LUTHER : DES ACTES DES APÔTRES
Rom. ch. 11 : L'Ecriture no!<5 renferme tous dans le péché, afin que le monde entier devînt coupable devant Dieu et reconnaisse que personne ne peut être justifié par de bonnes œuvres, mais que Dieu fasse miséricorde à tous, et les justifie par sa seule grâce. C'est là la vraie doctrine chrétienne \ Luther s'est permis en cet endroit trois altérations des paroles de saint Paul : l« ce que l'Apôtre dit des Juifs et des Gentils, Luther l'applique à tous les chrétiens, comme si ceux-ci, quant aux bonnes œuvres, ne pouvaient, malgré leur foi chrétienne, faire plus que les infidèles; c'est pour cela qu'au lieu des mots de l'Apôtre, il met nous tous, savoir, tous les chrétiens; 2° il interpole les mots « et reconnaisse que personne ne peut être justifié par de bonnes œuvres; » 3" il ajoute au texte ces mots « et les justifie par sa seule grâce. « Après l'Epître aux Romains et l'Epître aux Galates, Luther considérait les Actes des Apôtres comme le livre classique de sa doctrine sur la justification. Ce livre, à ses yeux, était éminemment et particulièrement propre à consoler et à affermir les luthériens, attendu qu'il rendait d'excellents offices contre les papistes, les juifs modernes et leur doctrine de la loi. Si ceux-ci se présentent avec leur servile doctrine, disant que l'homme est justifié par la foi agissant dans la charité, il faut, d'après Luther, leur opposer les Actes des Apôtres, dont le principal contenu n'est autre chose, sinon que l'homme est justifié par la seule foi en Jésus-Christ, sans œuvres*. Dans la querelle sur l'observation de la loi mosaïque, Luther ne voyait qu'une querelle sur la question de savoir si les bonnes œuvres sont nécessaires au salut, et il alTirniait sérieusement que les apôtres saint Paul et saint Pierre, instruits,
* Ed. de Leipzig, xvii, 373, a.
* Lutheri Comm. in Gai. éd. Irniischer ï, 301 : Ac propter hanc causanj plus diligere et diligentius légère hune libruni debemus, quod firmissima leslimonia rontiuet, quae cerlo consolari et erigere nos possunt contra papistas, Judœos iiostros, quorum abominationes et larvas inipugnamus et damnamus doctrina nosira, ul Christi bénéficia et gloriam illustremus. — Ici encore^ Luther indique comme point pivotai de la grande hilte entre les protestants et les papistes, lu question de savoir si C homme est justifié par la foi seule, ou par la foi formée par la charité : hoc (à savoir qu'ils réclament pour eux la succession èpiscopale et le pouvoir ecclésiastique) ideo faciunt , ut nos in servitnteni redicanf, ulque nobis hoc exlorqueant, nos non sola fide, sed (ide inforinata caritale juslificari. L. c. p. 302.