SECONDE GUERRE RELIGIEUSE
Lo pape Pie V. — Eupfit des confréried. — Réunion che* lo prince de Condé. — Amlèrcs ré^oluUons des calvinistes. — Nouveaux efibrts du parli inodéi*é. — Armement catholique. — ConspiraUon huguenote. — Le roi à Paris. — L'hôtel- de-vllle.-'— Bataille de Saint-Denis. — Mort du connétable de Montmorency. — Trêve. — Première ligue. — Batailles de Jarnac et de Moncontour. — Paix de Saint-Germain.
Lorsque Charles IX se prononçait pour le catholicisme , la vaste tiare des pontifes se reposait sur la tête de Michaelo Ghisleri, du grand ordre des dominicains, longtemps inquisiteur de la foi, et implacable ennemi de l'hérésie. Michaelo prenait le nom de Pie V pour se conformer à cette vieille coutume du catholicisme, qui imposait à son chef immense
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Tobligation de tout abandonner, tout, jusqu'au nom de sa famille, afin de mieux s'identiûer encore avec la grande pensée de l'église. Pie V feisait solliciter par ses députés secrets le roi de France de prendre les armes contre les huguenots. En échange, il lui promettait la prédication d*une croisade, les secours du roi d'Espagne et du duc de Savoie, réunis dans la pensée univei^selle de réprimer les hérésies. L'esprit de confréries se propageait dans le parti catholique ; on se liguait par des serments pour le soutien de la foi. Ces associations avaient cela de menaçant pour la royauté, qu'elles se faisaient en dehors d'elle; il était facile de voir de toutes parts qu'on se préparait aux armes. Catherine pressait les Suisses , négociait avec les Flamands pour empêcher qu'ils n'envoyassent des secours aux calvinistes; et quand les princes électeurs de l'empire, comme prix de leur neutralité, lui demandèrent la liberté de conscience pour tous, Charles IX , plein d'impatience, s'écria : « Je conserverai volontiers l'amitié de vos princes, quand ils ne se mêleront pas plus des affaires de mon royaume, que je ne me mêle de celles de leur état. Je suis vraiment d'avis de les prier aussi de laisser prêcher les catholiques et dire la messe dans leurs villes*. »
Les calvinistes s'organisaient également en ligue pour la défense de leur foi attaquée. Leurs assemblées devenaient pins fréquentes autour du prince de Condé; ils s'étaienl procuré des indices fort significatifs sur ce qui s'était passé à Rayonne : « Cette réunion n'avait eu lieu que pour leur ruine, disaientils, et dans le dessein de se débarrasser d'eux par un seul coup. » Le prince de Condé, menacé d'être abandonné comme chef de parti, sortit de son indolence; il présenta au nom des calvinistes un long mémoire de griefs, dans lequel il se plaignait de toutes les infractions aux édits pacificateurs , et annonçait une prise d'armes générale si l'on n'y faisait promptement droit. Suivant son usage, le parti protestant inondait le public de pamphlets remplis d'injures contre la cour, le roi et
* Mds. de Bélliune, n° 8C9C.
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les tyrans du conseil. Catherine, engageante et facile, môme dans l'âge de la maturité , était alors toute préoccupée i plaire au parti catholique ; elle obligeait ses ûUes de palais les plus coquettes et les plus vagabondes à l'observation des jeûnes, des abstinences, punissant de sa disgrâce celles qui bravaient les commandements de Téglise. De leur côté , les calvinistes, comme pour flétrir de leurs censures une cour )oute de galanterie, frappaient de mort Fhomme ou la femme convaincu d'adultère , précaution sauvage, que les ûlles de la reine et les jeunes gentilshommes ne pouvaient comprendre. C'était la reine-mère surtout que les calvinistes poursuivaient dans leurs écrits clandestins; ils la voyaient abandonner leur parti qu'elle avait longtemps soutenu, et cette trahison soulevait leur ressentiment. Dans un pamphlet attribué à un ministre, du nom de Roziers, on posait cette maxime, qui dans les développements était appliquée à Catherine : « Il est licite de tuer un roy ou une royne qui s'opposent à la réformation de rÉvangile. » Jusqu'au sein de son palais du Louvre ou de Saint-Germain, la mère de Charles IX était menacée de l'arquebusade avec laquelle on s'était débarrassé du duc de Guise et du président Minard.
Le chancelier de L'Hospital rapprochant les Montmorency des enfants de Guise , crut remporter une immense victoire. Ce fut dans l'assemblée de Moulins que cette fusion fut tentée. Tandis que L'Hospital faisait adopter son grand édit pour réformer la jurisprudence du royaume, le grave Coligny, le pape des huguenots, embrassa le cardinal de Lorraine, et jm*a qu'il n'était pas l'auteur du meurtre de son firère, ce qui était un mensonge. L'sdné des enfants de Guise ne voulut point presser la main de celui qui avait dirigé l'arquebuse de Poltrot. En sortant de cette assemblée, le duc d'Aumale s'écria : « Coligny ! ne suis participant en tout ceci ; je te défie, toi et les tiens, pour venger la mort de mon père. » L'erreur du parti politique était de croire que deux opinions vivaces pouvaient se calmer avec des palliatifs et quelques démonstrations
extérieut€fs. On cherchait à proclamer l*oubli des ressenti* ments; dans des lettres adressées au président de Thon, le conseil se félicite de Tédit de padlication : « le roiordoniioit de se transporter ès-grëffes de la cour du parlement , Chàtelet et ailleurs oh besoin sera, et là, rayé, lacéré et biffé sur les registres tout ce qui concernera l'époque pitoyable passée. » On armait pourtant de toutes parts. L*édit de padâcation subsistant en cour, il MIait un prétexte, et Catherine dmàt aux hugue* nols que Tannée du duc d'Albe côtoyant le royaume pour se rendre en Flandre, il était essentiel que Ton prît des précautions dans la crainte d'être envahi. Ce motif devait plaire aux calvinistes, qui conseillaient à la reine de profiter des troubles des Pays-Bas , pour rattacher cet ancien fief à la couronne. Coligny poussait Catherine à ce plan de réunion, vaste agrandissement de la monarchie; mais la reine, liée par Tentrevue de Bayonne, débordée par les catholiques, n'avait d'autres préoccupations que d'en appeler à un coup de main^
Selon les clauses de Tédit de pacification, un conseil se ra&* sembla, mi-partie calviniste et catholique; il fut unanimement déclaré que la présence du dtic d*Albe sur les frontières exigeait une prise d'armes dans toute retendue du royaume, et le prince de Condé vint ofi^r sa gentilhommerie proviiMsiale et calviniste, car on soupçonnait déjà le motif réel d'une con? vocation de soldats catholiques. On éluda cette demande ; tous les brevets de compagnie furent délivrés aux plus zélés défen* seurs de la foi romaine ; six mille Suisses des cantons non réformés furent levés par Catherine de Médicis. La marche du duc d'Albe dans les Pays-Bas fut prot^e; on le salua partout comme un libérateur. Ainsi, tout à fait engagée dans Falhanoe de l'Espagne, Catherine devait aller droit à l'extermination de l'hérésie, et profiter de la force morale que donnait la présence du duc d'Albe sur la frontière à la tète d'une armée espagnole. Les catholiques tînrent'un conseil secret, et l'on y arrêta de se défaire du prince de Condé, non plus par un pu-
> Bîbl. du roi. Liasse pour former un rec. de pièc, in-8, coté L. 148/} 5*
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blic assassinat, mais en le confinant dans une prison perpétuelle; les six mille Suisses devaient être distribués en trois corps; deux mille tiendraient Paris, deux mille Orléans, et pareil nombre Poitiers; des garnisons seraient jetées dans les tours ou citadelles dont on avait entouré les villes rebelles.
Jamais les rapports de la France avec TEspagne n'avaient été plus fréquents. Les archives de Simancas indiquent le nom de sept envoyés secrets à Madrid, pendant les deux années qui précédèrent la rupture avec les huguenots. Il existe dans ces archives une brochure curieuse sous ce titre : <t Advertissement à tous bons et loyaux sujets du roi, ecclésiastiques, nobles et du tiers-état pour n*être surpris et circonvenus par les propositions colorées, impostures, suggestions et suppositions des conspirateurs, participants et adhérents à la pernicieuse et damnée entreprise machinée contre le roy notre souverain seigneur et sou état. i>
En présence de ces mouvements du parti catholique, les principaux chefs et les ministres les plus habiles du calvinisme se réunirent chez le prince de Condé à Vallery , et là il fut résolu qu'on en finirait pour une bonne fois, et que puisqu'on voulait des coups d'arquebuse, on en aurait. Une seconde entrevue eut lieu à Ghàtillon-sur-Loing, chez l'amiral Cohgny. Les plus ardents présentèrent la situation comme intolérable, car le peuple se soulevait contre eux. Tous s'engagèrent sous le plus austère serment de garder un profond silence sur la résolution qui fut prise. Elle était grave : il s'agissait d'une autre conspiration d'Àmboise ; on voulait surprendre le roi, la reine régente, les mettre absolument dans les mains calvinistes pour en disposer ensuite. Puisqu'il n'y avait rien à espérer d'une cour corrompue, la gentilhommerie provinciale aurait encore élevé à la couronne le prince de Condé, le roi des fidèles^ comme l'appelaient leurs médailles. Tandis que ces préparatifs se suivaient avec tout le secret d'une conjuration, le conseil, plein de sécurité et d'espérances, continuait ses levées d'hommes, organisant à Paris les compagnies bourgeoises sous les
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couleui-s des œnfrérie$; il attendait ]e moment lavorable pour assurer le triomphe plein et entier à Tunité romaine, lorsque des rapports lui arrivèrent de tout côté sur les armements des calvinistes. On envoie visiter Tamiral de Coligny, on le trouve habillé en ménager, faisant ses vendanges; «c'estoit la veille de Saint-Michel, et pourtant le lendemain toute la France s'est trouvée couverte de gendarmes et compagnies huguenotes. » Le roi était à Monceaux, et les projets des gentilshommes calvinistes pouvaient facilement s'exécuter dans un heu ouvert qui pouvait être attaqué sans peine. « M. le prince, suivi de quatre ou cinq cents chevaux dedans la ville de Rozoy en Brie, se promettoit de surprendre le roy, écrit Pasquier, mais il a été esventé. On a mis en délibération dans Monceaux quelle part le roi se devoit retraire. L'opinion de M. de Nemours a prévalu, soustenant qu'il étoit non seulement expédient, mais nécessaire au roy, pour Tassurance de lui et de son état, de se retirer dans sa bonne ville de Paris, avec laquelle les roys de France avoiei\t perpétuellement uni leur fortune. » Les Suisses qu'on avait rassemblés à Meaux formèrent des batailles de lances et d'arquebuses; «le roy, sa mère, se mirent au mi* lieu, et parmi tout cela un grand attirail de dames, qui ne rendoient la partie ni plus forte, ni plus assurée. Toutefois, pour ce coup, la crainte a été plus grande que le mal. M. le prince a fait contenance de les attaquer, mais il ne les a osé affronter. Le roy, sur les quatre heures du soir, est arrivé dans Paris, grandement harassé de la faim et de la longue traite, reçu avec toutes allégresses de son peuple de Paris. » Charles IX montra une grande vaillance personnelle eu toute cette route périlleuse ; se précipitant en dehors des carrés de lances sur la gentilhommerie du prince de Condé, il y mit un acharnement remarqué par les hommes calmes du conseil , qui voyaient avec douleur ce jeune caractère si fortement se prononcer. Dès son arrivée au Louvre, le roi prévint du complot toas les chefs les plus fervents du catholicisme ; il écrivait au duc de Neve^'s ; «La présente dépêche est pour vous
n\ LA RÉFORME
avertir d'une malheureuse conspiration et entreprise préparée contre nous ; plusieurs de nos sujets se sont dressés en armes et menacent de s'emparer des villes où ils ont des inielli* gences. J'espère faire ranger les rebelles à la raison*. »
Le roi, en pleine intelligence avec le parti catholique, avec celui surtout qui siégeait àThôtel-de-vllle, rendit le 29 septembre des lettres patentes , lesquelles, à cause des assemblées faites de tout côté par des sujets armés, sans aveu ni permission, ordonnent K que tous les manants et habitants de Paris reprennent les armes pour s'en aider et servir à leur conservation, ainsi qu'ils ont fait devant les derniers troubles.»Le même jour, ordonnance du bureau de la ville aux quarteniers « de se transporter, accompagnés de forces et de deux notables bourgeois, ès-maisons suspectes pour y saisir et arrêter toutes les armes offensives et défensives, et de les porter à la ville. » Ils devaient faire descriptions de tous les chevaux des quartiers, donner des passes de sûreté, et obliger tout suspect à sortir dans le jour. Paris était tout organisé pour la guerre civile ; la formation des compagnies bourgeoises avait créé une grande force à l'opinion catholique ; des signes de ralliement ftirent adoptés. « Le lendemain, écrit Pasquier, chacun a couru aux armes, a chargé la croix blanche sur son chapeau, en danger à celui qui se trouvoit sans, d'être tué. » La paix était rompue aux acclamations des halles et des métiers ; les huguenots vinrent dès la pointe du jour assiéger les murailles ; et aux haines religieuses qui déjà animaient les bourgeois, vint s'ajouter la pensée que la hugueuoterie renversait les moulins, préparait la famine aux marchés. Ces haines étaient excitées par des prédications continuelles devant les petites images, où brûlaient les lampes saintes au coin des rues. Le l*'' décembre, il y eut encore lettres du roi pour la montre et revue générale des habitants de Paris, & laquelle sa majesté voulait assister. L'hôtel-de-ville prenait la haute-main. Le 5 janvier 4568, mandement aux quarteniers « d'ordonner à tous les capitaines
* Hs8. de Bétbune, yoI. cote 8676. fol. 140.
des quartiers d'élire un d'entre eux pour chef et colonel, qui recevra le vouloir du commandement du roy et du bureau municipal, d Le 24, ordonnance de police faite audit bureau, « que le roy veut et entend être tenue et gardée sur Télection des seize colonels, lesquels recevront les ordres de la ville. »
Cependant les huguenots prétendaient qu'ils n^avaient point voulu faire la guerre civile, qu'ils venaient seulement réclamer du roi l'exécution des anciens édits. Les politiques s'entremirent encore pour préparer un arrangement. L'Hospital et le conseiller Morvilliers se rendirent au camp de la gentilhommerie, et celle-ci demanda la liberté de conscience sans limites; et pour se rendre populaires, les huguenots ajoutèrent encore qu'il fallait retrancher les charges extraordinaires qui pesaient sur tous les états. Les députés du parti politique remontrèrent d'abord « que ce n'étoit pas la forme qu'un sujet vienne armé présenter requête à son roi désarmé, si ce n'étoit en intention de lui vouloir donner la loi. » Ces idées de devoirs et de judicature, que voulaient fhire triompher les politiques, n'étaient pas dans l'esprit du temps : on se riait de tous ces entremetteurs; les deux opinions les ehansonnaient et disaient d'eux qu'ils étaient de tous et pour tous. Pasquier l'avoue Itu-méme ; il y avait un murmure général dans le peuple contre la paix : < L'apostume est enfin crevée, et tout ainsi comme la rivière se desborde en un torrent et précipice , quand elle a ftiit voie ft la chaussée qui lui barroit le cours de son eau , ainsi le peuple françois, ayant donné quelque air aux dédains et ran* cunes muettes qu'il oouvoit dans son estomac par te heurt et rencontre de deux religions, s'est éclaté tout en un coup, avec une fureur indicible. » À Saint-Denis, les deux grands partis en vinrent encore aux mains. « Là fut donnée une bataille très cruelle, où sont morts d'une part et d'autre plusieurs grancte capitaines et guerriers Entre ceux des huguenots, l'on remarque les sieurs de Piquigny, de Saux, de Suze et Cany ; ils n'en pouvoient si peu perdre qu'ils n'en perdissent beaucoup. Des pôtres, le comte de Chaulne,et swrtout M grièv^nent navré
Zm LA HKFURME
aïojisieur le couDesiableen ce piteux équipage lupporté par les siens dedans Paris. » La mort d'Anne de Montmorency, criblé de coups d'arquebuse au champ de guerre, fut une triste perte pour les politiques ; quoique dans ces derniers temps le connétable se fût plus nettement prononcé pour les [catholiques , il n*aYait cessé d'avoir des rapports avec le chancelier de L'Hospital et cette fraction plus accommodante qui tendait à la paix; il fut regretté par les parlementaires, et Pasquier put écrire en son épitaphe des vers sur « ce grand Montmorency, que Timpiteuse guerre avait jalousement ravi de cette terre. » Les faiseurs de mémoires qui ont prêté tant de jolis mots à Catherine de Médicis, lui font dire à l'occasion de la mort de Montmorency : «En ce jour, j'ai deux grandes obligations au ciel, Tune que le connétable ait vengé le roi de ses ennemis, l'autre que les ennemis du roi Tait défait du connétable. » Tout cela est emprunté à ces pamphlets huguenots qui ont si ingénieusement résumé la vie de Catherine, disant « qu'elle avait le coeur de noire teinture, battu d'acier et forgé de diamant. »
Après la rencontre de Saint-Denis, Tarmée des calvinistes se retira au-delà de la Meuse pour attendre les secours des reitres qui avaient été promis par les princes d'Allemagne. Dans le camp des huguenots il y avait toujours cette frénésie religieuse, ce renoncement à la vie de licence et de plaisirs, caractère de la gentilhommerie provinciale, en opposition avec les mœurs si dissipées de la cour de Catherine. Lorsque • les reitres joignirent le camp, il fallut leur payer les sommes qui leur avaient été promises; et comme il n'existait rien dans la caisse commune, on vit les gentilshommes, les chefs et les soldats se dépouiller de leurs bijoux, de tout ce qu'ils avaient recueilli dans le pillage des églises, à la destruction des tabernacles; « néanmoins ils s'en acquittèrent beaucoup mieux qu'on ne cuidoit. Jusqu'aux gougeats, chacun bailla, et l'émulation fut si grande, qu'à la lin on réputa à déshonneur d'avoir peu contribué. » La réunion des reitres et des lansquenets avec les huguenots jeta la cour dans les plus viveç a^^r*
mes; on voyait encore les étendards et coniettes aUemandes sillonner la France et y porter la destruction. Le parti poH* tique s'empara de cette terreur; l'active Catherine de Médicis, à la tête du conseil, voulut éviter au royaume le déplorable passage et les paillardises des Allemands; elle se rendit ellemême dans le camp des huguenots; toute dévouée aux idées de paix, elle supplia le cardinal de GhàtiUon de venir conférer avec elle à Vineennes. Là elle presse une transaction ; des conférences s'engagent entre le sire de Mesmes et le cardinal, sous la médiation des envoyés d'Angleterre et de Florence. On concéda aux calvinistes tout ce qu'ils demandèrent, et la liberté de conscience particulièrement ; mais ce qui ne s'explique pas, c'est la crédulité de ces gentilshommes de province se dispersant sur une promesse, n'exigeant aucune garantie. Ils allèrent s'isoler dans leurs châteaux, sans places de sûreté, et donnant ainsi au parli catholique toute facilité pour s'or* ganiser en armes d'une manière plus vaste et plus décisive. On remarquera qu'à chaque heurtement armé des deux opinions, tombait la haute tête d'un chef, et qu'alors, comme effrayées , ces opinions couraient aux trêves pour reprendre les armes quelque temps après, ûëres et ardentes.
Quand on examine la position des partis en armes, la violence des opinions, on s'explique très bien ces trêves de si courte durée, ces moyens tantôt dissimulés, tantôt extrêmes par lesquels les uns et les autres marchent à leur complète destruction. Il faut le répéter, il n'y avait nul moyen de conciliation et de rapprochement. La société, toute fervente encore dans les idées religieuses, voyait deux grands partis en division, non pas sur des questions spéculatives et philosophiques, mais sur des intérêts et des croyances qui se rattachaient à tous les sentiments de la vie. Le catholicisme étant alors le fondement de la société, les hommes qui partageaient toute la chaleur de cette foi , pouvaient bien considérer comme des fauteurs de guerre civile et des rebelles ceux qui se séparaient de l'unité religieuse, alors enti,èrement conibndue avec l'or-
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ganisatjon politique. On a fait trop de part aux caractères dans le» tableaux de cette époque; comme dans toutes les révolutions, on a attribué à Faction indiyiduelle, à Tinfluence de cea divers caractères les événements qui résultaient d'une force de choses passionnées qui fait Thomme, et que Thomme ne fait pas. Quand une tète humaine est lancée dans les orages d'un parti, elle les subit; elle en exagère même la tendance par je Ae sais quelle attraction. J'efiacerai donc avec hardiesse quelques-uns des jugements portés sur Catherine de Médicis et Charles IX dans les terribles scènes qui se préparent. Si des hommes de modération et de cabinet pouvaient rêver dans la solitude de leurs conseils les grands principes de la liberté religieuse, le peuple des rues devait voir avec indignati(m de nouveaux autels s'élever en face des vieux autels de la patrie* De ces idées exaltées à la persécution, à la guerre ouverte, aux massacres, il n'y a qu'un pas ; et nous qui avons vécu au temps de grandes agitations publiques, nous qui avons vu les caractères les plus doux, les plus timides, lancés par la main des factions dans les plus violents excès, ne pouvons-nous pas expliquer, sinon justifier, les sanglants tableaux d'une autre époque, préparés seulement par un autre mobile? La petite paix, la paix fourrée, comme on l'appelait alors, ne fut qu'une transition pour arriver à une prise d'armes plus acharnée. Le parti politique, outre-passé par les événements , n'étant plus à la hauteur des faits qu'il ne pouvait dominer, s'était complètement retiré du mouvement des affaires; le chancelier de L'Hospital avait donné démission. On levait le masque ; on ne faisait plus de caresses aux chefs des calvinistes. « On na doit pas garder la foi aux hérétiques », disaient les nouveaux conseillers dans la confiance de la reine; c'était, selon les autres, une action juste et belle de les massacrer. Pendant cette petite paix on fit la guerre aux huguenots, un à un, d'une manière secrète et silencieuse; on suivait les conseils du duc d'Albe , à savoir : qu'il Ikllait en écraser dix mille par le poison et le poignard. « Nous avons fait la folie de la paix.
ET LA lÀQUE, 2Q9
4isaU lA Noue» ne trouvons t)as étrange que noi» ia buvious. 21 y a toute apparence que le breuvage sera amer. » Je ver cueille dans toutes les archives des plaintes multipliées sur le^ excès que commettaient les catholiques contre les calvinistes, « Il me semble, écrit Tamiral Goiigny, que nos personnes méritent d'être autrement traitées et respectées que nous ne IV vons été depuis longtemps. » Le ministre M. d'Espina écrivait à la duchesse de Ferrare : <k Nous voyons beaucoup de me^ nées de divers endroits, mais nous espéroos que Dieu les diapersera et détournera les conseils de ceux qui nous voudroicnt «nf>ècher de jservir à sa gloire et à notre vocation K »
La oorr espondance du pape Pie Y au milieu (te ces toui^ meiâes sociales est une curieuse expression des sentiments de cette époque. Quand Charles iX se fut décidé à la guerw^ Pie V écrivit k tous le princes catholiques pour les inviter à s<»jito[iirce fils zëé de Féglise qui entreprenait rentière estermoation des mis^ables huguenots. Ses lettres à Philippe Uet à Louis de Gronzague, duc de Nevers, au doge de Venise, à Philibert, duc de Savoie, ont toutes pour but d'obtenir des se* codrs d'hommes et d'migent; lui-même accordait dix nûlèe onces d'or pour soutenir la sainte bataille. Dans ses épitres i Charles IX, à Catherine de Médicis, il ne parle que de la pro-* fondeur du crime d'hénôsie et de la vengeance qu'on doit m tirer, soit pour satisfaire la juste colère du ciel , soit pouv ra{^ler à l'obéissance des sujets rebelles, deux idées qui se tenaient alors intimement l'une et l'autre. « Ne laisses i^us aux ennemis communs, disait le pape, la possibiUté de se soulever contre les catholiques; nous vous y exhor» tons avec toute la force, toute l'ardeur dont nous sommes capable. Vous y parviendrez si aucun respect humain en fa^ veur des personnes et des choses ne peut vous induire à épar-^r gner les ennemis de Dieu, qui n'ont jamais épargné Dieu, qui ne vous ont jamais épargné vous-même. Que votre majesté continue, comme elle a fait constamment, dans la rectitude de
* Lettre du 24 juin 1^08. Mjjs. ûéllimifi, ^WS. ^
son âme et dans la simplicité de son cœur, à ne chercher qoe rhonneuf du Dieu tout-puissant et à combattre ouvertement et ardemment les ennemis de la religion catholique, jusqu*à leur mort.» Lorsque le père commun, le type , la personnification du catholicisme exposait et développait de telles idées, doit-on s'étonner du zèle, de l'ardeur héroïque qui animaient les populations dans la guerre contre les huguenots? Ces populations mécontentes s'organisaient elles-mêmes; et comme les trêves récentes préparées par la reine excitaient de grandes méfiances contre le conseil, les catholiques prenaient leurs précautions. Le premier modèle de la ligue offse encore une vive curiosité, parce qu'il indique les causes et les motifs de l'association provinciale des intérêts et des croyances, m Nous soussignés, désirant pour notre devoir et vocation chrétienne maintenir la vraie église de Dieu, catholique et romaine, en laquelle nous avons été baptisés selon les traditions advenues depuis les apôtres jusqu'à présent; désirant aussi, sdon la fidélité que nous avons à la couronne de France, maintenir icelle couronne à la maison de Valois, pour les obligations que nous et nos prédécesseurs avons et tenons de ladite maison ; nous soussignés, déclarons nous associer à la société et ligue royale de la noblesse et états pour en jouir selon sa forme et teneur, par laquelle ledit sieur lieutenant nous enverra secours de la noblesse de ce gouvernement et autres associés, promettant eux employer leurs personnes, vie et biens pour la manutention de ladite église et canons , tant et si longuement qu'il plaira à Dieu que nous soyons par eux régis en notre religion catholique et romaine; jurons et promettons par le très saint et incompréhensible nom de Dieu, Père, Fils et Saint- Esprit, auquel nom nous avons été baptisés, que pour aider à l'entretien et manutention de la présente ligue, société et fiaternité, nous cotiser chacun selon nos puissances, pour aider à la dite compagnie et société de nos biens, armes, personnes et fiefs, Le tout sous le bon plaisir dudit sieur roi, notre souverain seigneur et MM. ses lieutenants. En foi de quoi nous avons signé
fiT U LIGUE. SOI
Celle de nos seings manuels, le 25« jour de juin, Tan ims. (Suivent les signatures'.) » Crtte ligue, toute de précautions, ne s'organisait pas indépendamment de la royauté; le parti catholique n'en était point à celte nécessité, parce que la couronne marchait encore dans ses intérêts. La reine venait de prescrire des formules d'obéissance religieuse et politique aux huguenots. Ils devaient jurer et attester « qu'ils étaient prêts à obéir en tout à Charles IX, leur prince souverain; qu'ils ne prendraient les armes sans ses ordres, et qu'ils ne favoriseraient en aucune manière ceux qui avaient armé contre lui. » Un édit sur les fonctions de magistrature enjoignait à tous ceux de la religion réformée qui étaient en possession de ces charges de s'en démettre ainsi que de tout emploi public. En vérifiant ces lettres royales, le parlement de Paris, encore plus avancé dans le mouvement catholique, ajouta «que tous ceux qui à l'avenir seroient reçus ez offices royaux, jureroient de vivre dans la religion catholique , apostolique et romaine. » Comme complément et quand on se crut prêt, le roi défendit tout exercice de rehgion autre que le catholicisme.
Catherine écrivait au maréchal de Montmorency : « Mon cousin, je vous prie ne faillir à nous écrire bien au long en quel état sont les affaires, ce que font ceux de la religion prétendue réformée ; s'ils s'assemblent, quels desseins ils ont, s'ils s'arment, ce qu'ils négocient, et l'ordre que vous y avez donné pour y obvier, ainsi que les moyens que vous avez pour empêcher leurs desseins, afin que selon, Mons. mon fils pourvoira à ce qui sera besoin pour conserver son autorité. » Catherine avait fait garder toutes les routes, tous les ponts par où les huguenots pouvaient se rassembler. Après des périls et des aventures merveilleuses, les deux chefs de la gentilhommerie provinciale, Condé et l'amiral Coligny, pénétrèrent jusqu'à La Rochelle, ville forte, place de sûreté et de refuge dans les crises du calvinisme. C'est de là que Condé écrivit au maréchal de Vieilleville : « J'ai tant fui que j'ai pu, et que terre
^ Ma», de Mesme, n<> 867 7;3.
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m'a duréf mais étant à La Rochelle, j*ai trouvé la mer; ^t d'autant que je ne sais nager, j*ai été contraint de tourner i^ tète et de regagner la terre, non avec les pieds, mais avec las mains, et me défendre de mes ennemis. )» Le cardinal de Ghàtillon s'était sauvé, déguisé en matelot, de son évêché de Beauvais à la cour d'Angleterre, où il négociait des secours avec la reine Elisabeth. Ainsi le projet de Catherine et du conseil ne réussit qu'à demi. On se trouva dans la même position de guerre civile ; on n'eut pas un ennemi désarmé, mais un adversaire puissant et tout disposé pour les hatailles.
Ces batailles arrivèrent avec tout le cortège des désolations ; spectacles horribles et monotones de cruautés qui n'apprennent rien que les sanglantes folies de$ opinions. C'était toujours la rage du parti calviniste contre les prêtres et Les signes visibles du catholicisme ; la fureur des catholiques contre les prêches de la gentilhommerie provinciale* Dirai-je les bons carrés de lances et d'arquebuses de Jacques de Crussol, baron d'Acier, qui menait sous lui plus de vingt mille huguenots? Il avait pour enseigne une cornette de taffetas vert, sur la;* quelle on voyait une hydre, dont toutes les têtes étaient diversement coiffées en cardinaux, en évêques et en moines» qu'i^ exterminait sous la figure d'un Hercule. Il y avait non moins de cruautés, mais des mœurs moins sévères et plus libertines sous rétendard de la gente noblesse de cour. Chez les huguenots c'était un fanatisme sombre et puritain; et au milieu deç tentes catholiques on mêlait le culte des femmes , toutes les licences des camps à toutes les adorations des autels. Faut-il vous dire aussi l'histoire de M. de Montpensier? «Quand on lui amenoit un prisonnier, si c'étoit un homme, il lui disoit de plein abord simplement : « Vous êtes huguenot, mon ami, je vous recommande à M. Babelot. » C'étoit un cordelier, savant homme, auquel on menoit aussitôt le prisonnier, et lui, un peu interrogé, étoit aussitôt condamné à mort et exécuté. Si c'étoit une belle femme et fille, il ne leur disoit non plus autre chose, sinon : «Je vou$ recommande à M. mon guidon ; qu'on
la loi mène. » Ce guidon étoit M. de Montoiran, de l'ancienne maison de Tarchevêque Turpin, très bon gentilhomme, grand et de haute taille. » Je ne puis suivre le récit du vieux courtisan qui se plaît tant à conter a les belles histoires de galanterie. » * Dans ces crises de guerre civile, la correspondance active avec l'Espagne se continuait. Le cardinal de Lorraine, placé à la tête du mouvement catholique» écrivait sans cesse au roi Philippe II. Une dépêche du cardinal annonçait l'armement ' de tous les princes d'Allemagne : « sans la révolte du peuple des Pays-Bas, la Pmnce seroit venue à bout de ses hérétiques ; ïhBJ9 les rebelles , ayant prêté main-forte , on ne l'avoit pu. » Dans le mois, de septembre de cette année, Gatherme envoya le sieur de Signerolles auprès du roi d'Espagne pour lui fitire entendre (à lui-dnème) « Tétat des négociations présentes de France, et lui dire entre autres choses que leurs majestés très dirétiennes avoient arrêté qu'il n'y auroit dans le royaume d'autre religion en exercice que la catholique ; on ne permettroit à aucun officier d'exercer sa charge sans une ample confeston de foi. Sigiierolles devoit ajouter qu'au cas où le pnnce d*Orange dirigeroit ses troupes vers la France, leurs majestés trouveroient nécessaire d'appeler le duc d'Albe. » Le 13 novembre, nouvelle dépêche du cardinal de Lorraine ; ii exposait au roi d'Espagne la situation exacte de la France et de ses armées. « M. d'Anjou en avoit une fort belle, M. d'Au-* maie aussi ; mais oelle des huguenots étoit bien considérable *. Quoique sous les ordres des princes de Navarre et de Gondé, on pou voit considérer Tamiral comme son chef; de plus, elle attendoit des secours du prince d'Orange et du duc des Deux- Ponts , qui se disposoient à entrer dans le royaume. » Au camp près de Limoges, le cardinal donnait à Philippe n le détail de la situation des armées. «Deux choses, continuaitil, étoient grandement nécessaires au bien de Dieu et du roi. G'étoient d'abord bon nombre d'arquebusiers espagnols qui pénétreroient par Fontarabie , et après leur service feit, lis
t Archives de Simancas, cote B, 2d.
im LA RÉFORME
pourroient aller servir en Flandre ; la seconde seroit de prier le duc d'Albe de s'opposer à rentrée du prince Casimir ea France, qui marcboit à la tête des troupes du comte Palatin son frère.
Le parti catholique ne se fortifiait pas seulement par ses relations à Textérieur ; la grande municipalité de Paris prenait une part active à la crise religieuse. Dès le mois d'avril, une ordonnance porta « qu'il seroit fait élection en chacun quartier de certains personnages de qualité de la religion catholique, lesqu^s auroient la superintendance des capitaines sous ràutorité des prévôt des marchands et échevins ; et seroient seize personnes chefs.» Le ^ avril î568, lettres missives du roi par lesquelles il veut « que l'on mande en l'hôtel-de-ville vingt personnes de chaque quartier des plus notables. » Un arrêt du parlement du 28 septembre 1568 attribue la juridiction militaire aux capitaines de ville, qui devront en prévenir les prévôt des marchands et échevins, lesquels, selon l'exigence des cas, pourront condamner à Tamende n'excédant pas huit liv. parlsis. Ces concessions au conseil municipal disent assez la force de la bonne ville de Paris, dont on agrandissait la juridiction ^ Toutefois, au milieu de cette ardeur catholique, il existait encore des partisans secrets des huguenots et du prince de Gondé; on correspondait avec l'amiral de Chàtillon pour lui donner des renseignements sur la cour, les opinions, leurs forces respectives. Une charte de nouvelles à la main, adressée par un médecin à Tamiral et datée de Paris, mande « que les calvinistes sont persécutés, privés de charges et de biens; que le maréchal de Montmorency, gouverneur de Paris, a été contraint de se retirer à Chantilly par l'arrivée du cardinal de Lorraine, qui gouverne avec le duc d'Anjou et l'archevêque de Sens. Le roi part de Joinville pour Toul : les ducs de Yaudemont et de Lorraine exhortent le roi à la paix ; mais la reine, le cardinal et leurs sectateurs n'en veulent ouïr parler. Le roi a reçu quatre mille Suisses et trois mille cinq
> Registre de la ville, IX, fol. 84-86.
ET LA lUilE. 30â
cents reistres d^ÂUemagne. Le cardinal de Lorraine est ma-lade. »
Le chef qui prenait alors en main les batailles catholiques, était un jeune homme de dix-huit ans, brillant en guerre, plein de courage, dont Taigrette flottante éclatait au loin dans les plus épais carrés de lances. Le duc d'Anjou, élevé enfant dans les guerres civiles, était le lils chéri de Catherine de Médicis, Fami de son cœur, celui pour qui elle appelait une couronne. A la mort du vieux connétable, elle le plaça avec le titre de lieutenant-général à la tête de ses armées, qu'elle dirigeait elle-même par Strozzi, capitaine expérimenté des bandes italiennes. A Jarnac, il y eui de rudes arquebusades; le sang des gentilshommes fut répandu à grands flots. Là mourut de la main du vicomte Montesquiou le prince de Condé, chef de la noblesse provinciale; et tandis que les huguenots célébraient ses vertus et disoient « que si le prince de Condé avoit été tué, M. Tamiral restoit à cheval avec La Rochefoucauld pour achever tous les papaux ; » les catholiques le comparaient « au serpent venimeux, à Satan furieux, qui se disoit de France le roy, et vouloit changer Dieu et la religion pour mieux piller les éghses et les calices: on ne devoit même pas prier le Seigneur de pardonner ses fautes, car en enfer il n'y avoit nulle rédemption. » Le prince de Coudé était considéré par les catholiques comme l'implacable ennemi de la messe, et la messe était alors un symbole, un signe de parti, comme plus tard on adopta une idée politique, une couleur, un drapeau. La fraction genevoise sous l'amiral Coligny aurait pris la direction du mouvement, si Jeanne d'Albret, reine de Navarre, n'avait oflert à la noblesse des camps le prince de Béarn son fils. J'ai besoin de bien expliquer ici comment cette maison de Bourbon se trouvait toujours là pour fournir un chef à la gentilhommerie huguenote. A toutes les époques, les cadets de race apanagée s'étaient placés en tête d'un mouvement d'opposition à la branche de leur famille qui portait la couronne; l'esprit turbulent et féodal de la gentilhommerie
de province, i*austérilô de ses manières, la vie de charrue et de montagne, si différente des dis^pations de la cour, donnaient des auxiliaires à cette ardeur batailleuse des puînés ; on se liguait pour différents motifs, tantôt de bien public, tantôt de religion, mais toujours par impatience d'un joug qui pesait. L'existence du gentilhomme provincial était dure, laborieuse : il vivait au milieu des vassaux, à la chasse y grimpant, couvert de fer, sur les hauts rochers des Cévennes, des Pyrénées ou des Alpes, pour de là se lancer sur la molle noblesse de cour. La race royale de Béarn avait habitué ses fils à ces fatigues des braves châtelains. Henri, héritier du royaume de Navarre, était né à Pau en 4553, au sein d*une famille tout entière dévouée à la réforme, quoique la timidité d'Antoine de Bourbon ne lui permît pas toujours d'en faire une profession publique. L'enfance laborieuse du Béarnais est trop connue pour que je répète les vieilles traditions de la gousse d'ail, du vin de Jurançon, et de la chanson que madame d'Albret chanta au milieu des douleurs, afin de ne pas en faire un pleureur ou un enfant rechigné. Son éducation avait été sévère, comme les calvinistes en donnaient alors à leur fils, en sorte «qu'il étoit duit au labeur et mangeoit souvent du pain commun, et a été vu, à la mode du pays, parmi les autres enfants du village, quelquefois pieds déchaux et nutête, tant en hiver qu'en été. » Henri avait quinze ans lorsqu'il vint à l'armée huguenote; il y avait été conduit par sa mèçe, femme de courage et de fanatisme. Elle présenta Henri comme un gage à la gentilhommerie, et le jeune prince, d'un air de résolution et de fierté, prononça ces paroles, engagement de foi et d'opinion : « Je jure de défendre la religion et « (le persévérer dans la cause commune, jusqu'à ce que la mort « ou la victoire nous ait rendu à tous la liberté que nous dé- « sirons. » Le parti de Genève n'était pas assez fort pour agir seul, et l'amiral Coligny, vieilli sous les armes, se plaça dq lui-même sous les ordres du noble et valeureux enfant *, ^ Mémoires de La Nous, année 1569, Chap. XXlil,
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fSi les bourgeois fortement catholiques, si les huguenots puritains, dans leur sombre et sévère réformation, étaient alors irrécondljables ennemis, i\ n*6n était pas de même des deux partis de la gentilhommerie. Placés dans des camps oppos(ds, ils se mêlaient fortement et fièrement aux batailles ; mais de vires sympathies, (tes traits de cheyalerie, de famille, ou de blasod, les unissaient entre eux. Us en venaient aux mains à regret; ils s'enlre-choquaienl comme ils Teussent fait dans un grand tournoi ou dans un duel ; il y avait bien également entre eux de petites jalousies de cour ou de faveur ; toutefois il semblait que la chàtellenie avait le besoin d'en finir avec tout ce sang versé ; on s'échangeait d*un camp à un autre des avîis, des conseils. La veille de la triste défetite de Moncontour, les gentilshommes calvinistes furent prévenus par la noblesse catholique du danger qu'ils allaient avoir à courir dans cette bataille : « Messieurs, leur dirent-ils, nous portons marques d'ennemis, maïs nous ne vous haïssons nullement, ni votre parti. Avertissez M. Famiral qu'il se donne bien garde de combattre ; car notre armée est merveilleusement puissante , pour les 'Tenlbrts qui y sont survenus. » L'armée catholique, comme l'armée huguenote, se divisait en deux partis : le due d*Anjou, sous la direction de Strozzi, nouveau colonel de Tin-*' fitnterie, conduisait précisément la haute gentilhommerie de cour; les enfaiits de Guise, sous la tutelle du cardinal de Lorraine, avaient été adoptés par les fervents catholiques saluant ]a noble lignée. Cette séparation jetait de la jalousie; la pensée du cardinal était de pousser à bout les hérétiques, de ne leur laisser ni places de sûreté, ni un pouce de terrain. On voyait sous la tente M. de Lorraine cherchant à diriger l'armée'; si bien que M. de Tavannes lui dit un jour de mauvaise humeur : « A chacun son métier, ce n'est pas trop ; il est impossible d'être bon prêtre et bon gendarme. » La bataille de Moncontour fut décisive. Le duc d'Anjou remporta une victoire complète sur les huguenots dispersés dans la plaine. Jamais il n'y eut joie semblable à Rcmie ni en Espagne. Phi-
lippe U envoya donc Henrriquez, genlilhomme de sa bouche, pour féliciter le roi de France sur ce triomphe signalé. Dans les instructions qu'il lui donna, Philippe II lui prescrit de multiplier les congratulations au roi , à la reine-mère, d'admirer le duc d'Anjou, de le complimenter sur sa valeur, de dire aa roi de France tout le plaisir que Sa Majesté Catholique éprouvait, et de lui conseiller de poursuivre les rebelles à outrance ^
En réponse, le duc d'Anjou écrivit au roi d'Espagne pour le remercier « de toutes les condoléances et démonstrations qu'il lui avoit fait faire par ledit Henrriquez. » On trouve encore trois dépêches écrites de la main de Philippe U, savoir : aux cardinaux de Lorraine, de Guise et de Bourbon : «Il ne pouvoit pas exprimer la joie et le contentement qu'il avoit reçu k la nouvelle de la victoire. Il engageoit le cardinal de Lorraine à pousser le roi à ne faire aucun traité et générosité avec les rebelles; il falloit que le monde vit les bons effets de la victoire. » Philippe II offrait ensuite des secours effectifs. M. de Fourquevaux, ambassadeur de France à Madrid, lui écrivait : « Sire, j'attendois bien la bonne réponse que M. le cardinal de Siguenza me fît hier de votre part, car d'un si très catholique et très magnanime roi comme vous êtes, il faut toujours en espérer tout confort et secours, comme est présumable que les quatre mille soldats espagnols entreront en France par Bayonne , dans le plus bref délai qu'il sera au monde possible, lequel terme veuillez me dire, car il est fort raisonnable que je le fasse connoitre à la royne ma maîtresse. » Et quelques jours après, Philippe U écrivait à Catherine pour lui confirmer ce que son ambassadeur devait lui avoir dit sur les secours qu'il allait envoyer. Il ajoutait « qu'elle pouvoit être assurée, ainsi que le roi son bon frère, qu'il feroit toujours pour eux tout ce qu'il pourroit, car il considéroit leurs affaires comme les siennes propres. »
Dans ces rudes chocs de batailles disparaissaient peu à peu les sommités ardentes des partis, et tandis que le lugubre
* Arcliives de Simancas, B, 27.
tambour et les sons aigus des trompettes et des buccins an*noDçaient sous les tentes calvinistes la mort du sévère et pieux d^Ândelot , Brissac, le jeune et laroucbe Brissac, expirait dans le camp catholique. Brantôme» si indulgent pour tous ses héros, raconte de ce grand M. de Brîssac <t qu'il étoit trop cruel au combat et prompt à tuer, et aimoit cela jusque-là qu'avec sa dague il se plaisoit à s'acharner sur une personne, à lui en donner des coups , jusque - là que le sang lui en rejaillissoit sur le visage. » Ainsi que je Tai dit, le commande» ment de Tinfanterie française fut donné à Strozzi, qui n'avait ni le même enthousiasme religieux , ni la même cruauté : « Il ctoit très homme de bien, ajoute Brantôme , ]a plus grande part le tenoit de légère fol. 11 n'étoit pas certainement bigot, hypocrite , mangeur d'images, ni grand auditeur de messes et sermons; mais il croyoit très bien d'ailleurs ce qu'il falloit croire touchant sa créance. » Les caractères trop prononcés s'effaçant ainsi de la scène, le parti de la noblesse prenait la direction du mouvement ; il y avait dès lors plus de probabilités pour la fin de la guerre. Des armées succédaient aux armées. On vit sortir cette année des Gévennes, du Béarn, une multitude de braves gentilshommes, des montagnards sauvages, fils de castels en ruine et de pauvres fiefs, qui venaient défendre leur foi , tandis qu'une armée de reitres et de lansquenets traversait paisiblement la France sous les ordres du duc des Deux-Ponts, pour seconder cette énergie de résistance. Ici les huguenots étaient vainqueurs ; là ils subissaient de douloureuses défaites; on prenait des villes, on levait des sièges. La gentilhommerie se fatiguait de cette guerre sans profit ; on rêvait à ses châteaux, à ses veillées d'armes; la lice était trop prolongée. Les plus ardents eux-mêmes avaient besoin d'un temps de repos. « J'ai entendu dire plusieurs fois à l'amiral, s'écrie La Noue, qu'il désiroit plutôt mourir, que de retomber en ces confusions , et voir devant ses yeux commettre tant de maux. » Les catholiques disaient que « c'étoit chose et indigne et injuste de fair^ paix a^ec des rebelles hérétiques.
èl» LÀ RÉFORME
qui méritoient d'être grièvement punis. Ils pereistoient en leurs dires, jasqu*à ee qu*<m les eût guéris de cette sorte: si c'é^ loi<Hit gens d'épée, on leur enjoignent â\iller les premiers à FftSsatit ou à une rencontre pour occire ces méchants huguenots ; de quoi ils n*avoient pas tâté une couple de fois , qu'ils lie changeassent vltement d'opinions. Quant aux autres , qui étoient d'église ou de robe longue , en leur remontrant qu'il étoit nécessaire qu'ils baillassent la moitié de leurs rentes pour payer les gens de guerre, ils concluoient à la paix.Y>
A la cour, la reine Catherine, un moment maîtresse du parti catholique depuis la mort du duc de Guise, le voyait se reformer autour des nobles enfants de la maison de Lorraine. La guerre fortifiait cet ascendant; leurs partisans s^habituaient à les saluer armés aux batailles, et disposant de la fortune de la France,' l'autorité que la reine-mère aimait tant à exercer, elle ne devait la retrouver que dans un système de balancement et de temporisation que la paix seule lui donnerait. Les secours qu'on demandait au roi d'Espagne n'arrivaient pas ; on s'épuisait au siège de Saint-Jean-d'Angély. Il y a des temps où la lassitude des partis appelle de toute nécessité une trêve ; on jatte de part et d*autre les armes pour un indispensable repos. Bien ne peut arrêter ce mouvement, pas plus que celui des batailles lorsqu'elles passent par la tête d'un peuple. Quelques érudits ont avancé que la pacification de Saint-Germain , si favorable aux huguenots , ne fut qu'un piège tendu afin de préparer en silence la Saint-Barthélemi. Comme preuve du contraire, il existe dans les archives du Vatican les lettres très éures, très sévères du Pape Pie V, qui se soulage en reproches sur la paix méditée entre Catherine et les huguenots : « Frappé du bruit généralement répandu parmi les hommes , et des nouvelles qui nous annoncent que la paix entre votre très cher fils et les hérétiques , ennemis de IHeu et rebelles à la France, est sur le point d'être conclue, nous devons vous dire que nous nous sommes assurés qu'il n'y a rien de com- Bian entre Satan et les (Us de k lumière t nous tenons égale-