‹ La réformeChapitre 111 sur 270 · DE SAINT MATHIEU, CH. XIX · texte numérisé non relu

DE SAINT MATHIEU, CH. XIX

l'homme, en ce cas, no fait que tomber d'un péché dans un au • tre ; celui, par exemple, qui demeure chaste et se défend des ardeurs impudiques, celui-là, du moins, ne tarde pas à tomber dans l'orgueil et dans quelque autre péché. Et la parole de Dieu, et ma propre expérience m'attestent que lorsque nous nous trouvons en danger de mort, ou dans quelque autre détresse extrême , nous n'avons aucune volonté libre pour garder les commandements de Dieu. Ensuite, il faut aussi remarquer cette autre doctrine tirée de ce texte, et qui ne s'ensuit pas plus que la première ; le texte ne dit pas que nous gardons les commandements de Dieu , il dit : Si tu veux entrer dans la vie , garde les commandements de Dieu. Jésus-Christ ne dit pas : Tu les gardes, mais •• Tu dois les garder, annonçant ainsi ce que nous devons à Dieu. Si dont nous ne les gardons pas, qu'aucun de nous ne s'imagine qu'il entrera au royaume des deux. Si ces gens n'étaient frappés d'aveuglement et de démence , ils verraient que Jésus -Christ ne dit pas ce que je puis faire, ni ce que j'ai fait, mais ce que je dois faire. De ce qu'on dit que Jésus-Christ nous ordonne de garder les commandements de Dieu, il ne s'ensuit nullement que nous les puissions garder. Il dit seulement ce que je dois faire ; et là-dessus ils vont disant que je peux le faire. Il s'en faut de beaucoup, camarade, et il y a une grande différence entre devoir faire et pouvoir faire *. »

Luther avait ensuite recours à divers expédients pour infirmer la force probante du récit de l'Evangile. Une fois, entre autres, il conseillait à ses adhérents de ne point tenir compte de la lettre de TEcriture, et de se prévaloir de Jésus- Christ qui est en dépit de tout le maître de l'Ecriture.

« S'il se trouve qu'un homme n'a pas assez de science pour être en état de se défendre avec avantage contre les passages de la Bible qui parlent des œuvres , et de les comparer avec ceux où il est question de la foi , et que pourtant il lui faille entendre nos contradicteurs vanter et faire valoir, avec force clameurs , ces passages touchant les œuvres , qu'il leur fasse avec la plus grande simplicité cette réponse : « Ecoute bien ; tu fais grand fracas de l'Ecriture qui pourtant est soumise à Jé-

' Sermons inédits de Luther, publiés par Bruns, p. 121 et suiv. — Il esta remarquer comment Luther, dans ce morceau comme en beaucoup d'autres endroits, oppose à la justilicalion par impulalion raccomplissemcnt de la loi par les forces propres de l'homme. Pourtant il savait très-bien que l'Eglise catholique n'a jamais enseigné que raccomplisiement de la loi arec le secouri et par la vertu de la grâce.

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