SUR LUTHEU LUI-MÊME
sur le compte de la doctrine sur la justification l'altaiblissement et la décadence de la papauté : C'était, disait-il, le son des trompettes qui faisait écrouler les murs de la Jéricho papiste : c'était l'invincible arme offensive et défensive des protestants *.
Avant tout, Luther se regardait donc, dans son intime conviction, comme le véritable apôtre de l'Allemagne, qui n'aurait connu que par lui la vraie doctrine de Jésus-Christ. Car l'Allemagne, disait-il, n'avait point, à proprement parler, possédé le christianisme depuis le temps de saint Boniface jusqu'à celui où lui, Luther, s'était révélé, puisque la substance et la quintessence du christianisme, l'Evangile, la doctrine de la justification y était tout-à-fait ignorée ^ 11 allait plus loin encore : il avançait même que, depuis le temps des Apôtres, on avait défiguré et obscurci la véritable doctrine capitale de la religion chrétienne. « Maintenant, » dit-il, « on a » l'f^vangile presque aussi pur et aussi clair que l'eurent les >' Apôtres, et il est revenu à sa pureté primitive, et bien plus » pur qu'il n'était du temps de saint Jérôme ou de saint Au- » gustin. » — « Ainsi, TEcriture est demeurée si obscure de- »> puis le temps des Apôtres, et nulle part il n'en a été écrit » une exphcation sûre et constante s. » Depuis ces premiers fondateurs de l'Eglise, dit-il dans le Sermonnaire ecclésias-
• « Si elles (les secles) avaient enseigné cet article, en demeurant bien d'accord avec nous comme elles étaient d'abord, si elles avaient persisté à enseigner avec zèle que nous ne sommes justifiés devant Dieu ni par la loi, ni par noire propre justice, mais seulement par la foi en Jésus-Clirist, ce seul article aurait avec le temps couché le papauté dans la poussière, et eût réussi en cela, comme déjù on a réussi à abattre les confréries, les indulgences, la moinerie , la no7inerie^ les reliques, les idolâtres, l'invocation des saints, le purgatoire, la messe, les vigiles, les vœux et tant d'autres abominations. — Que la papauté en ce lemps-ci soit si faible et si débile, ce n'est pas certes à cause des attaques et des assauts des sectaires, mais à cause de ce seul article, que nous soutenons sans cesse par la plume, la parole et la prédication, et que nous soutiendrons, s'il plaît à Dieu, jusqu'au tombeau ; à savoir, que nous ne sommes justifiés que par la foi en Jésus-Christ, et non par la loi, et encore moins par les mensonges et les impostures du Pape. C'est cet article qui non-seulement affaiblit et fait chanceler le règne de l'Antéchrist, mais qui nous a aussi protégés et conservés jusqu'à ce jour; et si nous n'avions eu cette protection et cette défense, il y a longtemps que nous aurions péri, nous et les secles. — El si nous ne pouvions nous appuyer sur celte ancre, il nous faudrait encore adorer le Pape, et il n'y aurait ni moyen ni manière de s'en défendre, ni de l'empêcher (i:d. Walch. vni, 2027, ss, 2030).
- 0pp. lat. léno, m, 75, a. — ^ Ed. Walch. x, 5A9-551.
182 LA DOCTIl. DE LA JUSTIF., CRITÉRIUM DE l'ÉCRITURE.
tique, jamais la foi ne fut aussi pure et aussi lumineuse que de son temps. La rapidité avec laquelle la nouvelle doctrine se propagea, l'accueil enthousiaste qu'elle rencontrait, étaient naturellement aux yeux de Luther une preuve concluante de sa vérité et de sa divine origine. «Voilà, » disait-il encore en 1534, « voilà ce qui fait le prompt succès et le progrès de » l'Evangile, c'est que les consciences tourmentées ont soif » de cette doctrine, sur laquelle, au moins, elles peuvent » s'appuyer avec confiance et certitude; c'est aussi ce qui » nous arriva, à nous-môme, sous la pesante tyrannie de la » papauté, et au milieu des angoisses continuelles qui trou- >» blaient notre conscience malgré tous nos efforts et toutes » nos luttes *. »
Aussi s'ensuivit-il que la doctrine de la justification, comme cela d'ailleurs était fort naturel, fut constamment en lui le centre et le pivot de tout sentiment, de toute idée religieuse; et cette doctrine de l'imputation fut la seule qu'il crut réellement avoir conçue par une révélation spéciale du Saint-Esprit^. Tout ce qui concordait avec elle était maintenu; tout ce qui la contredisait, renversé. La valeur des livres du Nouveau Testament n'était appréciée par lui que selon le degré de facilité qu'il y rencontrait pour les adapter et les faire servir à la doctrine de la justification. « On a tort de « compter quatre Évangélistes et quatre Évangiles, car tout » ce que les apôtres ont écrit est Évangile. — Mais ceux qui » ont le mieux prouvé et le plus fréquemment prêché que la » seule foi en Jésus-Christ justifie, ceux-là sont les meilleurs » Évangélistes. Voilà pourquoi lesÉ[)îtres de saint Paul sont » plus Évangile que les livres de saint Matthieu, saint Marc et » saint Luc; car nul ne fait si vaillamment sonner la grâce « que nous possédons par Jésus-Christ, que saint Paul, sur- ). tout dans l'Épître aux Romains. — Ainsi la première Épître » de saint Pierre est aussi l'un des plus beaux livres du Nou-
* 0pp. lat. len. m, /i22, a. — Néanmoins, une année auparavant, il se plaignait déjà de la honte et du mépris qu'on infligeait généralement à cette doctrine. 0 Mais, dil-il, la renie qui voudra, curé, père, mère, prince ou seigneur; pour moi, je ne céderai point, ni ne reculerai ; mais je tiendrai ferme avec celle pauvre justice. » (Ed. Walch. v, 513, elc.)
* Colloquia, Meditationes, etc. éd. Rebenstock, r, 50.