‹ La réformeChapitre 117 sur 270 · RENONCIATION A TOUTE JUSTICE INTÉRIEURE · texte numérisé non relu

RENONCIATION A TOUTE JUSTICE INTÉRIEURE

dividuel qui l'avait amené à lire dans les Epîtres de saint Paul une doctrine que jusqu'à lui aucun mortel n'y avait découverte.

Dès 1516, il avait conçu l'idée que ceux-là précisément d'entre ses contemporains, qui aspiraient de toutes leurs facultés à la justice et à la vertu, étaient plongés dans une erreur profonde et une présomption coupable; car, selon lui, au lieu de se contenter de la justice toute faite de Jésus- Christ, qui nous est abondamment offerte en don, ils voulaient parvenir à une justice propre, afin de pouvoir ensuite se présenter devant Dieu en toute confiance, avec cette justice réelle, consistant en bonnes œuvres i. C'était une erreur contre laquelle il avait lui-même encore à lutter, et qu'il ne réussissait pas encore bien à vaincre. Mais la plus douce consolation, ajoutait-il, c'était précisément qu'on n'avait pas à tendre vers une complète pureté de péché, et qu'on devait, au contraire, demeurer pécheur, attendu que Jésus-Christ n'était pas descendu du ciel pour autre chose que pour habiter dans des pécheurs. Pourquoi donc serait-il mort, si nous ne devions arriver à l'apaisement de notre conscience que par nos propres efforts et nos propres souffrances ^ ?

Cette idée le conduisit, par une conséquence logique, à une autre idée^ exprimée dans une lettre écrite à Spalatin, en 1518. On y voit que, pour Luther, toute la religion se résumait en deux actes : un acte de désespoir et un acte de confiance : désespoir de soi et de tout ce que l'homme fait, même avec le secours de la grâce; confiance, au contraire, dans la grâce divine, qui pardonne et couvre. A proprement parler, dit-il, ce n'est pas tant l'œuvre qui plaît à Dieu, que l'accusation dont elle est la cause; Dieu ne nous a point ordonné les bonnes œuvres pour que nous le servions en les accomplissant, mais bien plutôt pour nous donner des occasions de craindre et de nous accuser nous-mêmes *. Car, en dernière analyse, tout doit tendre à l'honneur et à la

* LuUicri epp. éd. Aurifal)cr, i, 11.

' L. c. f. 12, a : Si enim noslris laboribus et alHiclionihus ad conscientiae quielein pervenire opoi tel, ulquid ille morliius csL?

* L. c. f. 50, a : Non lani opus, quam ejus illa accusalio Deo placet, ita ut peus opéra bona uiagis piteceperit ad occasioiicni lalis nostrœ accusalionis et linioris sui , quam m iii ipsi» qnaM-.it .^ihi '■erviii.

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