CONTRADICTION INSOLUBLE
« Justus Deus,^> tant celte habiUide tient chez moi par ses racines. Voilà quel rnal peut faire et quelle puissance peut avoir une doctrine fausse et impie, quand les cœurs en sont souillés et empoisonnes dès l'enfance. Et jusqu'alors , les anciens docteurs l'ont à peu près tous interprétée ainsi *. »
Un peu plus tard, en 1530, il confessa encore deux points remarquables : d'abord, que lui-même, qui puisait pourtant dans cette doctrine seule toute sa consolation et sa confiance, il éprouvait néanmoins beaucoup de difficulté, pour ne pas dire une entière impossibilité, à la bien réaliser en pratique et à régler sur elle tous ses sentiments religieux. Cette intime et profonde contradiction d'une doctrine qui^ d'une part, veut que l'homme s'applique avec zèle et consciencieusement à la partie active de sa vie religieuse et morale, et qui pourtant, de l'autre côté, prétend que tout cela n'a aucune valeur devant Dieu, et que l'imputation des mérites de Jésus-Christ par la foi fait tout, cette contradiction fit sentir son empire à Luther lui-môme. « Cela m'arrive encore, à moi aussi , » dit-il % « que les œuvres me tirent en arrière, m'éloignant du Christ; et il me faut jour et nuit lutter à outrance contre elles. « — « Moi-môme, continue-t-il, j'ai appris jusqu'à ce jour, au prix de longues et pénibles luttes soutenues en mon âme, quelle chose difficile et purem.ent divine cela est de se familiariser avec cette pensée : Nous sommes justifiés par la grâce et sans les œuvres ; la seule foi en Jésus^Christ est cette justice unique, formelle et complète des Saints. Cela dépasse trop la force de conceplion du cœur humain, ainsi que toute intelligence et tout langage de la terre. » Ensuite, il laisse échapper ce remarquable aveu, qu'il est impossible de découvrir cette doctrine dans la sainte Ecriture, lorsqu'on ne fait que la lire et l'étudier, sans avoir expérimenté la cliose sur soi-môme. Il ajoute que c'est là ce qui arrive à tous ceux qui ont appris de lui ces paroles : « La foi seule justifie, » mais qui n'en passent pas moins, aveugles, sourds et muets, sur les passages les plus probants de l'Ecriture en faveur de cette doctrine, précisément parce qu'il leur manque cette expérience de la vie. Ce n'était donc que son état psychique in-
* E(L Walcli. ▼, 704. — 2 L. c. vu, 216ii.