DE LA PRIÈRE
.. de la niéliance*. » Communément on regarde comme une preuve de son zèle pour la prière l'oraison que Guy Dietrich l'entendit un jour prononcer; cette oraison, comme presque toutes les manifestations de sa pensée, était empreinte d'un caractère tout polémique : il n'y demandait ni pureté ni grâce sanctifiante; ce qu'il implorait de Dieu, c'est qu'il voulût châtier et anéantir les adversaires de la nouvelle doctrine et de la nouvelle église*. Lui-même rangeait l'assiduité à la j)rière parmi les pratiques auxquelles il se livrait avec ardeur étant moine, mais qu'alors (depuis son début dans la carrière de réformateur) il avait oubliées. » Comme j'étais encore moine, je me tourmentai et me fatiguai chaque jour, durant près de quinze ans, à dire la messe, à jeûner, à veiller, à prier, et à d'autres exercices pénibles : car je m'imaginais bien sérieusement de devenir juste et saint par mes œuvres, et pensais ne jamais pouvoir renoncer à cette vie. Mais à présent, Dieu merci ! j'ai oublié tout cela ^ » Il se plaint même d'être arrivé à ne pluslpouvoir réciter seulement le Pater, sans que des pensées étrangères viennent se mêler à sa prière. « Si tu peux le réciter sans qu'il te vienne d'autres idées, tu es un grand maître; moi, je suis content si je parviens seulement à expulser, à écarter les pensées étrangères* . » En outre, il se plaint d'être devenu faible et tiède, quant à la prière, depuis son changement de religion. « Néanmoins je sens bien que je ne prie plus aujourd'hui Dieu avec la même ferveur que je mettais jadis à prier les Saints \ >» Sa femme ayant parlé, comme d'un fait généralement connu, de ce que tous, depuis qu'ils avaient pris parti « pour l'Évangile, » ils étaient devenus plus négligents et plus indifférents pour la prière, et lui en ayant demandé la cause, il convint que les Luthériens étaient de glace à l'endroit de la prière, bien qu'ils y fussent engagés par le Saint-Esprit ; et , quant au zèle des papistes, il l'expliqua en disant que, poussés sans cesse par le diable
* Ed. Walch. xi, 1631.
* Vie de Malhesius (l'ancien), par Balth. Matliesius, pag. 85. ^ Ed. Walch. v, 619.
* Cilé dans THist. des Cérémonies religieuses en Saxe, parGerbur, pag. 243. s Strnions inédits de Lulher publ. par Bruns, pag. /jS.