‹ La reforme et la ligueChapitre 19 sur 26 · ET LA LIOVE. AU · texte numérisé non relu

ET LA LIOVE. AU

ment poui* indubitable qu*ii ne peut y avoir aucun arrangement, si ce n*est plein de faussetés et ùe tromperies entre tes catholiques et les hérétiques, enflammez Tesprit du roi très chrétien votre fils pour qu'il anéantisse ce qui reste encore des débris de la guerre civile* .» Non seulement le pape Pie Y en écrit à Catherine de Médicis, mais encore au roi, au duc d'Aiigou , à tous ceux qui exerçaient de Finfluence et pou* vaient prendra part à ce qu'il appelle une trahison infâme. D'up autre côté, les mêmes plaintes sont reproduites par raiflLbassadeur d'Espagne auprès de la cour. Le projet 4e se délivrei* des huguenots par un massacre pouvait bien confusément se pré^nter à la pensée; mais s'il avait été arrêté, si la paix n'avait été conclue que dans cet olyet, il est impossible que le pape et le roi d'Espagne, ces deux puissances de Tunité cathor lique, n'en fussent pas prévenus, pu qu'ils n'eussent pas Tinstinct du but secret de la paix. Cette paix fut le résultat de la lassitude ; on courait au repos avec bonheur après avoir mené si longtemps la vie des camps.

Les négociations s'ouvrirent directement par Castelneau, député de Catherine <le Médicis auprès de Jeanne d'Âlbret., reine de Navarre ; MM. de Biron et de Mesmes dirigèrent les conférences où les huguenots se firent représenter par TamiraL Elles se prolongèrent longtemps, quoique les deux partis fus^ sent également pleins d'impatience d'en Unir. Il n'est sorte de soumission que ne fit Coligny pour se remettre bien dans l'esprit du roi Charles IX et de la reine-mère. Il écrivait à Cathcr rine de Médicis : « Madame, je sais que vous avez eu quelque^ mauvaises opinions de moi, et que, à la solUcitaiion de me$ ennemis, qui ont occupé ordinairement vos oreilles, vous m'avez porté quelques mauvaises volontés. Je n'en suis pa$ fort esbahi ; mais aussi J'ose dire que, quand votre majesté es^ pluchera toutes mes actions depuis le temps qu'il y a qu'elle me connoit jusqu'à présent, elle confessera que je suis tou( autre que l'on m'a voulu dépeindre; et pour conclusion, ma«

1 Lellre de Pie V. 25 sept. 1570,

damo, je vous supplie ciboire que vous n'aurez point do plOâ affectionné serviteur que j'ai été et veux être ^ »

Le conseil de Charles IX faisait diflicilement les concessions des places de sûreté. « Le roi ne vouloit donner que trois villes, à savoir: La Rochelle, Montauban et Sancerre», écrivait le cardinal de Lormiue à la duchesse de Nemours ; mais Catherine, impatiente de voir la paix, comme tout le tiers-parti, racontait à son ûls les malheurs de la guerre, Tinvitant à redoubler de zèle pour assurer le repos au royaume ; « et vous supplie,disait-elle, gardez-vous d'être malade et que Ton voye que vous avez vos atTaires à cœur. » « Enfin la paix a été conclue, s'écrie Pasquier, et publiée à notre cour de parleinent. C'est finir par où nous devions commencer, si nous eussions été bien sages. Mais en telles affaires, il nous en prend comme des procès, auxquels il ne faut jamais parler d'accord, que nous n'ayons premièrement espuisé le fond de nos bourses.» Elle fut arrêtée, cette paix, le 8 août, à des conditions ines^ pérées pour les huguenots. Deux traités furent signés; Tun public, l'autre secret; la convention publiée assurait aux calvinistes « pleine et entière liberté de conscience et de prêche selon les vieux édits, dans deux localités spéciales pour chaque gouvernement de province. Aucun synode ou réunion huguenote ne pouvait se rassembler dans un rayon de dix lieues de Paris; catholiques et protestants étaient également admis à toutes les charges lucratives et bénéfices du royaume; on donnait dans les procès entre les partisans des deux religions la faculté de récuser jusqu'à six conseillers. Enfin, comme complément à ce système de garantie, on confiait aux protestants des places de sûreté, lesquelles pouvaient servir de ralliement en cas de guerre : La Rochelle, qui leur permettait les secours d'Angleterre; Cognac et Montauban, qui les unissaient aux huguenots du Rouergue, du Béam, de la Gascogne; La Charité enfin, point central pour rallier toutes les communications. Le traité secret était tout relatif à des stipulations

* Mss. de Béthune, cole 8703.

de subsides, à des grâces privées, aux dons de fiefs pour les chefs huguenots. Charles IX s*engageait à compter cent mille écus aux reitres, afin de payer leur solde et d'activer leur départ. » Cette paix, si belle pour les calvinistes, souleva les clameurs de FEurope catholique. Dans une lettre adressée au cardinal de Lorraine, le pape Pie Y en exhale toutes ses douleurs : « Notre très cher fils, dès que nous fûmes assurés que la paix venoit d*être conclue entre notre très cher fils en Jésus- Christ, le roi très chrétien des Français, et les hérétiques (si toutefois on peut appeler paix le traité par lequel des lois si infimes et si perverses à la religion catholique ont été imposées à sa majesté très chrétienne par des hommes dépravés), notre âme fut saisie d'une vive douleur. Nous considérons cette paix comme ayant porté à la France un coup plus funeste que tous ceux qu'elle avoit soufferts pendant les années^écoulées, depuis qu'elle était agitée par les discordes intestines avec les hérétiques.»

Au contraire, les princes d'Allemagne en félicitaient la reine^ mère et Charles IX. « L'édit de votre majesté, disaient-ils, est pour la France ce que la transaction de Passaw a été pour la Germanie. » Ainsi la gentilhommerie provmciale rentrait dans ses vieux manoirs, après avoir conquis le principe de la liberté religieuse, pour lequel elle avait pris les armes. Les plaines de Paris, de la Champagne, de la Bourgogne avaient vu tour à tour les gonfanons des pauvres châtelains du Dauphiné, du Rouergue, du Béarn, du Vivarais, s'agiter au milieu des noires crinières, des arquebuses brunies, des figures basanées de ces hommes de montagnes. Huguenots inflexibles, ils avaient gagné le prêche et la cène en français, comme au temps de la chevalerie ils brisaient les portes des cathédrales, pour arracher un fief d'église aux chanoines, et se faire donner, sous le titre de vidame, de riches prébendes avec les revenus et fondations pieuses. C'était encore la rude et grande race de la conquête, imposant avec sa pesante lance des concessions aux clercs d'église et à la royautés

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