LUTHER : DE LA PRIÈBE
de tous les démons qui ont mis en commun toutes leurs furces, leurs conseils, leur malice et leur ruse, pour fonder et soutenir cette abomination. » — «< Dieu veuille donner à tous les pieux chrétiens un cœur qui s'épouvante à entendre le mol Messe^ et les fasse se signer comme devant une abomination de l'enfer ^ »
Son antipathie pour toutes les « œuvres » en général s'étendait même jusqu'à l'œuvre de la prière; il déclarait que c'est folie que de chercher dans la prière la paix de l'âme. « De ce que la paix (avec Dieu) vient par la foi seule, elle ne peut venir par les œuvres, par la prière, ni par quelque autre chose que ce soit; l'expérience nous enseigne cela. Un homme a beau se tourmenter jusqu'à la mort, son cœur ne trouve point la paix jusqu'à ce qu'il commence à s'abandonner, à se confier, à se reposer en la grâce de Dieu^. » 11 interdisait même à ses adhérents de persister avec persévérance dans la prière, d'implorer et d'invoquer avec insistance la grâce divine. « Dieu a promis de nous entendre et d'exaucer » nos prières; c'est pourquoi, lorsque tu auras prié une fois » ou trois fois , tu croiras que tu es exaucé, et tu ne prieras « pas davantage, afin de ne point tenter Dieu ou lui montrer
' Ed. Walch. xx, 4 38i!i. — xvi, 2002. — xix, 1576. — « J'aimerais mieux,
disait-il, avoir été un (ttgovc^ocx-o;) ou un voleur de grand chemin,
que d'avoir, quinze années durant, sacrifié et Jolaspiiémé ainsi Jésus-Cluist dans des messes. » (L. c. xxn, 1236). — El pourtant ce même homme, qui déclarait que la messe était la plus horrible abomination de ce monde, un blasphème audessus de l'expression humaine, ce même homme, en 1539, conseille à M. Weier, étudiant de Poméranie, de s'appliquer à gagner son père, zélé catholique, en se conformant à ses idées dans tout ce qui est religion, en jeûnant et priant avec lui, en écoutant la messe avec une apparente dévotion, et en invoquant les saints. (Colloquia, meditationes, etc. éd. Rebenstock, ii, 82, b.)
- Ed. Walch. xv, 18J/i. — Même dans les écrits destinés à l'instruclion du peuple, il se pcrmellait des expressions qui désignaient la prière comme une chose toiit-à-fait superflue. • La pré|)aration des voies du Seigneur, » dit-il, par exemple, dons le Serroonnaire, « ne consiste nullement à ce que tu te veuilles » dignement préparer par la prière, le jeûne, les pénitences, les mortifications D cl tes propres œuvres, comme le recommandent à celte heure tous les sermons » qu'on prêche pour l'A vent ; mais elle consiste à ce que tu reconnaisses et con- » fesses au fond de ton cœur que tu es indigne, pécheur, misérable et condamné » avec toutes les œuvres que tu peux faire, l^lus un cœur est plein de cette dis- » po!-ition, mieux il prépare les voies au Seigneur, dût-il même pendant ce T> temps ne boire que de la malvoisie, se promener sur des jonchées de roses et n i\e point protwiucv un moi de prière. » (L, c. xi, 149. -- Voy. aussi le tome premier du présent ouvrage, pog. 316.)