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ÉVANGILE

« pour leur propre personne ils n'ont aucune présomption*. >» Ce fut une idée extrêmement avantageuse pour Luther, d'avoir appelé simplement du nom d'« Evangile » sa doctrine sur la justification. Son exemple ne manqua point d'être suivi par tous ceux qui prêchaient et enseignaient la doctrine nouvelle, et ils répandirent rapidement cette dénomination, qui agit en Allemagne comme un charme irrésistible sur la masse des esprits incultes. Grâce à cette habile tactique, toute attaque contre la nouvelle doctrine, tout refus de l'adopter étaient jugés d'avance, et tous ses adversaires flétris du nom d'ennemis de l'Evangile. Et puis, quoi de plus facile, de plus attrayant, de plus consolant que ce passage de la loi à l'Evangile ^\

En outre, Luther mit en usage, dès l'origine de ses tentatives, un artifice dont il se fit ensuite, jusqu'à la fin de sa vie, une arme régulière, et qui lui servait à placer ses adversaires" sous le jour le plus odieux, de môme qu'à entourer sa propre doctrine, aux yeux du vulgaire ignorant, d'un prestige d'évidence irrésistible et d'irréfragable vérité. 11 affirmait, avec un air de naïveté et un aplomb qui sont sans exemple dans les annales de la discussion religieuse, et doivent encore aujourd'hui causer le plus profond étonnement à quiconque connaît la littérature de cette époque, que tous ceux qui écrivaient contre lui ou résistaient à sa doctrine : prélats, théologiens, princes, hommes d'Etat, étaient au fond du cœur parfaitement convaincus de la vérité de cette doctrine et d'accord avec lui sur tous les points principaux de son système ; qu'une malveillante jalousie chez les uns, un orgueil envieux chez d'autres , la cupidité et la crainte de perdre de riches prébendes chez le plus grand nombre, étaient le vrai motif qui les portait, en dépit de leur con-

' L. c. IV, 1212.

2 Un échantillon seulement de la manière dont Luther usait de ce nom, et à quels penchants du cœur humain il s'adressait ! a Le mot Evangile ne signifie rien autre qu'une bonne nouvelle, une nouvelle et consolante doctrine et prédication, annonçant quelque chose que l'on aime de tout son cœur à entendre. Ce ne doit pas être une loi, ni un commandement, qui nous pousse et exige de nous ce que nous devons faire, nous menaçant du châtiment ou de la damna- Uon, au cas que nous ne ferions point ce qui nous est demandé : car voilà ce que personne n'aime è entendre. » (L. c. xi, 1309).

180 EFFET DE l' APPROBATION GEJNERALE

viction réelle et de leur conscience, à défendre la doctrine de l'ancienne Eglise*.

Dans l'origine, à l'époque où parurent les premiers écrits de Luther, la réalité surpassa évidemment l'espérance qu'il avait pu concevoir du succès de ses idées. Il est donc naturel de croire que sa doctrine sur la justification lui parut douée d'une puissance morale irrésistible qui finirait par tout subjuguer et par envahir toutes les sphères de la vie religieuse, et imprimerait une direction nouvelle au sentiment religieux de l'époque contemporaine. 11 était pénétré de l'idée que, du grain de semence planté par lui, l'arbre de la nouvelle église s'élèverait par le développement nécessaire de sa vitalité interne, et cette confiance grandit d'autant plus qu'il crut remarquer que même les erreurs commises par lui, ou des tergiversations et des variations sur des points de détail ne pouvaient ni arrêter, ni comprimer le développement de la nouvelle doctrine et l'accroissement de l'église qui en devint l'expression matérielle. De là cette assertion caractéristique : « Tandis que je dormais et buvais de la bière de Wit- » tenberg avec mon Philippe et mon Amsdorf, la parole a tant » et si bien travaillé, qu'elle a fait à la papauté plus de mal » que ne lui en fit jamais aucun prince ni aucun empereur '. » De même qu'il s'habitua peu à peu à considérer sa doctrine comme le seul remède capable de sauver la chrétienté, de même, et cela allait de soi, il finit par se regarder comme le médecin chargé de dispenser ce remède, et qui seul pouvait guérir l'humanité plongée dans le mal *. Il mettait uniquement

• Presque tous ses écrits offrent des exemples de ce genre d'argumentation, et en si grand nombre que nous ne pouvons qu'en indiquer ici quelques-uns : « Nos ennemis eux-mêmes sont convaincus et contraints d'avouer que noire doclrine est la vérité divine. Car le Pape, les évêques, les cardinaux et autres drôles ont les yeux éblouis de son évidence. » — a Tous nos adversaires savent t;t sont forcés de confesser que notre doctrine est la pure vérité. » — c Nos contradicteurs eux-mêmes sont obligés de dire : Sa doctrine est certainement vraie; mais nous n'en voulons pas convenir, parce que c'est lui qui le dit, et que cette doctrine surgit dans ce coin, » (Ed. Walcli. vir, 1434, 649. — viu, 922).

« L. c. XX, 72.

3 «[ Priez, » disait-il après maintes espérances déçues, « priez, pour que le jour du jugement arrive bientôt ; il n'y a plus aucun moyen de sauver le monde : je l'ai essayé de mon mieux et de tout mon pouvoir; mais cela ne réussit nulle part, f> (Propos de tuble, pulJits par Fœrstemann, i, l(>r)).

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