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EXÉGÈSE DE LUTHER

jiisiiu'alors personne n'y avait aperçue. Il en l'ail autant dans ses gloses. Au Psaume li, y. 12 (qu'il traduit : Grée en moi, 6 Dieu, un esprit nouveau et sûr), il ajoute cette glose : n A savoir, un esprit qui, dans la foi, est exempt de doute et sûr des choses^ et qui ne se laisse égarer ni ébranler par les erreurs, les idées, les doctrines, etc., à l'instar des présomptueux et des sceptiques. « Au Psaume Lxxin, f. 1 : Dieu est la consolation d'Israël, de ceux qui ont un cœur pur, » on lit cette autre glose : «« Qui ont un cœur pur, un cœur qui s'attache uniquement et purement à la parole de Dieu. »

m. EXÉGÈSE DE LUTHER.

Luther, envisagé comme éxégète, est un des phénomènes les plus remarquables, et peut-être aussi des plus énigmatiques du domaine de la psychologie religieuse. D'une part, nous voyons cet homme se fonder sur son interprétation de la Sainte-Ecriture pour se croire autorisé et appelé à créer une Eglise nouvelle en face de l'ancienne Eglise : nous le voyons, la Bible à la main, reprocher cent fois à ses antagonistes d'être incapables de se soustraire à l'évidence de la vérité biblique mise en lumière par lui, et les appeler des coupables volontairement endurcis contre le Saint-Esprit, des impies incorrigibles, qui reconnaissaient parfaitement la pureté de sa doctrine, et cependant la combattaient. Et d'un autre côté, nous voyons ce même homme partir toujours de cette supposition, qu'il faut d'abord s'être formé une certaine idée de l'œuvre de Jésus-Christ et de la manière dont l'homme s'approprie cette œuvre de rédemption, pour ensuite, à l'aide de cette idée ou par analogie, interpréter même les passages contradictoires de la Bible, et la rendre conforme à la nouvelle doctrine, soit par des interpolations, soit par la supposition de quelque catachrèse, même dans les endroits où le sens littéral favoriserait le système opposé (le système catholique). Considérer Luther sous ce double aspect, n'est-ce pas jeter un regard révélateur dans les profondeurs intimes du laboratoire où s'agitait cette puissante intelligence?

Sa première et suprême règle herméneutique était que tout, dans la Bible, doit être interprété pour Jésus-Christ, de

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sorte que tout tende à glorifier Jésus-Christ, à étendre son action, et à amoindrir, à anéantir, au contraire, toute action Iiumaine. Car, suivant son opinion, tout ce qu'on attribue à l'homme ou à son activité, tout ce qu'on exige ou attend d'elle, on le retranche par cela môme à Jésus-Christ, tandis que, plus on glorifie Jésus-Christ et son œuvre, plus on doit nécessairement faire ressortir la complète nullité morale, la totale impuissance de Thomme. Qu'en conséquence, si l'on agite la question de savoir comment l'homme sera justifié devant Dieu et de quelle manière il sera sauvé, il faut absolument rejeter toute idée que l'homme puisse et doive, en vertu de la grâce qui lui fut méritée par Jésus-Christ, arriver à une justice intérieure et bonne devant Dieu : car ce serait amoindrir la gloire de Jésus-Christ, qui veut seul être tout. Qu'il faut, au contraire, enseigner que Jésus-Christ a déjà accompli par lui-môme toute la justice dont l'homme a besoin, et que celui-ci n'a qu'à paraître devant Dieu, revêtu de cette justice par imputation. Il est d'avis encore qu'on se garde bien aussi d'attribuer à l'homme, dans l'œuvre de la grâce, aucune coopération de sa volonté : car ce serait également amoindrir l'œuvre de Jésus-Christ; qu'enfin il faut faire dépendre l'obtention du salut uniquement de la foi, c'est-àdire de l'application et de l'imputation de la justice de Jésus- Christ, et nullement de l'accomphssement des commandements de Dieu par l'homme, ou de ses bonnes œuvres. C'est selon cette règle, à en croire Luther, que tpute l'Ecriture doit être interprétée. Si donc un texte biblique semble attribuer quelque chose à l'homme, ou exiger quelque chose de l'action de sa volonté, on doit, ou bien ne point prendre ces passages au pied de la lettre, attendu que le devoir n'implique nullement le pouvoir, et que ces sortes d'exigences n'ont pour but que de convaincre l'homme de sa complète impuissance ; ou bien il faut entendre de l'œuvre faite pour nous par Jésus- Christ, de l'accomplissement de la loi par Jésus-Christ en notre place, ce qui s'y dit des devoirs de l'homme et semble^ selon le sens littéral, demandé à l'homme lui-même i. De ceci, Luther concluait que, si les adversaires (les Catholiques)

» Opp. lat. WiUenb. i, 887.

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veulent faire valoir l'Ecriture contre Jésus-Christ , il faut opposer Jésus-Christ à l'Ecriture; et que si l'un ou l'autre, Jésus ou la loi, doit être sacrifié , il faut glorifier et exalter Jésus-Christ aux dépens de la loi *.

Ici cependant, il ne s'agit que d'examiner le rapport entre l'exégèse de Luther et sa théorie de la juslificalion. 11 y eut des époques dans sa vie, où l'antagonisme entre la foi et les œuvres préoccupait et dominait tellement son esprit, que la Bible tout entière ne lui semblait écrite que pour rendre évident et pour inculquer ce dogme. Le premier meurtre déjà, selon l'opinion soutenue par I^uther, fut commis parce que Abel se contentait de la foi, au lieu que Cain se fatiguait à faire des œuvres ^ Bien que l'Écriture contienne une multitude de passages où est énoncé précisément ce que Luther détestait, à savoir la justice des œuvres ou leur coopération dans la justification, Luther imagina un facile expédient. Il conseilla de répondre à tous ces passages, où la justice des œuvres semble être établie, en mettant toujours devant le mot foij comme l'Apôtre l'a fait dans l'Epître aux Hébreux, et d'appliquer ensuite à la foi tout ce qui est attribué aux œuvres. Si, par exemple, Jésus dit : « Faites des aumônes, et toutes choses seront pures pour vous, » il faut interpréter ainsi : « Faites des aumônes da.ns la/oi et tout sera pur pour vous » (non par les aumônes, mais par la foi) 3.

('ependant, Luther avait encore en réserve d'autres expédients, alors qu'il s'agissait de répondre aux nombreux textes bdiliques qui contredisaient son système. Un de ces expédients consistait à alléguer qu'au temps de Jésus-Christ et

» Kd. Walcli. vin, 2140.

' Ceci (que la grâce cl l'œuvre, la foi el la loi ne peuvent se concilier ni se SOufTiir \\n\ l'autre), c'esl lu véritable et pure doctrine, la prédication de vérilé. Là où elle se produit, ne manquent jamais de se produire à côté les hérésies et les sectes. Do là viei'.t que, dès Torigine du monde, s'est toujours produite riiérésie capitale, celle qu'on appelle des pélagiens, l'hérésie du libre arbitre et du uiérile des œuvres, qui de tout temps s'est mèiée à la vraie doctrine, et s'y est attachée comme la boue à la roue. Ainsi, dès l'origine, Abel a gardé pure CM sa conscience la parole; mais Caïn demmva attaché nnx ccuvres cl pordil la foi; il en fui de même plus lard pour Isniaël el Isaac, pour Jacob et Esaii et 1 eancoup d'uutres (Ed. Walch. viu, 1030).

î Annotatiuncidoi R, P. Lut lier i , dans la Suite de la collection des choses théologiques anciennes et nouvelles, i7S0, pag. 1080,

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