LUTHER : DE LA VOLONTÉ SERVILE
« Toutes ces grandes et inexprimables abominations viennent de ce que Thypocrisie maudite, innée chez tous les hommes, ne veut pas être justifiée par la bénédiction et le don de Dieu, ne veut pas se laisser créer par Dieu, qui pourtant est le seul vrai Créateur, ne veut pas être la glaise et l'argile qu'on pétrit et travaille, mais veut elle-mômeôtre l'ouvrier, veutelle-même opérer et exécuter, tandis qu'elle devrait demeurer tranquille, se livrer aux mains de Dieu, et le laisser opérer, créer, agir et travailler en elle et par elle ♦. — Mais si tu me demandes : Comment faut-il s'y prendre pour devenir pieux ? ou bien -. Que faut-il faire pour que Dieu commence à agir en nous? je te répondrai : Eh ! n'entends-tu point que tu ne saurais ni commeuccr ni faire quoi que ce soit pour devenir pieux, pas plus que tu ne saurais t'avancer ni te rendre p:irfait. Dieu seul commence, perfectionne et achève. Tout ce que toi, tu entreprends et commences, est et demeure péché, si belle qu'en soit l'apparence ; quoi que tu fasses, lu ne saurais que pécher 2. »
L'idée favorite de Luther, à savoir que la volonlé de l'homme, privée de toute action spontanée pour le bien ou le mal, n'est, aussi bien pendant qu'après la conversion, qu'un instrument passif dans la main de Dieu, cette idée le conduisit plus loin encore. Elle l'amena à soutenir que tout en général, le mal de même que le bien, se fait par Dieu, que le libre arbitre de la créature n'est qu'une tiction, et que les païens, en admettant un destin dont les décrets réglaient fatalement toutes choses, possédaient une idée plus vraie et plus juste que tous les théologiens chrétiens avec leur vaine doctrine touchant la liberté de la volonté humaine. 11 est certain que Luther admet la domination absolue du démon sur la volonté de l'homme, tant que celui-ci n'est pas encore converti. « La volonté de l'homme, dit-il, est un coursier que chevauche le démon, jusqu'à ce que Dieu, comme le plus fort, désarçonne ce cavalier. » Mais suivant ses propres assertions, Luther doit en même temps considérer le démon comme l'instrument par l'intermédiaire duquel Dieu pousse la volonté de l'homme au mal, et lui fait consommer le péché; s'il plaît à Dieu de convertir un pareil homme, il fait vider la selle au cavalier, ou jette au loin son instrumerit, le démon, pour accomplir dès-lors dans l'homme, directement et sans intermédiaire, l'œuvre du salut.
» L. c I, 2. — 2 Œuvres de Luther, éd. Walch. xi, 12.