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LUTHER : DES LOIS ET DES CONCILES

lait point renoncer à l'idée qu'il fallait condamner des jeûnes prescrits par des commandements religieux, et, par cela même, obligatoires pour les consciences. Quant à Tidée que des mesures de police sont un pauvre équivalent à substit^ à des institutions ecclésiastiques, et que des jeûnes ordomj^ de par l'autorité publique, ou tomberaient promptementsous le poids du ridicule, ou conduiraient à une tyrannie intolérable et aux vexations d'une police arbitraire, cette idée ne paraît pas s'être présentée à l'esprit de Luther.

Plus le Réformateur s'affermissait dans l'opinion que toutes les lois de l'Église, qui prétendent obliger les consciences des fidèles, provenaient du mal, plus il sentait aussi se développer en lui l'antipathie et la colère contre les conciles de l'Église, et contre leurs décisions et leurs canons. Voici quelle était sa théorie. On ne peut rejeter les lois en général d'une manière absolue; seulement elles ne doivent point empiéter sur la conscience des fidèles ni leur imposer aucune obligation, parce que le chrétien, ayant le sentiment de sa justice imputée et de son état de grâce , doit être entièrement libre dans sa conscience. Dès qu'il y aurait devoir de conscience, il y aurait péché de transgression , ce qui aurait pour conséquence de faire retomber Thomme du règne de l'Évangile sous la domination de la loi, et de lui faire perdre la foi justifiante et tous ses bienfaits. Or la foi et la justification ne peuvent ni ne doivent dépendre de l'observation d'une simple loi , nécessaire peut-être pour le maintien de la discipline ecclésiastique et de l'ordre*.

iet la jeunesse. — J'aimerais encore qu'ainsi l'on jeûnât toute Tannée le vendred soir, comme étant un jour particulier. » — « Quelqu'un ayant rapporté que le roi de Danemark et le duc de Holstein avaient ordonné un jeûne de trois jouis, afin d'exhorter le peuple ù la paix et à la prière, le docteur M. Luther dit : Voilà qui est bien, j'aimerais que les seigneurs rétablissent cette coutume : c'est d'une grande humilité extérieure, et si l'humilité intérieure s'y vient joindre, cela est bon. » — a Si je pouvais seulement obtenir que l'autorité prescrivît, de son chef, comme pratique extérieure et mesure de bonne police et discipline, de s'abstenir deux jours par semaine de viande (seulement, pas le vendredi et le samedi, mais deux autres jours, à cause du Pape et pour ne pas blesser les consciences), ce serait une bonne discipline extérieure. » (L. c. vu, 765. — xxir, 1507, 1501.)

* Luther insista parliculi^remenl sur cette dillt-rence dans le Commentaire sur l'KpîIre aux Galates. « Je distingue donc entre ces deux choses : imposer une loi, et imposer quelque chose à la conscience. On peut bien imposer une loi, pourvu qu'on laisse à la conscience sa liberté et son indépendance, afin

I 90 LUTHER : DES CONCILES. — DU DOGME DE l'ÉGLISE ;

Il faut remarquer, en outre, que pas un seul des nombreux conciles tenus dans l'Église depuis quatorze siècles n'avait énoncé cette prétendue doctrine capitale du christianisme, la doctrine de la justification par imputation, ou l'avait seulement supposée et rédigé ses canons en conséquence. Tout au contraire, la discipline instituée par les canons pénitentiaux des anciens Conciles est une protestation permanente contre cette doctrine. Aussi, dès 1524, Luther écrivait-il à un ami «que le nom de concile lui était presqu'aussi suspect et aussi odieux que celui de libre arbitre; qu'au concile apostolique ( de Jérusalem) on avait déjà traité davantage des œuvres et des traditions que de la foi, et que dans les conciles postérieurs on n'avait jamais discuté sur la foi, mais seulement sur des opinions et des questions de controverse. * »

II ne jugeait pas plus favor.'\blement du premier concile œcuménique; car, dans son Sermonnaire ecclésiastique, il dit « que c'est une chose absurde que les conciles veuillent décider et ordonner ce que l'on doit croire, « tandis que sou- » vent il ne s'y trouve pas un seul homme qui ait un tant » soit peu goûté du Saint-Esprit , comme il arriva au concile » de INicée . » — « C'est, dit-il encore , une des plus grandes » calamités de la chrétienté que cette abominable et exécra- » bie superstition , qui fait croire aux gens que les conciles » possèdent le Saint-Esprit 2. »

Cependant il s'agissait de savoir quelle forme il conviendrait de donner au dogme de r Eglise^ et comment on le mettrait d'accord avec les prétentions de Luther et avec les faits. Cette question devenait de plus en plus urgente. Pendant un temps assez long le Réformateur montra une certaine crainte de s'engager dans les difficultés, assez effrayantes en effet, dont cette question était hérissée. Et pourtant les plus grandes parmi les difficultés qu'il allait rencontrer ne s'étaient pas encore révélées, et il n'en entrevoyait la plupart qu'à travers une sorte de nuage trompeur. Déjà les flots de la Réforme, partant du dogme de la justification, comme d'une

qu'elle reste pure, qu'elle ne s'attache qu'à Jésus-Christ, le fiancé, et ne connaisse d'autre appui ni d'autre consolation que la grâce de Dieu, Que la loi intervienne, c'est aussilôt tenter Dieu. (L. c. vin, 1039. ) »

< Epp. éd. Aurifaber, ii, 243. ~2 Ed. Walch. xj, 1891.— xix, 103A.

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