaires. Les premiers canons du concile de Trente ne résolvaient aucune question contestée, les discussions s'étant bornées à des objets de détail, à des formes seulement. Le roi de France se plaignait aussi de l'esprit de ces discussions dans une lettre adressée à M. de Lansac. « On dcvoit se garder de faire quelque chose qui put aliéner l'esprit des hérétiques, el

. ' Mémoire sur le concile de Trente, in-4o, p. 191.

au contraire tout employer pour les persuader. Eh bien ! on les condamne avant de les entendre ; de sorte qu'au lieu de les attirer au concile, on les éloigne, on les engage à demeurer éternellement séparés du corps, et en danger d'amener â eux , avec le temps, la plus grande partie des catholiques, comme on voit qu'ils se sont beaucoup accrus depuis trente à quarante ans.» L'aigreur se mêlait à toutes les négociations; les dépêches de M. Delisle, ambassadeur à Rome, constatent combien le pape montrait de méfiance et de ïnauvaise humeur contre l'action que cherchait à prendre la France dans le concile; l'Espagne seule était vivement appuyée. « Au reste, avait dit sa sainteté, en souriant, à l'ambassadeur de. France, le cardinal de Lorraine est un second pape, il a trois cent mille écus de revenus en bénéfices ; ainsi il ne manquera pas d'occasions de faire des remontrances au concile contre ceux qui ont plusieure bénéfices; ce qui lui conviendra mieux qu'au pape, qui ne jouit que du seul pontificat dont il se contente. » Un cardinal se trouvait présent à cette conversation ; Pie IV lui adressant la parole, dit : « Voyez, monsignor, en quel état je suis; si le concile se remet à moi de quelque affaire peu importante, les ambassadeurs qui y sont se plaignent et affirment que le concile n'est pas libre ; et néanmoins ils me sollicitent afin d'ordonner et de contraindre sa liberté sur des affaires qui k regardent uniquement. »

De quelque part que vînt Topposition, le pape cherchait à la réprimer pour exercer une pleine puissance sur le concile. -1 craignait Tascendant du pouvoir, de la naissance et de la parole du cardinal de Lorraine. La correspondance secrète d© Pie IV atteste avec quelle sollicitude il suivait pas à pas tous les actes, toutes les discussions; jetant à pleines mains le blâme, les reproches, il s'inquiétait de tout ce qui échappait à son action; il boudait ses légats, trop dociles pour les princes, les désavouait, et tout dans ses conversations témoignait de Tanxiété que lui causait le concile. Au reste, le cardinal dé Lorraine arrivait à cette assemblée avec des iastructloos bien

plus acconiniodantes pour les pouvoirs du pape que celles de M. deLansac. Expression du parti catholique, il recevait l'ordre exprès d'en ménager la personnification puissante, et de ne pas trop ouvertement attaquer le pontife. Ces instructions demandaient TaÔrninistration des sacrements et l'usage des prières en français ; on requérait très instamment « que sans rien changer au service de l'église en langue latine , on prît quelque temps, pendant la messe ou pendant vêpres, auquel il fût permis de cîianter les psaumes approuvés par les évoques ou par les ordinaires, par quelque célèbre université, ou par des conciles provinciaux. » L'ambassadeur Delisle écrivait de Rome à Catherine de Médicis toutes les inquiétudes du pape : Pie iV invitait, suppliait les évoques qui étaient autour de lui et dont il disposait, de hâter leur départ pour le concile ; malade ou en bonne santé, il n'en dispensait aucun. «L'évêque de Bitonte se croyait empêché d'aller à Trente à cause de sa faible constitution, qui le rend souvent malade, mais il a été obligé de partir, et, recevant sa dépêche, il exhorta sa sainteté à bien espérer, promettant qu'elle serait victorieuse ; à quoi le pape Ta fort exhorté, répétant souvent en présence de quelques cardinaux ce mot de victorieuse, » Le discours du cardinal de Lorraine au concile reconnaissait avec solennité la suprématie du saint-siége auquel il se soumettait en fils respectueux ; et, tandis que les ambassadeurs parlementaires parlaient de conditions à imposer au pontife, le cardinal se bornait à des témoignages généraux de sa foi orthodoxe : doué d'une parole facile , le cardinal de Lorraine domina cette assemblée par son éloquence; il disserta sur presque tous les canons, etil le fit chaque Tois avec un talent remarquable. Le pape, qui voulait se l'attirer complètement, le fit flatter par tous les discours de ses légats. La réconciliation devint entière, et Pie IV put dès-lors compter sur un ferme appui de la part du prélat français; c'est qu'alors la guerre civile avait éclaté enFitince, et que la victoire de Dreux, qui retentit dans le concile en.action de grâces, ayant donné beaucoup de cœur aux catholiques, le parti modéré n'était plus

écoulé. Les instruclions se modifièrent en conséquence ; la France n'eut jamais une direction bien nette et bien parfaite dans sa représentation à ce grand concile, qui ne produisit, comme en sa première session, aucun résultat définitif. La question protestante demeura en dehors de ce mouvement, qui se concentrait d'une manière absolue dans les idées catholiques. Cependant quelle force résulta-t-il de cette dernière session du concile de Trentç? Reconnu dans quelques états, rejeté dans presque tous les autres, il multiplia les divisions au sein de Téglise. Au lieu de fixer les bases de Tunité, il fractionna de nouveau la société religieuse en mille nuances; il n'eut pour lui que le parti catholique pur. Partout où ce parti dominait, le concile fut admis ; on le repoussa, au contraire, là où l'opinion parlementaire avait la victoire ; il devint eu France un interminable sujet de disputes et de dissertations. Les jurisconsultes s'en emparèrent ; on fit des traités pour ou contre le concile de Trente; Féglise nationale ne fut jamais bien arrêtée sur la puissance de ses canons. La première partie du concile avait séparé par ses doctrines les réformés d'avec les catholiques; celle-ci les en divisa par tous les points, et rendit leur réunion désormais impossible ^

La lutte morale, qui éclatait dans les conciles, se traduisait par les armes dans la multitude. Le peuple catholique ou réformé se groupait autour de deux idées fixes : le premier demandait à combattre pour conserver la vieille suprématie de son église, son culte pur des saints et des confesseurs ; le second appelait le libre exercice de sa foi nouvelle, souvent sa domination, et prenait les armes pour les conquérir. Tandis que la guerre religieuse éclatait en France, les Vaudois expulsés de la Provence avaient cherché un asile dans les vallées profondes du Mont-Cénis, de Luzerne, de la Pérouse et de Freissinière, lieux déserts qu'ils défrichaient de leurs mains. Sans adopter toutes les opinions des calvinistes et de l'école genevoise, les Vaudois les avaient saluées comme

1 DépMies du sieur Delisle. in-i<>, p. 301;.

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une réfoimaticn de mœurs el de doclriius; tous professaieul ]a simple croyaixc des Albigeois, ces tmdilions pures des pauvres de Lyon qui se retrouvaient alors dans beaucoup de campagnes du Midi. Quand les armes grondèrent menaçantes, les Vaudois se divisèrent en deux partis : les uns, les plus modéras, résolurent d'abandonner leurs retraites paisibles, leurs cbamps bien cultivés, et vinrent se mettre sous la protection des Suisses; les autres, exaltis par des ministres plus ardents, se préparèrent à la résistance. La lutte commença, et les Vaudois, se retranchant dans leurs inexpugnables montagnes, s'emparèrent de tous les défiU's. Par un traité d'alliance simple comme tous les actes des pasteurs, les Vaudois qui restaient encore sous la domination de la France s'unirent à leurs frères de Savoie, et ces nouvelles forces changèrent la face de la guerre. La victoire leur demeura après d'incroyables efforts et de glorieux combats. On accorda aux Vaudois pleine et entière liberté de conscience : ils devaient jouir de la faculté de s'assembler pour entendre leur prêche, et pouvaient désormais avouer tout haut leur croyance.

Si au pied des Alpes la liberté de conscience était proclamte, les Pays-Bas se levaient également pour la conquérir, rai plusieurs fois décrit l'organisation lière et libre de ces municipalités de bourgeois et de métiers. Philippe II en avait confirmé le gouvernement à Marguerite de Parme, sa sœur naturelle, femme de modération, mais qui suivait avec une fidélité scrupuleuse les instructions secrètes émanées de San- Lorcnzo. Les motifs d'une bienveillance inquiète avaient porté Philipje II à introduire dans les Pays-Bas l'inquisition, police nécessaire dans ce grand mouvement qui menaçait réglise. Le refus d'accepter le concile de Trente fut le premier acte de la révolte des Flamands. La politique du roi d'Espagne était de dompter par l'action rehgieuse cette puissance des communes et des nobles qui avait troublé la vaste domination de Charles-Quint. L'opposition se manifesta dans la Flandre comme elle s'était piulout montrée; on protesta

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par écrit contre le despotisme religieux, et le comte d'Egmonl fut envoyé à Madrid pour exposer à Philippe II les justes plaintes de ses provinces. Le comte, qui était à la tête du parti modéré et national, demanda cette liberté de conscience partout réclamée comme un droit, et l'abolition du saint-ofllce. En réponse, le roi d'Espagne déclara qu'il fallait se soumettre sans coiîdition aux édits de Gharles-QuJût et au concile de Trente. Alors il se forma une ligue secrète, tout à la fois religieuse et politique, pour défendre la liberté de conscience et les prérogatives du pays. Cette ligue se formula en une réclaïhalion apportée à la régente par quatre cents des nobles et des magistrats communaux, à la tète desquels se trouvait le comte Louis de Nassau. Cette fière requête dut être envoyée en Espagne afin d'obtenir une prompte et franche réponse, une réparation aux griefs dont on se plaignait. La multitude des villes n'attendit pas la satisfaction qu'elle sollicitait de San-Lorenzo ; les prédications anabaptistes et celles de Calvin avaient enflé les cœurs, et, tandis qu'on tentait de leur imposer l'inquisition, les métiers se révoltèrent dans plusieurs cités; renouvelant toutes les actions furieuses qui avaient signalé la présence des calvinistes. Les statues des saints furent mutilées , les objets de la vénération pubhque dispersés dans les rues et souillés de boue.

La sédition de quelques villes, celle première guerre des gueux réunis autour de l'étendard où brillèrent depuis /a besace et récueîle, n'avaient eu rien d'unanime et par conséquent rien de redoutable. Cambrai, Anvers et Tournai, ces trois têtes de la révolte, abaissèrent leur front, et l'autorité espagnole y fut rétablie. Les desseins des conjurés étaient connus de Philippe Il ; la réforme se liait à l'atfranchissement politique, et dès lois il était dans le caïuctère d'un prince plein de là grande idée de son pouvoir et dévoué à la défense de l'unité catholique, d'opposer toutes ses forces au mouvement séditieux qui se préparait. Les archives de Simancas signalent celte activité de correspondance et Finquiétude qui pressait le ma-

marque, tout h la fois en présence d'une insurrection des Maures à Grenade, des fiers Aragonais, et de celte révolution de Flandre, calmée un moment, mais qui faisait ses conditions. Le conseil du roi d'Espagne se divisait en deux fractions : Tune, à la tête de laquelle se trouvaient le duc c'a Féria et Ruy-Gomez, penchait vers un système de ménagements; l'autre, qui comptait le duc d'Albe et le cardinal Granvelle, voulait marcher à une répression violente; celle-ci entrait trop bien dans les idées et les sentiments de Philippe II pour que le dernier avis ne fût pas préféré, et le duc d'Albe fut choisi pour commander la guerre de Flandre.Vieux général des bandes victorieuses de Charles-Quint, le duc d'Albe quitta l'Espagne, pour se porter dans les Pays-Bas ; tous les débris de la célèbre infanterie du grand empereur abandonnèrent Kaples, le Milanais, la Sardaigne, et vinrent se ranger sous les drapeaux du duc d'Albe aux pieds des Alpes; de là, traversant bientôt la Franche-Comté, la Bourgogne et la Lorraine, ils arrivèrent après des marches longues et pénibles sur les frontières de Flandre. La régente Marguerite connaissait cet impitoyable caractère du duc d'Albe. Entourée du parti de la noblesse, des comtes d'Egmoiît et de Horn, elle craignait de voir briser par le fort gantelet d'Alvarez toutes ces petites intrigues qu'elle faisait mouvoir avec tant de soin pour aboutir à une pacification modérée. Elle écrivit à Philippe II son frère « que tout étoit calmé, qu'on rétablissoit les églises; » et Philippe II répondit en donnant au duc d'Albe les pouvoirs les plus étendus. Ses instructions secrètes portaient « qu'il eût à se débarrasser de tous les chefs qui avoient pris part soit à la révolte armée, soit à la résistance morale *.» Toute la haute noblesse s'était dispersée en Allemagne, en Angleterre, en France. Les comtes d'Egmont et de Horn seuls s'étaient confiés à la protection de la régente, qui ne put les sauver. Ils portèrent la tête sur Téchafaud. Le saint-ofTice fut établi avec sa surveillance et ses pouvoirs ; les villes perdirent tous leurs privi-

^ Beal Bibliolh. Madrid, salle de? U^f^, H. ï.

ttlù LA RÉFORME

ît'gos. Sur les ruines de l'hôlel de Culembourg, lieu de réunion de la ligue contre TEspagne , il dut s'élever une haute colonne pour perpétuer le souvenir de la révolte du peuple. Ainsi Philippe II veillait avec un soin particulier à ce que l'hérésie ne pénétrât point dans ses domaines; il proscrivait les livres de Luther, mêmes les expressions les plus modérées du parti philosophique. Il venait de recevoiravec un enthousiasme respectueux le titre de vicaire du pape dans la péninsule ; et comme il avait constitué une société toute catholique, ce titre lui assurait l'exercice du pouvoir absolu.

Dans ces circonstances commença le sinistre procès de don Carlos. Le drame' et le roman se sont emparés de cette lamentable histoire ; ils ont attribué à la jalousie et à un amour sans vérité le résultat d'un acte politique, d'une concession faite à l'unité du catholicisme. Les pièces qui restent de ce procès, les correspondances de Philippe II indiquent que l'héritier présomptif de la couronne ne manifestait pas cette ferveur religieuse, cet attachement aux doctrines que le parti catholique voulait préserver en Espagne. Don Carlos était en rapport avec la fraction modérée du clergé espagnol et de la noblesse, applaudissant, sinon à la révolte, au moins aux libres plaintes de la Flandre ; il devait diriger ce mouvement des cités. Ses lettres qu'il adressait à la reine d'Angleterre, prévoyant dans l'avenir un triomphe possible pour les nouveautés de Luther, appelaient appui et sollicitaient même un mariage avec Elisabeth, alors à la tête des progrès de la réformation. On lui supposait également le projet de s'unir à une des filles de l'empereur Maximilien II, pour prendre en maiu la cause protestante qui s'étendait en Allemagne et dans les Pays-Bas. La mort de don Carlos fut un acte cruel ; mais dans la marche des événements et des partis, les hommes ne s'appartiennent pas. Quand on se pose au centre d'une opinion, il faut subir son pouvoir, jusqu'à ce pointd'adopter, non seulement ses intérêts, mais encore ses plus atroces caprices. La place qu'avait prise Philippe II ne lui permettait pas d'h^'si'er ;

Jes sentiments de son fils, héritier de ses vastes domaines, étaient une menace pour l'avenir de la monarchie catholique ; l'infant fut sacritié à sa perpétuité.

Le solennité que mit Philippe II à annoncer les mesures prises contre Carlos ; les lettres écrites à chaque ville municipale, aux évoques et archevêques, montrent assez dans quel esprit la sanglante condamnation fut prononcée: «Le service de Dieu, répète Philippe II, et ce que je dois au bien de mes sujets ne me laissent pas maître de tolérer la conduite de mon fils. » Toutes les lettres en réponse sont brèves, obscures. Celle de Murcie dit seulement : «Votre majesté a si bien gouverné son royaume, elle a maintenu ses sujets dans un tel état de paix ; elle a donné un si grand accroissement à la religion, qu'elle a dû ne se décider dans une question qui la touche de si près que parce qu'elle a eu en vue le service de Dieu et le bien gé • néral de ses peuples. » Le caractère de don Carlos était tout anti-cathohque; une lettre du docteur Suarez, adressée à ce jeune prince, est ainsi terminée : « Votre altesse peut s'imaginer ce qu'on dira d'elle, lorsqu'on saura qu'elle ne se confesse pas et qu'on découvrira d'autres choses terribles sur son compte,el quelques-unes sont de telle nature que si elles regardoient tout autre personne que votre altesse, le saint-office seroit dans le cas de rechercher si elle est chrétienne ou non ^ . »

La ligue de Flandre, un moment abaissée, s'était mise en rapport avec la France pour y appeler appui. Il y avait trop de désordre et de guerre civile pour qu'on écoutât ces propositions qui pouvaient rattacher les villes de Flandre domptées par Philippe-Auguste. Les Flamands espérèrent vainement des secours efficaces : un édit même de Charles IX défendit sous peine exemplaire de porter des armes aux rebelles des villes. Alors les Flamands au désespoir députèrent en secret vers la reine Elisabeth. Depuis les grandes divisions de l'Allemagne,

• Elle est datée de Pâques (18 avril) 1SC8. — Pihei du procès de don Car'.os.

278 LA RÉFCmME

Elisabclh était devenue la plus intime protectrice des calvinistes de France, La querelle était si puissamment religieuse en Angleterre qu'il fallait se mettre là, comme partout ailleurs, à la tête d'une des fractions qui divisèrent la société après la réforme. Elisabeth avait pris en mains le protestantisme comme Marie Stuart l'opinion catholique, et quand je raconterai les rivalités d'Ecosse et d'Angleterre, j'effacerai encore tout ce que le roman ou le théâtre ont attribué à la jalousie pour un poétique comte. En temps de partis, qu'est-ce que Finfluence d'un cœur d'homme ou d'une tête de femme? Les masses sont derrière qui vous pressent, et Ton n'est quelque chose que lorsqu'on se lait leur expression. Marie Stuart était la personnification du principe catholique ; elle voulait le faire dominer, non seulement en Ecosse, mais encore ailleurs, comme elle le dit mystérieusement dans une lettre originale au roi Philippe II, conservée aux archives de Simancas. Elle lui demandait aide pour le triomphe de ce principe social.

Deux opinions luttaient contre Elisabeth 4 son avènement à la couronne : le catholicisme et l'opinion sévère des puritains morcelée en tant de sectes. A peine commençait- elle à régner, qu'on renouvelait les peines inflexibles, les implacables proscriptions des bills précédente, envers tous ceux qui brigueraient, obtiendraient ou exécuteraient les bulles ou indulgences de la cour romaine , leurs suppôts ou fauteurs. Il y eut des statuts de trahison contre les hommes et les femmes qui recevraient ou introduiraient des agnus dei, des croix, des chapelets, des châsses bénies par l'évêque de Rome. De celte intolérance bizarre on passa au despotisme. Tout sujet fut forcé de prendre la communion sous les nouvelles espèces, et ces prescriptions étaient accompagnées de peines de mort ou de confiscations de biens. Dans celte situation, ce n'était pas la grande liberté de conscience que la reine Elisabeth pouvait proléger, mais Tomnipotence de la réforme. Quand elle tendait "la main aux calvinistes en France, quand elle promettait des secours aux Flamands révoltés, elle cherchait à créer la

souveraineté du proleslanlisme, parce (ju'elle-même, reconnue comme la protectrice de celte nouvelle foi, s'élevait à un immense degré d'autorité dans un monde où le principe religieux dominait encore. La génération actuelle peut voir avec dédain ces querelles pour des dogmes qu'elle ne s'axplique plus; mais qu'elle se transporte au milieu de la société d'alors, avec sa foi, sa croyance, elle comprendra que ces principes aient mis les armes à la main â des populations entières. La société est un état de travail pour les races d'hommes comme pour les individus; elles n'obtiennent un peu de bien-être et des éléments de sécurité qu'après des travaux inouïs.

La Suisse, toujours divisée, nWrait pas un ordre plus parfait dans la marche des opinions. La réforme avait jeté mille doctrines en confusion, constitué une espèce de chaos intellecluel au milieu duquel l'esprit despotique de Calvin cherchait à formuler un gouvernement. C'est la seconde période des révolutions qui remuent profondément ks masses. Les hommes de capacité qui s'en emparent veulent raffermir le sol tremblant, et pour cela ils ont besoin d'une autorité violente. Ce ne fut pas seulement le caractère absolu de Calvin qui l'entraîna dans ces luttes contre les innovations hardies des sectaires aux dernières années de sa vie; il fallait mettre un terme à des démolitions sans fin; Calvin posa des principes, les identifia aux bases du gouvernement de Genève, et puis, tout ce qui attaqua ces principes fut considéré comme une rébellion au gouvernement même. La république de Genève devint un système aussi fièrement religieux que le catholicisme; elle eut ses formulaires, ses lois impérieuses. Calvin en fut la personnification ; il constitua à côté des ruines, et voilà pourquoi il dut briser tout ce qui s'opposait à sa pensée ; il y eut sans doute de la haine de docteur dans ses implacables poursuites contre Servet, Gruet et Castallion; mais il y eut plus encore, une nécessité. Où s'arrêter lorsque tant d'intelligences remuaient autour de lui les idées sociales sans porter de limites à la raison superbe? Il n'y avait plus de gouvernement pos-

sible ; et Calvin, caractère de pouvoir avant tout, prévit le danger et le combattil. Sa vie fut une lutte perpétuelle, une angoisse prolongée. Sa tête d'ordre et d'organisation cherchait à réparer les ravages des doctrines, à jeter un point d'arrêt ; il obtint ce résultat pour la république de Genève , où le principe religieux se perpétua dans le principe politique. On a fait souvent le parallèle littéraire de Calvin et de Luther, jeu puéril dont on s'occupait beaucoup dans les grands jours du belesprit. Il est un rapprochement plus haut à tracer : Luther fut le commencement d'un système dont Calvin se proclama le dernier terme; l'un démolit, l'autre organise; il y avait dans l'un l'inquiétude d'un esprit fatigué par l'ordre de choses qu'il voulait secouer; dans l'autre, l'irritation d'un caractère alarmé des innovations qui le dépassent; tous deux maladifs, parce que les vastes œuvres du genre humain dévorent les entrailles ; tous deux succombant sous la parole, sous le travail, au mî< lieu des sueurs et des souffrances; comme si Dieu avait condamné le corps à expier cette faible lueur de génie et de grandeur qu'il jette au hasard dans quelques têtes d'hommes? Le parti politique avait grandi en France, avec la trêve qui suspendait les hostilités; cette trêve était un peu. son ouvmge; il la considérait comme une concession imparfaite, mais il voulait la faire servir à une réconciliation plus longue, plus durable. Les calvinistes venaient de donner un bel exemple en combattant avec vaillance pour le recouvrement du Havre sur les Anglais d'Elisabeth; braves gentilshommes, ils n'avaient pas songé à l'immense faute qu'ils commettaient en affaiblissant la grande alliée du calvinisme. Les politiques ménageaient l'une et l'autre opinion extrême, et, de cette habitude de concessions nécessaires, ils avaient contracté une morale de tiers-parti et d'accommodement dont on peut à peine se faire une idée. On discutait gravement si le meurtre et l'assassinat peuvent, en certaine circonstance, s'excuser, et cela afin de jeter un voile sur une époque de fatales dissensions. Lorsque madame de Guise demandait justice et veu-

ET LA LIGUK. 281

geance de la mort de son époux, Pasquier examinait, par des souvenirs puisés dans Fantiquité , la double opinion de la culpabilité ou de la non-culpabilité des auteurs de ce crim^ • « Ceux qui portent le parti huguenot, disait-il, soutiei[m^^ que cela est effacé par l'édit de pacification, et qu'il n'y a rien d'insolent et qui ne soit faisable contre son ennemi. Qu'ainsi fut César assassiné à Fimpourvu par Cassius et Brutus; ainsi entre nous, le roi Sigibert dans Soissons, par la pratique et menée de la reine Frédégonde, sa belle-sœur. »

Pour donner plus de force et de durée à ce système de ménagements, les politiques conseillèrent à Catherine de faire reconnaître la majorité du roi, qui avait alors atteint sa quatorzième année; l'influence de la reine-mère restait la même, mais le conseil de régence s'effaçait, et avec lui l'autorité des princes du sang qui se disputaient le pouvoir. On se hâta d'en prévenir la bonne ville et son conseil. « Le 48 août 1563, assemblée à l'hôtel en Grève, en laquelle le sieur de Lansac arriva et présenta ses lettres. Il annonça que le Hàvre-de- Gràce étant rentré à l'obéissance du roi, S. M. avoit fait déclaration de majorité au parlement, les assurant d'avoir un bon roy qui veut non seulement commander, mais aussi reconnoitre pour ses vrais et loyaux sujets et tenir chers, comme un père ses enfants, ceux qui lui seront tels qu'ils doivent. » Puis, le conseil expédiait un bref état de ce qui semblait nécessaire pour la sûreté et tranquillité de la ville de Paris, contenant « que nul de la nouvelle religion soit reçu à demeure en cette ville, s'il n'en a été bourgeois et habitant auparavant les troubles ; qu'à l'entrée de la ville les gardes des portes saisiront tous bâtons à fer de ceux qui iront loger chez les hosteliers, et auquel on les rendra quand ils voudront partir. » Le roi avait mandé à sa bonne ville de faire procession générale sur la prise du Havre ; le Te Deum fut chanté en l'église de Notre- Dame. Le peuple ne s'en contenta pas ; il y avait des séditions journalières. Un édil porta établiss^ement d'une garde pour les prévôt des marchands et échevins, composée de douze bour-

382 LA RËFOftME

geois, y compris un capitaine auquel on fil prêter serment. tJne autre ordonnance fut arrêtée pour le repos des habitants; elle était adressée au premier président : w Vous tiendrez la main à ce qu'il ne se vende ni livres ni peintures tendant à séditions. »

Si les catholiques manifestaient leurs mécontentements à l'occasion d'une paix qu'ils répudiaient de toutes leurs forces, les huguenots, soupçonneux, pleinfe d'hésitations et de craintes, se croyaient à la veille d'être sacrifiés par la cour aux animosités du peuple. Il existe un curieux document éous ce titre : înstruction à M. de Feûquières pour faire entendre à M. te prince ce qui s'en suit, et qui semble annoncer la Saint-Barthôlemi. <t Ceux de Chartres ont tenu conseil pour, après que les reistres seront partis, donner en même jour les vespres siciliennes à ceux de la religion. Par la délibération de ce conseil, ils ont envoyé les capitaines Chary et Sarlabon pour gagner ceux de Paris qui les aideront à Texécution de leur entreprise. Avertir M. le prince, M. Tadmiral et M. d'Andelot qu'ils se tiennent sur leurs gardes. Que M. le prince croie ces avertissements pour véritables, parce que M. le prince de Portian les a de ses amis qui hantent le gouverneur de Chartres, conduc-* teur de l'affaire. » Ainsi, longtemps avant la Saint-BarthélemI, ceux de la religion réformée avaient cîuinte des i)espres sici^ tiennes contre leur ftiible minorité. Ils s'exaltaient par leurs prières, par les cantiques spirituels sur la persécution, et ils appelaient persécution tout ce qui n'était pas le triomphe absolu de leurs doctrines, la pleine et entière libellé des prêches et de la cène. Renée, duchesse de f errare, écrivait à Calvin pour se plaindre de cette intolérance à la cour de France : 'a Elle étoit partie de Saint-Germain parce qu'on Itii avolt défendu de faire presches dans son appartement, comme elle avoit coutume depuis l'édit de pacification. » Le tiers-parti cherchait à rassurer les esprits par l'impartiale exécution de Tédit; des délégués spéciaux étaient distribués dans les provinces. Le grand but que voulaient atteindre les politiques, c'était la con^

dikitioti (les deux fâmilles de Guise et de CliAlfHon, expressions extrêmes des opinions calvinistes et catholiques ; il fallait surtout arrêter les poursuites commencées dans le parlement. Les huguenots craignaient ces débats solennels qui feraient peser sur leur parti et sur Coligny particulièrement l*odieux de l'assassinat du dîic de Guise, le caraetère alors te plus populaire, le plus unanimement salué par les muililudes. Le tiers-parti qui voyait le danger, développa dans «n mémoire la gravité de cette poursuite, a four rompre et empêcher la délibération prise de donner audience publique en plein parlement à ceux qui veulent faire plainte et demander ouverture de justice contre Tadmiral, sera remontré à la royne que cette audience pourroit faire tel esclandre, qu'on ne le sauroit aisément réparer, et que si celte entreprise est suivie , c'est un vrai moyen pour détruire et gâter en une heure tout le fondement de ce qu'elle a pris grand'peine de bâtir depuis six mois. Qu'il s'ensuit encore autre inconvénient plus grand, c'est qu'ouvrant la porte aux querelles particulières, elle doit rester ouverte pour toutes indistinctement, ce qui sem occasion de nouvelles et publiques querelles ; et au contraire, si elle poursuit cette affaire et ne veuille pas poursuivre les autres qu'on requerra, elleperdroit d'abord son nom et estime de la justice, et puis ce seroit rompre tout repos et pacification. »

Le prince de Condé sentait l'importance d'éviter la condamnation de Coligny. Il y eut conseil réuni en présence de la reine ; Condé y déclara « qu'il avoit vu l'amiral, lequel l'avoit assuré que Thomicide commis sur M. de Guise n*étoit pasjus^ ticiable ni sujet à être purgé par voie de justice, puisqu'il avoit eu lieu en temps de guerre; ce seroit contrevenir à l'édit de la paix. » Le maréchal de Montmorency répondit « que l'intention du connétable son père étoit, puisqu'il ne s'agissait pas du roy ou de la religion, de soutenir ses parents de toute sa puissance, et lui, pour sa part, maintenoit pour ses cousinsgermains. »

n\ ul rèforbië

Ici la pensée du tiers-parti triompha : «le roy, craignant que la mort de M. de Guise, arrivée à son grand regret, ne renouvelât quelques aigreurs, s'il n'y étoit procédé autrement que par voie de justice, mais par vindictes et force des armes, choses défendues en ce royaume, enjoignit, tant à M. Henri de Guise qu'à M. Tamiral ainsi qu'à leurs enfants, frères, pa^ rents et amis, de n'avoir à s'offenser ni faire offenser les uns les autres de quelque manière que ce soit, sous peine d'être déclarés désobéissants à sa majesté, et quant aux poursuites par voie de justice, elles étoient suspendues jusqu'après la pacification, vu de grandes, importantes et nécessaires occasions et considérations. » Ce projet des politiques reposait sur une fausse donnée : ils s'imaginaient qu'en réconciliant les têtes d'opinions, ils calmeraient ces opinions elles-mêmes. Catherine comblait d'honneurs le prince de Condé, et distribuait la grande fortune de M. de Guise à ses fils; le prince de Joinville était confirmé dans l'office de grand-maitre ; M. de Mayenne était grand-chambellan et le duc d'Aumale grand-veneur. Les huguenots de la cour applaudissaient de leur côté à la mesure qui autorisait la vente des biens du clergé jusqu'à concurrence de trois millions. Le peuple restait étranger à toutes ces concessions; l'ardeur de ces principes religieux n'en tenait aucun compte. Pasquier, écrivant à M. de Fonssomme sur les ajffaires de son temps, lui donne de tristes détails sur l'effet général de l'édit de pacification. « Il y a eu quelques séditions au Mans et à Troyes, spécialement dans Crevant, petite ville de la Bourgogne; il y a eu quelques huguenots tués ou noyés. Eu ce même pays de Bourgogne, quelques-uns ont fait contenance de se liguer sous le nom de la confrérie du Saint-Esprit. L'édit de pacification est en plusieurs endroits de la France enfreint.» La force catholique revenait en masse pour dominer le parti politique, toujours le dernier à subir la puissance du mouvement; on prit prétexte de ce que l'édit de pacification n'était pas bien interprété, fidèlement exécuté, pour en restreindre les concessions. Catherine do^ Médicis avait tellement entouré

Je prioce de Coudé de ses prestiges, qu'elle le rendait Tinstrument de ces mesures contre les calvinistes. Ce fut sous sa présidence que dans rassemblée de Paris où arrêta « que nul seigneur ne pourroit faire exercice de la religion nouvelle èslerres qu'il avoit de nouveau acquises de Téglise. Que nul ne pourra être ministre en ce royaume, s'il n'est naturel François. » « Cette déclaration, dit Pasquier , a apporté quelques nouveaux tintoins en la tête des huguenots. » L'opinion calviniste se plaignit vivement de ce qu'elle appelait la trahison du prince de Condé : voulait-on lui retirer les concessions déjà si imparfaites de l'édit de pacification? L'amiral Coligny et d'Andelot se proclamèrent encore les chefs naturels de celte manifestation de reproches qui s'élevait si haut. Le système des pamphlets, des placards, des écrits clandestins était suivi et renouvelé avec une insolence dont il est difficile de se faire une juste idée. On ne voyait que libelles contre le roi, sa mère, le pape, les évêques fidèles à la vieille foi ; les palais n'étaient pas exempts de ces mordantes attaques, et Catherine trouva dans sa chambre une lettre anonyme dans laquelle ou lui déclarait « que si elle ne chassoit pas tous les papistes, on la poignarderoit elle et son Laubespine. » Le parlement prit des mesures contre la presse, et rendit un arrêt qui fit défense aux imprimeurs, libraires et colporteurs de vendre aucun livre sans permission du roi, sous peine de la hart.

Catherine résolut un voyage royal à travers la France ; il avait pour but avoué de s'enquérir par elle-même des plaintes et doléances des deux religions rivales. C'était au moins ce qu'on disait aux politiques ; mais la reine, qui était alors débordée par les catholiques, et qui voyait grandir cette inévitable puissance, allait par les provinces examiner la force dis huguenots, afin de préparer par une bonne guerre ou par tout autre moyen TafTaiblissement successif et la disparition complète de la foi nouvelle. Ainsi, à mesure qu'on avançait dans les provinces, l'on donnait ordre « de démo-nteler la plu-

Es T. PASi^tlER; liv. IV, let. 23,

part des villes qui avoient été occupées par les huguenots. » Charles IX donnait avis au roi d'Espagne des moindres circonstances de [son voyage. Il lui écrivait de Lyon : « Mons. mon frère, sachant comme vous ont toujours été agréables les b3n succès et prospérité de mes aflhires, j'ai avisé vous envoyer le jeune de Laubespine pouf vous faire savoir mon arrivée en cette ville de Lyon, où j'ai trouvé toutes choses en si bon état et tant d'obéissance de tous les peuples, que j'ai de jour en jour plus d'occasion de louer Dieu des grâces qu'il me fait, étant par sa bonté mon royaume au bon et certain chemin que je le saurois désirer de la tranquillité que j'y cherche depuis longtemps. » C'est ainsi précédé que le roi s'en vint à Rayonne ok il devait voir sa sœur mailée à Philippe II. Catherine souhaitait surtout s'aboucher avec le roi d'Espagne ou avec quelqu'un de sa confiance. Si l'on était décidé à prendre un parti contre les calvinistes, l'appui de ce prince était indispensable, parce qu'il était la grande force qu'on pouvait efficacement employer pour résoudre la question en faveur du cathohcisrae. Philippe II ne put venir à Rayonne, mais il envoya le duc d'Albe, le plus intime de ses confidents, celui qui entrait plus parfaitement dans sa pensée. La reine-mère écrivait au roi d'Espagne pour le remercier de la permission qu'il avait donnée à sa femme de la venir trouver, elle et ie roi son fils : « Je neveux faillir de vous dire l'aise que j'ai de voir venir une chose que j'ai tant désirée et qui, j'espère, apportera non seulement grand contentement au roi mon fils et à moi, mais bien et sûreté au repos et conservation à toute la chrétienté. » Au milieu des fêtes, des tournois, des pas d'armes et des ballets, on ne parla dans la conférence de Rayonne que des expédients pour se délivrer des calvinistes qu'on accusait seuls des grands troubles qui tourmentaient la France. Le duc d'Albe repoussa Tidée d'une nouvelle transaction , qui ne ferdit que plus profondément agiter les esprits. On discuta les moyens de détruire à tout jamais la huguenoterie, et les dépêches du duc d'Albè constatent que dès cette époque l'idée

ET LA LIGUE. ^m

d'un massacre général des hérétiques n'était pas repoussée. Une pièce importante se trouve dans les archives espagnoles; elle est sans signature, et paraît avoir été envoyée à la cour de France avant Fentrevue de Bayonne. Il y est dit : « Lors de la vue future de deux si puissants et très-chrétiens rois comme celui de France et celui des Espagnes, il est besoin, pour le bien, défense et augmentation de la religion catholique : ne permettre jamais es-pays de leur obéissance aucun ministre ni exercice de la religion nouvelle, soit en public ou en particulier; faire commandement à tout ministre de sortir des provinces dans un mois sur peine de la vie, s'engager à publier en leur pays respectif le concile fait et célébré dernièrement à Trente, et tenir la maiq à ce que ses décrets soient reçus sans contredit. »

Quoique le projet de se délivrer des huguenots par un moyen quelconque fût posé et convenu peut-être dans celte entrevue, il est difficile de croire que la pensée de la reine se soit portée au coup populaire qui s'exécuta plus tard le jour de la Saint-Barthélemi. Le parti réformé était en armes et sur ses gardes ; sa grande organisation subsistait encore et n'avait reçu aucune altération ; il fallait la détruire sans bruit, lui enlever peu à peu ses garanties, et c'est dans cet objet qu'avait été rendu Fédit de Roussillon. Catherine de Médicis écrivait au maréchal de Montmorency de cette entrevue de Bayonne : « La royne catholique, ma Hlle, s'est départie d'avec nous: le 3 de ce mois, le toi, monsieur mon fils, Fa ramenée au même lieu où il l'avoit reçue, qui est sur le bord de la rivière qui fait la séparation de nos deux frontières, et je fus ce jour-là coucher à Irung pour avoir le contentement de la voir le plus longuement que je pourrois. Nous n'avons parlé durant notre entrevue que de caresses, festoyemens, de bonne chère, et en termes généraux du désir que chacun a à la continuation de la bonne amitié d'entre leiirs majestés. » Dans toutes les villes où passait le roi, les prêches étaient défendus ; le jeune prince manifestait sa douleur de voir les

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croix aballiifts, los saints muliirs, les osscmenis joU's au vent à travers les cimetières; quand on lui portait des plaintes au nom des calvinistes, Charles IX répondait sans ménagements, avec le courroux d'une tête ardente qui rêve un parti décisif. Un jour que Condé lui adressait des conseils sévères, le roi lui répondit : « Il n'y a pas longtemps que vous vous contentiez d*ôtre soufferts par les catholiques ; maintenant vous demandez à être égaux; bientôt vous voudrez être seuls et nous chasser du royaume. » Imaginez dans quelle douleur devait se trouver le parti politique, lorsque le chancelier de THospital entendit ces autres paroles de Charles IX : o Le duc d'Albe a raison : des têtes si hautes sont dangereuses dans un état ; l'adresse n'y sert plus de rien, il faut en venir à la force. » Le conseil cherchait pourtant encore à garder la foi jurée, à empêcher ces grands froissements d'opinions.

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