PRIÈRE HOMICIDE
dont ils étaient les serviteurs , ils s'appliquaient assidûment et péniblement à leur culte i.
Quelquefois il avait besoin de s'exciter d'abord à la colère et à la haine contre le Pape et les papistes, pour donner quelque chaleur à sa prière par trop froide. « Je suis quelquefois si froid et si rebuté, que je ne puis prier. Alors, je me bouche les oreilles, et dis : « Je sais que Dieu n'est pas loin de moi , et il faut que je l'invoque et crie vers lui. Puis, je me remets deyant les yeux l'ingratitude et la vie abominable de mes contradicteurs, du Pape, de sa clique et de sa vermine ; cela m'échauffe un peu, je m'enflamme de colère et de haine, et je dis alors : Seigneur , que ton nom soit sanctifié, etc. Voilà comment ma prière s'échauffe et se ressent de mon ardeur. » — « Je n'ai point de meilleur auxiliaire que la colère et l'emportement ; car lorsque je veux bien penser, écrire, prier ou prêcher, il faut que je sois en colère ; cela rafraîchit ma prière, aiguise mon esprit, et chasse toutes les pensées de découragement et tous les doutes' ». A la place de cette humble espérance qui remet tout à la volonté de Dieu, et que l'Eglise regarde comme la disposition la plus favorable pour la prière, Luther mit une confiance hardie, orgueilleuse^. Il est souvent question, dès-lors, surtout dans ses lettres, d'un genre tout particulier de prière , à savoir, de la prière contre certaines personnes détestées, la prière homicide { dàs Todtbeten). A\ns\, Luther menaça Emser de prier contre lui , afin que Dieu voulût bien le faire mourir. Ainsi encore , il engagea son ami Vencesîas Link à prier contre le duc Georges, afin que Jésus- Christ , ou le convertît ou lui ôtàt la vie. Cordatus devait prier contre Carlstadt, afin que, dès cette vie , Dieu le payât selon ses œuvres \
Par le développement rationnel de sa doctrine sur la justification, Luther, qui jadis avait exalté si fort Jean Tauler, en
1 Ed. Walch. xxii, 810. — * L. c. xxii, 1237. — * L. c. xx, 2755.
* Adhuc niodicum el orabo contra eum, ut reddat ei Dominus secundum opéra sua; melius est enim, ut morialur, quam ut sic pergat, coutra conscientiam suam, Chiistum blasphouiare. Epp. éd. Aurifaber, ii, 204, b. — L. c. f. 59, 8. — Tu ora contra eum — Carlostadium — ul reddat ei Dominus btatim secundum opéra sua. Correspondance de Luthtr^ ■publiée par Schiitze, ii, 121.