LUTHER : SUR S. MATTHIEU, CH. XIX
mour (le Thomme pour Dieu se reconnaît à ce qu'il garde ses commandements, et que ses commandements ne sont point pénibles. « Mais, » dit Luther, « garder les commandements de Dieu signifie, chez saint Jean, avoir la foi i. » De même, lorsque Jésus-Christ dit (mint Luc, ch. xi^x. 28) : « Heureux ceux qui écoutent la parole de Dieu et la pratiquent, » il n'est question, selon Luther, que de la foi ?.
Mais il est un passage qui causa de véritables tourments au Réformateur, parce qu'il n'y avait absolument aucun moyen de l'adapter à son système. C'est le récit qui se trouve au ch. XIX de saint Mathieu, et au ch. x de saint Marc; on y voit Jésus-Christ recommander au jeune homme de garder les commandements s'il veut arriver au salut. Ce récit contredisait presque tous les principes essentiels de la nouvelle doctrine : l'impossibilité d'accomplir la loi, l'antagonisme de la loi et de l'Evangile, la nécessité d'une justice imputée, l'inutilité des bonnes œuvres. Pour d'autres passages d'une signification analogue, Luther se tirait d'embarras en les passant sous silence, comme, par exemple, Rom. ch. viii, i^. 4, où l'accomplissement de la justice de la loi en nous est indiqué comme but de la Rédemption, passage qui est absolument inconciliable avec la doctrine de rim[)utation. Aussi Luther n'a jamais essayé d'interpréter ce verset, bien qu'il ait, plus de trente fois, cité et commenté dans ses écrits le verset 3**, premier membre d'une phrase dont le verset 4^ est le second membre ^ Mais cette méthode n'était pas applicable à l'histoire du jeune homme riche : elle était trop généralement connue et il n'était pas un écolier qui lignorât. La perplexité du Réformateur à propos de ce passage se manifeste dans le sermon qu'il prononça sur cet Evangile.
« Si tu veux entrer dans la vie, garde les commandements. Et le jeune homme dit : « Quels commandements ? » et Jésus dit -. « Tu
• Ed. Walch. ix, 1047.
2 LiUheri epp. éd. Aurifaber, ii, 58, b. Omnino de fide dicuntur, ut custodiro et ser\ are non sit opus facere, sed verbo promissionis fortiter adhaerere, et in codera vivere et operari.
* Du moins, il ne nous a pas été possible de découvrir, dans tous les écrits de Luther, un seul passage de ce genre, et les deux tables analytiques des éditions de Leipzig et de Walch, faites avec tant de soin, ne contiennent à cet égard aucune indicaliun.