RÉFORME
Charle&-Oui»t à la diète d'Augsbourg. — Opposition des proteslanls aux cérémonies religieuses. — Triomplie du parti modéré. — Conférences entre les catholiques et les réformés. «— Mélanchlon et Jean de Eck.—
ET LÀ LIGUE. ] f a
On ne peut s'entendre. —Décret violent contre les réformég. — Résistance, organisation politique et militaire du parti réformateur. — Histoire du calvinisme en France.— Les Vaudois. — Progrès de la réfonue en Europe. — Le concile de Trente. — Mort de Luther et de Charles- Quint.
C'était dans les conférences de Bologne , après son sacre , que Charles - Quint avait arrêté avec le pape une répression modérée, mais ferme et invariable , de Tesprit envahissant de la réforme; l'empereur avait démontré au pontife, par Torgaue de son chancelier Gattinara, la nécessité de convoquer avant tout un concile, et par là de se mettre à la tète du tiersparti philosophique , pour lutter avec plus d'avantage contre le mouvement luthérien. Cette concession n'avait point été Élite encore ; le pape Clément , vieillard vénérable mais absolu, avait répondu d'une voix altérée : « Je ne refuse point le concile dans le dessein de conserver de vaines richesses, un pouvoir temporel dont je suis fatigué; reprenez toutes ces tristes pompes d'un monde qui s'en va. Mais ce que je ne puis souf* frir, c'est que ce qui a été une fois jugé le soit encore ; il n'est pas permis de mettre en dispute les anciens décrets. »
Charles partit donc de Bologne pour se rendre à Âugsbourg, où Ferdinand avait, en son nom, convoqué une diète. A peine les électeurs s'étaient-iis réunis pour rendre hommage à la dignité de l'empire et à la majesté du souverain, que Charles leur déclara que la diète devant être précédée d'une messe du Saint-Esprit et d'une procession du Saint-Sacrement ; il faisait un devoir à chacun de ses membres, selon les vieilles coutumes, d'y assister en personne. Dès cette première proposition , l'empereur put connaître les immenses progrès qu'avait faits la réformation. Le duc George de Brandebourg, portant la parole pour tous les princes protestants, déclara qu'il ne pouvait obéir à cette demande, car Teucharistie n'étant offerte que sous une seule espèce , il était impossible aux réformateurs d'y honorer le corps et le sang de Jésus-Chrisl-
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Oii lit les mêmes difficultés, mais moins vives, pour la m^se du Saint •'Esprit. La version catholique a soin de noter que tous les électeurs y assistèrent en personne ; les protestants affirment que Jean , duc de Saxe, flit le seul qui s» montra dans ces pompes romaines; il y vint, non point par forme d'adhésion, mais en sa qualité de maréchal de Tempire, et portant les insignes de sa dignité.
Charles-Quint visait à œtle unité de pouvoir, à cette forée d'autorité violemment brisée par la réforme, ai un simple édit impérial supprima la prédication luthérienne à Augsbourg, malgré la vive opposition dea réformateurs. La démarche était hardie ; elle retentit jusque dans la diète qui s'ouvrit le âOjuin 1530. Luther avait prévu que lÀse porteraient les coups décisifs, et qu'il fallait redoubler de sèle et de puissance intelleotuelle. L'âge , au lieu d'ai&iblir l'a^rdeur de son esprit infatigable, l'avait doublée peut •'être. Vieillard, il était plus que jamais devenu l'ennemi des concessions II aucun parti. De la forteresse de Cobourg où il s'était retiré, à l'abri des persécutions, Luther déclara aux princes qu'ils m Uvn^ieiit eux-mêmes à la discrétion de l'empereur, et qu'il valait umm^ défendre la vérité pai^ les armes. Ces conseils ds vio^eiice m furent point suivis. On eut recours d'abord k une simple résistance, à un système tout passif conseillé par MQlaiichton, A peine l'empereur avait-il occupé soo trûue d'or, qm l'électeur de Saxe, George, mf^rquis de Brandebourg, Ernest et François de Luuebourg, Philippe, landgrave de Hesse, etWolfang, prince d'Anhalt, tous luthériens^ se lavèrent pour obtei^ir lit permission de lire la confes^n d^ foi qu'ils av^j^t uçété» pour leur église. C^Uç publicité , 4oan^ ^ ^m^ 4iète h^ principes du luthéranisme, effraya l'empereur, Il demanda qu'on lui laissât la confession par écrit , et promit de la feirp examiner par son conseil. Les protestants persistèrent dans la publicité ; Charles- Quint, pour ne pas rendre la diète inutile, consentit à un terme moyen. Les princes luthériens purent lire leur profession religieuse, mais dans un simple comité
ET U LIGUIS. ils
de la dièta\ ou elle fut présentoe par le savaut Poutanus uu deux formes et en deux langues, eu allemand et en latin. Alors il s'éleva au sein de l'assemblée des murmures du côté des ))aacs catholiques { le légat manifesta une vive et profonde indignation de ce qu'on permettait unQ adhésion éclatante à. -des principes hérétiques. Dana une lettre qu'il écrivit à Char^ les*Quint, il exigea la condamnation immédiate des formules exposées dans la confession* t'empereur répondit que les 4ois de Tempire ne permettaient pas de frapper les princes pour, des (Joctrines qu'ils adoptaient comme leurs croyances. La confession des sacramentaires fut arrêtée par Capiton et Bucer ; ^Ue se séparait toujours sur un point principal de la pro- ' fession luthérienne, la présence réelle; elle était moins large pour radnnssion des doctriUQS catholiques sur les sacrements, car elle ne recevait que le baptême et rQucharistie. U y eut aussi une confession de Zwingle, suivie bientôt d'autres protestations individuelles des villes libres et impériales.
L'empereur put (Jono apercevoir que ce qu'il avait proscrit comme une controverse tbéologique s'était transformé en un fait politique des plus graves, La confession d' Augsbourg avait obtenu une certaine popularité scientillque ; Luther, c'est-à-dire la partie irritable du luthéranisme, étant mise hors de cause, Mélanditon prenait la haute maiiu Ou ne peut dire quelles avances il multipliait auprès du pape pour la réunion sous Mm même croyance des sectes dissidentes, il éprivait au légat : 0 Nous ne repoussons auoune condition de paix ; nous n'avons aucun dogme ditlerent de l'église romaine; nou^ sommes prêi^ à lui obéir, pourvu qu'elle use envers nous de cette clém^Q<^ qu'elle a tQUjûur§*roontrée envers tous ; que le pape m nous rejette pas, car nous gommes ses flls soumis. ^
Charles-Quint réunit les docteurs catholiques. A leur tête étaient encore Cochleff, Jean de Kck et Faber, tous d'une science profonde, et qu'on a vus toujours engagés dans les diverses controverees contre la réforme. Préoccupé alors, comme il l'était, d'un système d'unité et de ^pprocb^wnt, Chartes-
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Quint trouva les termes de leur réfutation trop empreints de la fureur des universités. Il demanda une thèse mieux raisonnée, sans injures et capable d'atteindre le but qu'on se proposait, un arrangement politique et religieux. Le travail des docteurs catholiques fut dès lors moins une réfutation qu'une véritable contre-proposition dans laquelle on admettait ou Ton rejetait les diverses maximes établies par la confession luthérienne. On'exposait de part et d'autre les points par où les croyances se rapprochaient et par où elles s'éloignaient. Alors la controverse s'engagea dans des termes modérés et libres. On ne voulait point une condamnation ; l'empereur l'aurait-il désirée, qu'il aurait trouvé résistance passive dans le corps des électeurs, dont la majorité, même catholique, voulait qu'on respectât les privilèges et leur hberté princière. Pour rassurer les droits des princes protestants, la majorité catholique fît déclarer qu'il ne pouvait s'agir en aucune manière de blesser leurs privilèges politiques ; que la diète n'était déterminée que par un grand mobile de conciliation. Les cahiers de la conférence survivent; la plus grande intimité régnait parmi les commissaires, quelles que fussent d'ailleurs leurs croyances et leurs opinions ; ils dînaient ensemble, et le soir ils discutaient convenablement autour d'une grande table sur laquelle reposaient les deux confessions catholique et réformatrice.
Dans ces conférences on s'était entendu sur bien des points. Mélanchton , esprit facile, et qui eût été sans doute désavoué par son parti , avait concédé le libre arbitre, la justification, l'intercession des anges, la communion sous une espèce, ainsi que les vigiles et les^ jeûnes. Les catholiques avaient également reconnu plusieurs articles de la confession d'Augsbourg ; mais il y eut dissidence ouverte sur la messe et les vœux. Les catholiques ne voulant pas considérer la messe autrement qud comme un sacrifice rtel et substantiel , refusèrent aussi d'abandonner les vœux monastiques inhérents, selon eux, à la hiérarchie romaine. Quelques demandes avaient été faites pour le mariage des prêtres; il fut répondu
que ceux qui étaieut mariés pouvaient garder leur femme , mais que le mariage eo prindpe devaitétre défendu aux clercs. Si les commissaires se fussent accordés, la résistance des deux opinions extrêmes eût empêché un accord définitif et ratifié par le catholicisme et la réforme. Quand les hommes se touchent, il leur est bien difficile de ne pas s'entendre ; mais alors, si les opinions qu'ils représentent conservent leur vivacité, elles les désavouent hautement et brisent les faibles liens par lesquels on voulait les rattacher. Luther, qui recevait chaque jour avis des moindres mouvements et des progrès de la conférence, s'élevait dans sa retraite contre les ménagements qui n'allaient plus à une opinion en progrès. La direction du comité passa dès ce moment tout entière dans les mains de Pontanus, c'est-à-dire du parti extrême. Il déclara que l'on ne pouvait reconnaître l'autorité du pape , parce qu'il prétendait avoir cette autorité de droit divin et qu'il était l'Ante- Christ prédit par saint Paul.
L'empereur voyait ainsi s'évanouir ses espérances d'unité souveraine et rehgieuse. La fusion n'ayant pu s'opérer, il voulut détacher de la ligue réformatrice chacun des princes protestants, soit par la crainte d'une grande et forte répression, soit par des avantages particuliers. Le 7 septembre 1530, fatigué de tant de délais, Charles -Quint fit jjéclarer que la conférence mixte avait produit dans son esprit la profonde conviction du peu de fondement de la confession d'Augsbourg. Si l'on demandait un concile, l'empereur se rendait garant qu'on l'obtiendrait du pape ; mais en l'attendant on devait se soumettre aux prescriptions catholiques. Les princes protestants se hâtèrent de répondre à l'empereur qu'il n'avait pas été bien informé de l'esprit et du résultat de la conférence , s'il pouvait penser que les arguments des députés romains eussent porté la conviction dans les âmes et détruit la vérité de leurs doctrines; qu'un concile librement élu confirmerait les vérités de l'Écriture que la foi nouvelle tendait à faire triomphei*. Dans ces circonstances agitées, l'empereur qui s'était trop
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avancé, demanda instamment & la diète un rescrit de r^ression, car il fallait mettre un terme aux troubleâ de rAliemagne, L*acte de la diète portait que « désormais on ne souffrirait plus en Allemagne la célébration de la oène ; la messe solennelle ou privée resterait établie selon le rite catholique; le libre arbitre serait proclamé; on restaurerait les statues mutilées par des mains barbares, et les images qui ornaient les temples; les sacrements de Téglise resteraient au nombre de sept, admi* nistrés avec les mêmes pompes ; le mariage des prêtres était proscrit , mais ceux qui reviendraient au repentir pourraient être admis dans le sein de Téglise ; toute vente de biens ecclésias^ tiques, toute desttnation profane étaient déclarées nulles; renseignement ne serait désorm(ùs oontié qu'à des honunes de mœurs exemplaires confirmés par Févéque; la prédication , également surveillée, ne devait faire entendre que des paroles catholiques ejcciiont le sèle et la dévotion pour la Vierge et les saints, les fêtes et les pieux exercices; on recommandait Tab^ stinence des viandes, la chasteté et Tinviolabilité des vœux ; les mouaslères devaient être rétablis là où ils avaient été dispersés par la tempête ; tout fidèle demeurant dans un éleetomt réformé était mis sous la protection de la diète; Tempereur devait employer toute sa puissance pour contraindre à exécuter ce décret; et le prince qui en oinettrait quelques eondi* tions serait mis au ban de Tempire, »
Dès que le décret d'Ausgbourg fut connu parmi les princes et les cités qui avaient embrassé la nouvelle réforme, um clameur générale s'éleva, l.*état de rAUemagne ue permettait pas à Tempereur d'employer immédiatement la force, et en supposant que Charles-Quint en pressât Texécution, il devait trouver, pour les mesures de rigueur qu'il méditait, une vive résistance, même dans la minorité catholique des électeurs. Les princes de la confédération n'auraient pas voulu que les prérogatives du corps entier fussent sacrifiées à la volonté absolue de Tempereur qu'ils avaient élu. Une première résolU" lion, suggérée parfélecteur de Saxe, fut unanimement adop-
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tée. Les princes protestants se séparant du Corps entier de la diète, se réunirent à Smalkalde dans une confédération particulière. La réforme eut ainsi sa diète spéciale à laquelle adhérèrent d'abord Ernest et François de Lunebourg, Philippe, landgrave de Hesse, George de Brandebourg, le prince d'Anhait et la ville libre de Strasbourg. 'Comme il fallait un prin-cipe de coalition Ciui ne fût susceptible d'aucune dissidence entre les diverses écoles, on convint que l'assemblée de Smalkalde ne serait pas une réunion instituée pour discuter ou délibérer sur les croyances, mais purement et simplement une ligue de précautions contre les mesures mihtaires que l'empe^ reur pourrait résoudre contre les réformateurs*
Cette ligue ix>mmença immédiatement à se dessiner comme corps politique en opposition avec l'empereur pour l'élec** tion du roi des Romains» Charles^Juint songeait déjà à se donner an successeur. Dans *ce vaste conflit qui embrasait rAUemagne, tandis que tant de contrées appelaient sa sollicitude, il pensait que l'élection préparée d'avance d'un prince catholique conserverait plus religieusement ce caractère d'uiiité qu'il voulait imprimer* Les réformateurs sentai^t aussi que si l'élection li'un prince catholique était consa* crée, c'en était fait de leur avenir. En retardant cette élection, au contraire, ils se donnaient les chances d'un succès. CharlesKJuint, tout rempli de son projet, écrivit à l'électeur de saxe pour qu'il se trouvât à la diète annoncée : la lettre autographe subsiste dans les archives de Weimar. « L'empereur, désirant réunir les électeurs dans la viile de Cologne, le 29 décembre, pour le choix d'un roi des Romains, y appelle S. A. rélecteur de Saxe, n Au lieu de répondre au souverain et de venir à la convocation, l'électeur manda à tous ses confédérés qu'ils eussent à se rendre à Smalkalde, afin de défendre les privilèges de la constitution. Réunis, ils déclarèrent sans dissidence que rien n'était plus contraire aux droits du corps germanique que l'élection d'un roi des Romains dans des temps où la tète du chef de l'empire, pleine de vigueur et de vie en*
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core, i)Ouvail diriger les grandes destinées de rAllemagne.
Une telle tentative irrita Charles-Quint au lieu de Téclairer sur la tendance générale du mouvement de la réforme qui allait se lier désormais avec les vieilles libertés germaniques et la défense des privilèges électoraux. Un édit conforme aux résolutions de la ùièVd de Worms dépouilla de la grande maîtrise de Tordre teutonique Albert de Brandebourg, qui avait sécularisé ses propriétés et s*étail fait chef politique, alors qu*il embrassait le luthéranisme. La chambre impériale poursuivit les restitutions avec une persévérance implacable. Tout ce qui possédait un fief du clergé ou des moines réguliers était persécuté jusqu'à la réintégration complète, et ces poursuites agitaient violemment le corps entier de la confédération. L'empereur, sans tenir compte de l'opposition des princes protestants et de rélecteur de Saxe surtout, réunit une diète à Cologne afin de procéder à l'élection du roi des Romains. Tous les princes catholiques s'y trouvèrent rassemblés, et prenant exemple sur Frédéric m qui, sept ans avant sa mort, fit reconnaître Maximilien son fils, Charles-Quint demanda l'élection de Ferdinand son frère; il donnait pour motifs ses longs voyages, cette haute surveillance qui s'étendait sur deux mondes, et qui ne permettait pas toujours à l'empereur de présider toutes les diètes et de gouverner les larges intérêts de la Germanie. Les princes catholiques en petit nombre ne firent aucune opposition, et Ferdinand reçut la dignité que sollicitait Charles-Quint.
A mesure que la ligue de Smalkalde prenait, d'après les conseils de Luther, une existence régulière, les assentiments lui arrivaient de toutes parts. Ayant un but avoué de religion plutôt qu'un caractère de nationalité, on pouvait appeler à son aide tous ceux qui professaient la même croyance. Les rivalités politiques contre Charies-Quint donnaient pour alliés à la réforme les princes en hostilité contre son grand système. Il fut résolu que l'électeur de Saxe écrirait au nom de la diète aux rois de France et d'Angleterre pour solliciter leur alliance
afin de déjouer les projets ambitieux de Terapereur qui ne tendait rien moins qu'à la monarchie universelle.
Henri vm était alors trop occupé de la question de son divorce pour se jeter absolument dans de nouvelles difficultés religieuses ; il avait d'ailleurs combattu Luther. Mais François P*", à qui le traité de Cambrai pesait déjà, se hâta de répojidre aux princes protestants. Guillaume du Bellay, seigneur de Langey, de cette famille d'habiles négociateurs à cette époque de hautes transactions et de droit public européen , fut envoyé auprès de la hgue de Smalkalde , avec mission spéciale de régler avec elle un traité d'alliance. Il n'y fut pas question du luthéranisme. On décida que François P"" prendrait sous sa protection les privilèges des princes et des villes libres, et qu'il maintiendrait les dix cercles de l'empire dans l'état où ils se trouvaient alors. Un subside fut également stipulé ; cent mille écus furent déposés dans les mains du duc de Bavière, qui dut les employer au cas prévu d'une attaque formelle contre les prérogatives électorales. Cette intervention du duc de Bavière, prince tout catholique, dans la stipulation du traité, témoigne hautement que la ligue de Smalkalde allait devenir le centre d'un système de libertés germaniques, opposé aux prétentions absolues et dominatrices de Charles-Quint. Le seigneur de Langey, qui avait opéré cette fusion au profit de François P% fut envoyé en Angleterre pour obtenir une légale participation de Henri VHI, qui ne se décida que tardivement à écrire à la confédération de Smalkalde, pour lui donner, sinon une adhésion formelle, au moins un encouragement.
Le landgrave de Hesse avait visité la France, et, dans une conférence intime avec François P% il lui avait expliqué les dangers des envahissements successifs de la puissance impériale sur les droits électoraux. Dans le traité conclu, il ne s'agissait plus seulement d'un système défensif, comme il avait été stipulé à Smalkalde, mais d'une agression véritable contre Ferdinand , élu roi des Romains ; agression qui devait I. n
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favoriser une tentative projetée par François t** eh Italie. Vn subside de cent vingt mille écus était stipulé, et la cession du comté de Montbelliard cachait la nature du service exigé des Allemands par François P'« Le landgrave commença les hostilités ; le duché de Wittemberg fat arraché à la maison d'Autriche et rendu à son ancien duc Ulric avec une facilité si grande, que Charles-Quint, alors en Italie, prévit toute la portée de la résistance opposée par la ligue de Smalkalde. Des lettres pressantes appelèrent un surrangement à totit prix. Les propositions furent portées au landgrave de Hesse par Télecteur de Mayence. Un traité qui brisait toutes les dispositions rigoureuses de la dernière diète catholique fut arrêté. Charles- Quint subissait le fait accompli d^s toute sa puissance : « Il ne devait être permis aucune poursuite en matière de religion, et la chambre impériale s'abstiendrait désormais de frapper des condamnations, soit personnelles, soit territoriales, les choses restant en Tétat; moyennant cette concession, rélecteur de Saxe reconnaissait Ferdinand comme roi des Romains. » Par un autre traité spécial, le Wittemberg devait demeurer en la possession du duc Ulric, au préjudice de la medson d'Autriche. Le landgrave de Hesse, le plus immédiatement obligé envers le roi de France, crut nécessaire de lui expliquer les motifs de cette transaction arrêtée avec Tempereur. Une lettre, conservée en autographe, disait : « La convention germanique ne dérogte en rien aux choses par nous traitéesaveo V. M., lesquelles nous voulons demourer saines et entières, i»
Ces succès de la réforme enflaient le co^r de Luther, le plus belligérant des sectateurs de la nouvelle doctrine. C*est lui qui avait poussé le landgrave de Hesse à ces hostilités heureuses, lesquelles avaient amené la dernière transaction. Ce prince était devenu son héros ; il n'avait plus pour la maison de Saxe cet attachement dévoué qui avait marqué Torigine de sa pn^ication. Tout ce que désirait le landgrave, Luther l'accordait avec zèle; que pouvait-il refuser à celui qu'il appelait le giaivç de la nouvelle foi ? C'est à cette époque de triomphe
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que parut la singulière consultation de l'école luthérienne 8ur la polygamie eix faveur du landgrave. Bucer avait développé la triste situation dans laquelle se trouvait le prince réformateur ; sa forte complexion, les eifets d'une table somptueuse, inévitable daos les fêtes et les assemblées de Fempire, ao croissaient ses désirs ; il ne pouvait conduire là sa femme, à cause de rembarras et des pompes ; il ne pouvait non plus quitter sa concubine, avec laquelle il n'avait pas la force de rompre des habitudes criminelles. Que faire en cet état, si ce n'est recourir à un double mariage permis par TAncien Testament? « C'est pourquoi, disait le landgrave, et, pour le salut de mon âme, je consulte Luther, Mélanchton et Bucer, pour qu'ils me donnent témoignage sur le parti flue je dois embrasser. » Les trois grands théologiens de la réfbrme répondirent timidement : « Nous avons lu dans les instructions que nous a fait parvenir Votre Altesse, la peine de corps et d'esprit dans laquelle elle se trouve ; voici donc ce qu'il y a d'important : Votre Altesse comprend bien toute la différence qui existe entre une dispense pour un cas particulier et une loi générale qu'on établirait en principe; si donc elle a entièrement résolu d'épouser une seconde femme, nous jugeons qu'elle doit le faire secrètement, c'est-à-^dire qu'il n'y ait que la personne qu'elle épousera, et pas d'autres fidèles, qui le sachent; au reste, les consciences prudentes aimeront toujours mieux cette vie modérée que les actions brutales et l'adultère public. »
Cette condescendance de Luther pour la flaiblesse du prince avait surtout en vue les liens protestants de la ligue de Smalkalde. Si cette ligue s'était montrée déterminée à écouler Charles-Quint comme prince séculier et à finir les différends qu'elle avait avec les prérogatives impériales, elle repoussait tout arrangement religieux avec la cour de Rome et toute proposition qui émanait d'elle. Inutilement le pape avait-il député des légats pour s'entendre et se rapprocher ; l'électeur de Saxe n'avait pas voulu les reconnaître; il leur déclarait qu'il ne pouvait et ne devait traiter qu'avec Tempei-eur et dans les
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limites posées par la bulle d'or. La fière opinion de Luther dominait alors. Le succès avait fait dépasser les sentiments modérés de Mélanchton, qui n'étaient plus en rapport avec la victoire. Luther écrivait des diatribes plus furieuses que jamais contre le pape, contre toute proposition de concile et d'arrangement : «Qu'est-ce que la puissance du pape, disait-il encore, si ce n'est une source d'arrogance et de désordre? Tout ce qui vient de là est diabolique, et l'église ne peut-elle se passer d'un chef? Le meilleur moyen de la gouverner n'estil pas que tous les évêques soient égaux? » Cette opinion dé Luther triompha ; mais, pour la première fois, le parti mitoyen crut devoir protester hautement contre cette séparation brusque et sans mot^f avec l'église romaine. « Moi , Philippe Mélanchton, est-il dit au bas de l'acte, j'approuve les articles préccclents comme pieux et chrétiens; mais quant au pape, mon avis est que, s'il voulait recevoir l'Evangile, nous pourrions lui accorder la supériorité sur les autres évêques pour la paix et la tranquillité de ceux qui sont avec lui. »
La situation de l'Europe appelait le concours unanime du corps germanique : le Turc envahissait la Hongrie, et le roi des Romains demandait l'appui de tous les membres de la confédération pour la défense commune. Les princes protestants ne refusaient pas ce concours ; mais tout en faisant de grands efforts, ils continuaient à resserrer leurs liens intimes, à multiplier les alliances à l'étranger. Ce danger bien apprécié par Charles-Quint l'entraînait constamment à de nouvelles concessions. Un édit toujours provisoire, puisque sa durée ne devait pas dépasser quinze mois, suspendit la solution de toute difficulté religieuse. Les trêves étaient toutes fisivorables à l'esprit de réforme, parce que cet esprit était en progrès, et que le temps pour lui, c'était la victoire. Le luthéranisme fut alors proclamé dans la Thuringe et la Misnie; Luther prêcha l'Évangile dans la belle et vieille cathédrale de Leipsick. Ne
* Luther in ariicul Smaikald, art. 4, pag. 312.
craignant plus que Tappui franc et loyal prêté à Tempereur ne tournât contre sa prédication en Allemagne, Luther publia son Discours militaire pour exciter à la guerre contre les Turcs. La popularité qu'avait alors la prise d*armes contre les infidèles ne permettait pas à la réforme de rester en arrière. Luther déclara « qu'aussitôt que les magistrats proclameraient Tétat menacé, tout homme devrait prendre le glaive, et n'épargner ni ses biens ni sa personne; mais, Tentendez-vous bien, s'écriait Luther, il faut que ce soit l'empereur et non le pape qui vous convoque ; il s'agit de défendre rÉvangile contre le Coran, et de proléger les sujets contre la tyrannie; le pape doit rester ici étranger. » Ce fier concours, prêté par le luthéranisme aux desseins de l'empereur et aux besoins de la patrie, rendait la position des princes protestants plus favorable. A Spire où les électeurs furent rassemblés, les réformés obtinrent la consécration des droits de propriété sur les biens ecclésiastiques, tels qu'ils avaient été distribués par la confiscation même ; enfin la chambre impériale, contre laquelle les électeurs dissidents s'étaient si violemment élevés, dut être composée mi-partie de protestants, mi-partie de catholiques : conquêtes immenses qui préparaient Témancipation future du corps germanique! Ces concessions étaient-elles sincères de la part de Charles-Quint, ou le résultat de la nécessité? Quoi qu'il en soit, en comparant Tédit de Worms et celui de Spire, on aperçoit le vaste cercle qu'on avait parcouru en quelques années : l'autorité impériale allait être forcée de reconnaître la liberté de conscience et l'indépendance des électeurs. De la ligue de Smalkaldedate le plus haut affranchissement des souverainetés dans le corps germanique, cette habitude surtout de chercher dans des alliances à l'extérieur un appui constant contre les tentatives d'une monarchie absolue en Allemagne.
La conduite souvent équivoque et toujours incertaine de François !•% dans ses négociations avec la diète de Smàlkalde, oblige naturellement à revcniT sur la situation religieuse du royaume qu'il gouvernait. A quel progrès en était la réforme?
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par quelle législation se tiouvaient régies les diverses sectes qui apparaissaient de tous côtés en France? Le luthéranisme n'y avait servi que d'introduction pour arriver à la doctrine de Calvin. Au milieu de la société si dissolue du règne de François P', de cette c-our de dames, d*amour et de folàtrerie, des hommes apparaissaient et disaient aux simples : « Ces pompes des autels, ces richesses qui vous sont arrachées, ces cérémonies mystérieuses auxquelles votre intelligence ne peut atteindre, tout cela est vanité et superstitions; ce que nous vous annonçons, c'est la vérité de l'Évangile, la loi du Christ, qui seule n'est pas d'invention humaine* y> Il n'y avait pas, en France, ce mouvement qui favorisa la séparation des luthériens et des catholiques en Allemagne; aucune cause politique n'appuyait une révolution religieusQ; la réforme agissait par un prosélytisme secret. Tous les édils de Fmnçois I" contre l'hérésie commencent par ces mots qui témoignent de l'étendue et de la multiplicité des disciples de la nouvelle foi : « Nous, qui désirons grandement l'extirpation et l'extermination des malheureuses, perversas et pestiférés doctrines et sectes qui lentement ont pullulé dans notre dit royaume. » Cette hérésie qui pullulait n'avait pas encore pns un caractère fixe et positif avant la prédication de Calvin. En parcourant les registres de la faculté de théologie de Paris, espèce de tribunal mixte institué pour juger et flétrir l'hérésie, on voit, par les condamnations répétées, mille opinions diverses surgir, se manifester de tous les côté^ et envelopper le catholicisme comme d'un réseau. « Il ne faut rien recevoir pour les sépultures, s'écrie le docteur Jean Gillain en s' adressant ^u clei^é qui frappait une sorte d'impôt sur les cercueils ; à ce dernier terme de la vie, la contrition seule suffît pour sauver le pécheur. Les œuvres ne sont rien ; et par conséquent il n'est pas de purgatoire, ajoute le moine augustin, Jean Barenthon. Vous ne pouvez appeler Marie reine du ciel, ni inroquer les saints; n'adorez pas les images, répètent d'autres religieux; qu'est-ce que le canon de la messe?» Dans un écrit intitulé
JHt^nUnation de la Fac^té théohgique de Paris, il est dit : « Les catholiques, trompés par le pape, adorent le diable dans les images de bois, et jusque dans les châsses, des ossements de morts ; qu'est-ce qu'établir des fêtes en l'honneur des saints, si ce n'est renouveler les pompes impies du paganisme? Les prêtres qui sacrifient sont des serviteurs de Baal et non du vrai Dieu. « Dieu ne s'embarrasse pas de la confession particu-^ lièîe, s'écrie Amédée Bisgret ; Jésus-Christ dans la messe n'est ni oblation ni sacrifice. »
Au milieu de ce chaos intellectuel, il n*y avait aucune organisation positive, saisissable; et c'est à Calvin que l'église réformée doit en France sa constitution régulière. Quoique la protection de la reine de Navarre eût quelque temps couvert le réformateur de Noyon, cependant on a vu qu'il avait été obligé de fuir sa patrie; à Genève, où il s'était alors retiré, le soin de ses frères persécutés le préoccupait tout entier; il savait qu'ils étaient proscrits, qu'une inquisition sévère et in^ quiète les poursuivait. Calvin retouchait avec une vive sollicitude le livre de V Institution chrétienne, dont la préface est datée de Bâlc, 1556, Ce livre devint la défense puissante et habile de l'école genevoise. Calvin l'avait commencé en France dans la maison et sous l'aile de Louis duTillet, frère de Jean du Tillet, célèbre grefi&er du parlement de Paris. VInstitution chrétienne, développée, à chaque édition nouvelle, était de nature à produire une grande sensation $ur les esprits. Chacun pouvait saisir et s'expliquer les doctrines de œt.ouvrage, brûlé par le parlement sur le parvis de Notre-Dame, tandis qu'une réfutation solennelle émanait de la Sorbonne. Calvin répondit à la condamnation : « C'est toujours pour défendre la foi orthodoxe et repousser lesf calomnies odieuses de ceux qui veu-^ lent nous attaquer, que j'écris. Que nous reproche-t-onî d'enseignar des choses nouvelles et de les eneeignfir sans miracles, de nous éloigner des pères et des tbéolc^iens ; de ne pas suivre des coutumes approuvées; entendez-les : nous sommes en guerre avec l'église, nous sommes la cause des troubles et des
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révoltes! Eh bien! notre doctrine est simple; nous reconnaissons Dieu comme créateur et rédempteur, comme sanctificateur par le Saint-Esprit ; nous vivons en Jésus-Christ par son église! Ce que veulent les évangélistes, c'est Téglise dans sa simplicité primitive, ainsi que Tont établie Jésus-Christ et ses apôtres! On nous accuse d'attaquer le gouvernement civil, d'ébranler Tobéissance des peuples ! quelle que soit sa forme, continue Calvin, on lui doit respect, obéissance. » Ces principes, si facilement saisissables, devaient trouver appui dans beaucoup d'espnts. L'influence de la reine de Navarre entraînait une partie de la cour, de ses varlets et des gentilshommes de sa domesticité, en même temps que la prédication secrète dans les campagnes séduisait la simplicité des fils des vieux pastoureaux et des Jacques. Les hommes d'intelligence et d'étude, les poètes qui donnaient le ton par leurs rondeaux et leurs jeux d'amour, étaient presque tous favorables aux nouvelles opinions. La traduction en vers français des Psaumes, œuvre de Marot et de Vatable, était chantée le soir au son d'une musique harmonieuse dans le Pré aux Clercs, où se réunissaient des femmes élégantes, de beaux pages, et la cour si folâtre de François !•' et de sa sœur. On mettait en virelais et en ballades les prières du calvinisme; c'était alors fureur: «Les musiciens de nostre France mirent à qui mieux mieux lesdits psalmes en musique, et chacun les chantoit, et le feu roi les chantoit et fesoit chanter, et ses compagnons et sa .mérétrice les aymoient ou feignoient de les aimer, tant qu'ils disoient : « Monsieur, cestui-là ne sera-t-il pas mien? vous me donnerez « cestui-là; » et ce bon prince leur en donnait à sa fantaisie. » Il existe cinq édits de perséculions de François !•' contre les réformateurs; à la distance de quelques années les uns des autres, ce qui prouve qu'ils étaient impuissants pour opérer une répression. Il y avait donc alors une force de résistance telle que la volonté du roi et du conseil ne suffisait