A M. PASQUIER
A Besançon, on trouve 35 volumes de la correspondauce du cardinal de Granvelle, toutes relatives aux règnes de Charles-Quint et de Philippe II; 7 volumes de lettres de Jacques Hopperus, secrétaire du dernier de ces princes; 6 volumes de lettres de Ghampagney, chef de ses finances, et 9 volumes encore de la curieuse ambassade de Chantonney ; et je rappellerai que c'est également à Besançon qu'il faut fouiller pour recueillir tous les documents sur Marie- la-Catholique et Elisabeth d'Angleterre, en ce qui touche les rapports avec la France. Les 5 volumes des négociations de Renard sont un des précieux souvenirs pour la réforme. Lyon est la bibliothèque la plus riche, parce que cette grande et religieuse cité entra profondément dans l'association catholique. Je ne citerai que le manuscrit de tristibus GalliaSy avec ses curieuses miniatures de guerres civiles dans le Lyonnais et le Dauphinois, et ses huguenots à tête de singe renversant les antiques figures qui ornent l'église de Saint-Jean. Comment s'imaginerait-on aussi que c'est à Aix qu'on trouve la chronique originale de Roset sur les premiers temps de la réforme à Genève ?
J'ai besoin maintenant de vous dire. Monsieur, quel sera l'esprit et surtout quel est le but de ce livre. J'ai pensé qu'il fallait pénétrer dans ces temps sans préjugés, me dégager de tout jugement fait d'avance ; attaquer avec hardiesse les caractères défigurés par de faux éloges ou le clinquant d'une vaine philosophie ; élever sans crainte ceux que les haines religieuses de l'école du dernier siècle avaient abaissés; faire la part des opinions ardentes, du mouvement des masses impérieuses, des nécessités politiques; trouver moins des crimes privés que des entraînements de parti. Et , quant au but de cet ouvrage , plus que personne , Monsieur, il vous appartient de le comprendre et de le juger. Au temps de passions politiques où nous vivons, il n'est pas inutile peut-être de montrer comment les partis d'une autre époque s'agitèrent dans le sang avant d'arriver à une transaction que la parole des hommes sages appelait. Le seizième siècle eut la grande douleur de ses guerres religieuses; la fin du dix-huitième et le dix-neuvième ont vu gronder des orages, et ceuxlà eurent aussi des massacres* et leur Saint-Barthélémy. Que la génération nouvelle, pure de tous ces excès, comprenne enfin que la tolérance politique doit être une des grandes conquêtes de notre
10 LETTBE A M. PASQUIEU.
siècle. A chacun appartient sa conviction comme à chacun appartient sa conscience ; ne heartdns plus tios têtes sanglantes potir des opinions, comme dans le siècle que je Tais décrire on allumait des bûchers pour des croyances. Vous, nonsieur, le descendant de I^dsquier, expressioti du tiers-parti dans la ligue, vous qui êtes t)lacê à la tête d'un pouvoir modérateur, contribue^ par tos efîbrts à effacer ces derniers Vestiges de barbarie ; vous avez vu les folles des pouvoirs et des partis ; cherchée à évitet Ibs unes et à comprimer les autres. On ne désespérera plus de la société quand oh connaîtra par quelle épreuve elle a passé pour conquérir le principe de la liberté religieuse ; l'ordre et la liberté politique nous arriveront avec la paix des opinions et le triomphe de la raison publique ; car Dieu n'a pas voulu Soutiiettre les peuples à d^À toutmentes sans fin et à des expériences sans frùii.
L'aris, 1836,
A Mn LE CitlMTE MOLE
SUR LA LiaUE.
Hon^iemr, je gq^pffi^npe Vépq»^ $l9 réactlpp. U Kéfcurme éclaté sur l'Eqrppe ^(mw W^ ^^ t^ft)^Unt 49 pliil(»90{»l)i^ ; ^He ébranle 1^ vieille société, (e YjeHiç ^f^t pul)lUs, le^ mstUuUoQs locales, la couronne camifie )^s p^uniciBalité^ ; )a catti^<lrale gotbigpe avec «es sain^ évegu^ s, $^« yi^i^es d'of et ses vitraux de bleu céleste, comme les haU^, )e paflolr (1^ tu^urgepls pee leufs priYilÔgc^ et les droits (le cité ; elle ^tt^gue la cotifféùi^ reUgltiii^^ poipme les agrégations de métiers i elle f|r(i|i^ 4jiq| (^ pausi)^ la lian|»èrii béiiUf» des iponastères, pan^ine )e g^i4qn <^ tré4iet}rs d'qr, d^§ cli^pier^ ^U des marchands 4'esf(ipe» t )'e^iime|i, le t^rri)>le ^i^am^P se FOi^i meqagantde broyer Xm\^ c^tl^ |P<Hé|é 4? pçQyanpes,
La réfarmatloii est IfL lutte d'un principe phil(t^pblqi|e, bautain, insubordonné, cofttre iiQ système 4e libertés iocalefii appliquées aux habitudes, au^ bespi^s des popi^lations. Squveqt cette crise se produit dans les SQçiétés i elleii vivept paisibles spus une constitution que les siècles ont faite, qu^i)4 apparaît i^n principe qui séduit les esprits av^cés; mais qui étonne et eifraie les masses. Au seizième si^ cle, quand on parlait ai^x halles de Paris 4e briser le catholicisme sous la réfofmatlon de Calvin, on prQduisait le même e£fet que lorsque aujourd'hui on parle de la république ^ certains esprits ; et pourquoi ? c'est que tQut était alor$ organisé 4'apTès le principe catholir que : immunités, franchises, l^abitudcs, et que ces choses ne se dérangent pas sans crise. Les idées 4'uue l^tierté philosophique sont d'ailleurs moins saisissantes que l'usage d'une iodépendance pratique;
n LETTRE
et In municipalilc qui élisait ses maire et cchevins, ses qu<'\rtcniers et dixainiersy n'eût pas échangé sa charte de privilèges contre le prêche qui s'implantait dans ses murailles , avec la seigneurie féodale et le despotisme matériel de la chevalerie béarnaise du prince de Condé ou de Henri de Navarre. La ligue, Monsieur, s'explique toute seule. Une organisation puissante ne tombe pas sans résistance, quand elle tient surtout aux entrailles de la terre, au cœur et à l'imagination de l'homme. Les nouveautés ne s'imposent même pas par la victoire ; elles s'établissent par la conviction : la ligue fut donc l'expression et le dernier effort d'une société, luttant avec énergie pour se défendre elle-même avec ses franchises et son caractère national. Elle fut vaincue dans sa forme ; elle ne put l'être dans son principe, car ce principe, c'était le catholicisme, la vie du peuple au moyen âge. Henri IV ne put dissoudre la ligue qu'en adoptant la base sur laquelle l'union reposait ; il fit sa royauté catholique. Bans une époque toute de pamphlets et de caricatures , il parut deux ouvrages de l'opinion parlementaire, de ce tiers-parti des politiques poursuivi par les ligueurs comme des basilics et des pourceaux d'Ëpicure. L'un fut cette Satire MénippéCy si célèbre d'esprit bouffon et de personnalités moqueuses ; l'autre fut la procession caricaturée de la ligue, où l'on peignit des moines le casque en tête, la dague au poing, et les braves étudiants de l'université, armés de pertuisanes et de vigoureuses arquebuses : c'est avec ces deux documents d'une spirituelle vengeance qu'on a écrit l'histoire de la ligue. Quand on a bien déclamé contre les Seize, quand on a fait un chapitre contre les curés de Paris, le procureur Leclerc, le conseil de l'union, fanatiques rebelles au roi, quand on a reproduit la ligue sous mille formes, couronnée de monstres et de serpents, et le cardinal de Bourbon sous les traits d'un imbécile, on a tout dit ; et en effet la ville de Paris fut vaincue, les officiers du peuple proscrits : et ne faut-il pas être inexorable pour qui subit cette loi de la victoire ? La ligue, ce fut la commune catholique défendant sa constitution, ses antiques usages auxquels elle resta profondément attachée lorsque les classes les plus élevées les abandonnaient. Et qu'avait de ridicule cette belle et grande défense municipale de Paris, où l'on mourait pour le saint de sa bannière, pour les libertés de l'Hôtel-de-Ville ? Kt quand naguères nous avons viî les moines saisir encore une fois l'arquebuse, s'ensevelir sous les