LUTHER : DES ACTES DES APOTRES
il est vrai, par des miracles, avaient alors défendu contre ces faiseurs d'oeuvres le principe de la suffisance de la foi pour le salut.
« L'Eglise entière, alors qu'elle était encore récente et bonne, erra sur ce point , de sorte que saint Paul , saint Pierre et saint Barnabe maintinrent seuls cette vérité, qu'il n'est besoin d'aucune loi, d'aucune œuvre pour le salut, ainsi que saint Luc le raconte clairement dans les Actes des Apôtres, chap. xvi, f G. Or, il y avait alors de grands saints, tels que les Apôtres et leurs disciples, qui pourtant auraient persisté à dire que la foi et les œuvres étaient nécessaires pour le salut, si saint Paul et saint Pierre n'eussent tenu bon pour le principe contraire; et ceuxci eux-mêmes l'auraient pourtant ignoré, si Dieu, du haut, du ciel, ne les eût affermis par des miracles dans l'opinion que la foi seule est utile et nécessaire pour être sauvé, comme on le voit, Actes des Apôtres, chap. x, y 43 ^ »
Chaque fois que les Actes rendent compte de la vocation ou de la conversion d'un Israélite ou d'un païen, le fait capital , aux yeux de Luther, est toujours qu'il eut la foi sans les œuvres, ou reçut la grâce sans avoir rien fait pour l'obtenir *. Lorsque Corneille [Jctesy x, 30) raconte comment il était resté quatre jours en jeûnes et en prières avant que l'ange lui apparût, Luther ne voit dans ces paroles qu'une preuve de l'esprit faible et étroit de la primitive Eglise, et de la peine que les hommes eurent alors à saisir la doctrine de la foi ou de la justification, ou à se débarrasser de la fausse croyance des œuvres, si profondément enracinée chez eux *. S'il est dit dans les Actes (ch.xiii,^. 48) que « les gentils sont convertis, » cela signifie pour Luther : « les œuvres ne justilîent point ^. » A ce passage des Actes (ch. xv, f. 28) : « 11 a semblé bon au Saint-Esprit et à nous de ne vous point imposer d'autre charge, » Luther ajoute en note que, puisque auparavant il avait été dit que la loi n'était point obligatoire, ce qu'on en-
* Ed. Walch. xr, ^31.
* Voy. les notes inargiiiaîes, écrites par Luther dans son Nouveau-Testament : Suite de la collection de choses Ihéologiqucs anciennes et modernes. 4730, pag. 1080 et ss.
' L. c. pog. 1085. Vide imbecillitalem prirailivae Ecclesiae, quara difficulter tenent locum fidei seu juslificalionis, quara profunde tenet in eis opinio operum.
* L. c. pag. i08fi. (îeittes controverlunlur, id est, opéra non justificant.