ASPIRATION A LA CERTITUDE DE L ETAT DE GRACE. I
gloire de Dieu, et on ne le glorifie précisément que lorsqu'on s'abandonne entièrement à sa miséricorde, et qu'on s'y confie d'autant plus qu'on désespère plus complètement de ses propres actes.
Ab; acl, t.vj oto) ; dans cettc formulc se concentre de plus en plus clairement toute la tendance religieuse de Luther. C'est la certitude que je veux : certitude de mon état de grâce, indépendamment de la voix de ma conscience ; certitude malgré le sentiment de ma coulpe et les nouveaux péchés que je commets sans cesse. Ainsi se développa chez lui son idée de la foi justifiante ; ainsi s'accrut de plus en plus son horreur pour la doctrine qui attribue aux œuvres une valeur devant Dieu. Il parle de cette aspiration de l'homme « à se parer de bonnes œuvres » et à apaiser sa conscience par la pureté de sa conduite, comme du mal secret^ du vice profond et capital du cœur humain, vice qui ne saurait être extirpé, ni même reconnu, à moins que l'homme ne soit tourmenté par les combats redoutables de la mort, de l'enfer, de la conscience, ou par les angoisses de l'espérance, de la prédestination éternelle, etc. Tout le reste, bien que ce soient de grandes vertus ou de grandes œuvres, aggrave ce mal bien plutôt que de le faire disparaître *.
Plus tard même, Luther assurait encore que la doctrine de l'ancienne Eglise touchant la valeur des bonnes œuvres n'était pas encore entièrement déracinée chez lui. « C'est là ce poché qui nous a si complètement envahis et enveloppés, et qui est si fortement attaché à nous, que nous vouillons toujours découvrir quelque chose que nous ayons fait, et en quoi nous puissions nous confier. Moi-même, j'ai encore de la peine à ne pas tomber dans ce péché ; et pourtant je me suis torturé et tourmenté à ce sujet de telle sorte que je suis étonné d'être encore en vie. Voilà la vraie meule que nous ne pouvons jamais nous ôter du cou ^ » Il enviait le bonheur des jeunes gens qui, élevés déjà dans sa doctrine, auraient bien moins de peine que lui à se défendre de cette erreur capitale 3. H s'habituait de plus en plus à ne plus guère parler de la doctrine de l'ancienne Eglise autrement, que
* Ed. Walch. iv, 1073 et suiv. — ' L. c, xii, 1802. 5 0pp. ial. léna, iv, 395.