DE SAIINT MATTHIEU, CH. XXIV
Mais il ne faut pas s'en étonner, puisque Jésus-Christ luimême nous a expressément mis en garde contre ces erreurs, et prédit à dessein que les élus eux-mêmes seraient séduits et erreraient. L'usage que le Réformateur fait du passage auquel ces expressions sont empruntées (Saint Matthieu, ch. XXIV, y. -24) est tellement caractéristique, que nous croyons devoir entrer dans quelque détail à ce sujet. Jésus- Christ, en disant « pour séduire même les élus, » ajoute ces paroles: «*S/ cela éiait possible, » donnant ainsi clairement à entendre que, même à la fin des temps, même aux prodiges des faux christs et des faux prophètes, les élus ne seront point induits en erreur. Luther cite ces paroles plus de douze fois, mais en les dénaturant par la suppression des dernières paroles si décisives. Puis, leur supposant un sens tout opposé au sens véritable, à savoir, que précisément les élus seraient réellement séduits, il applique cela à tout le temps écoulé depuis la mort des Apôtres jusqu'à l'an 1500, et termine en disant que Jésus-Christ, par ces paroles, a clairement averti qu'on ne doit ni croire le témoignage des saints , ni se régler sur leur exemple. « L'argument de la sainteté, Jésus-Christ le détruit en disant que les élus seront séduits. Voilà pourquoi ces ânes stupides ne gagneront rien à dire que l'Eglise n'a point été abandonnée pendant un si long temps, et qu'elle savait aussi très-bien tout ce que Luther allègue et prétend savoir aujourd'hui. » — « Ce que les papistes, dit-il encore, nous opposent de plus fort, c'est de dire : * Tant de saints hommes
perpétuité de l'Eglise avec les erreurs et les péchés sans nombre, où elle serait tombée d'après sa théorie, ll'en sérail de l'Eglise entière, comme du fidèle en particulier ; celui-ci, bien que iidèle et juste, continue à pécher; mais les péchés lui sont pardonnes, aussilôt commis. U en est de même de l'I-lglisc : elle retombe sans cesse dans le péché et dans Terreur, mais Dieu lui pardonne; elle ne cesse pas pour cela d'èlre la véiitablc Église de Dieu. « L'Eglise est sainte, il est vrai; mais être saint ne signifie point êire en ce monde sans erreur ni péché; cela signifie (Ejihés. V, 27) être saint en esprit par la paiole de Dieu, et pourtant être par la chair dans le péché, qui nous est pardonné pour Tamour de Jésus-Chris!, mais ne devient pas pour cela justice et vérité. Car le péché et l'erreur pardonr.és n'en sont pas moins péché et erreur, et jamais ne de\iendront vérité, bien qu'ils ne nous condamnent point. » (L. c. xvi, 2027 . Du reste, Luther, comme on peut le penser, ne fut point constant dans ses idées sur ce sujet ; plus «ouvonl , il s'exprime comme si fÉgliseeûtété totalement perdue jusqu'à son avènement.
194 l'ANC, égl. représ, comme la babylone de l'apocal. et de docteurs se seraient-ils donc trompés? Et, ce disant, ils ne voient pas cette parole (Saint Matthieu, xxiv, 2i) leur tomber sur la tête, à les faire chanceler. Qu'y a-t-il à leur répondre? Cette parole est là, nue et claire; et il faut bien que nous la croyions et la laissions où elle est. — Ou bien voudraient-ils donc que Jésus-Christ ne fût pas plus saint que leurs saints, et que sa parole ne valût pas autant que leur parole ?» — <' Tu vois donc combien l'Eglise ressemble, sur ce point, à la Synagogue, et comme il y a peu de gens qui restent purs de cet-te erreur et de cette perdition, puisque non-seulement les meilleurs y tombent, mais que les élus mêmes en seront séduils *. »
C'est de la même manière qu'il s'efforça d'appliqusr aux chefs de l'Eglise chrétienne les paroles de Jésus-Christ contre les pharisiens, et d'en déduire le droit de rejeter l'épiscopat ecclésiastique ^. Quant au sort des chrétiens avant lui, il déclara plusieurs fois nettement que « sous la papauté le ciel était fermé; nul homme n'y a été sauvé ; car quiconque approuve la religion des papistes est nécessairement perdu à jamais dans l'autre vie '. » — Mais, d'autres fois aussi, il écarta la question relative au sort de nos ancêtres catholiques, sous prétexte que la génération actuelle n'avait que faire de s'inquiéter de cela ^. Ayant déclaré, dans d'innombrables passages de ses écrits et de ses sermons, que le Pape était l'Antéchrist prédit dans l'Ecriture, ij put répondre à ceux qui invoquaient l'autorité de l'Eglise, comme il le fît entre autres en i534 : « Parce que vous faites les fonctions ecclésiastiques, ce n'est nullement à dire pour cela que vous soyez l'Eglise ; car il est écrit que l'abomination peut se tenir au saint lieu, et que l'Antéchrist sera assis dans le temple de Dieu. L'Eglise ne sera donc reconnue qu'à la foi en Jésus-Christ, et non à la fonction ni au nombre ^. » Faisant
* L. c. XIX, 2013. —XI, 2511. — xix, 1432.
* « Ici (S. Mallliieu, xxvi, 12), il est grand besoin que Ton entende le Sauveur, comme il avertit et odonne : gardez-vous du levain des papistes, qui veulent être l'Église et gouvtiner TÉglise, de même que les Pharisiens et les Sadducéens voulaient gouverner la Synagogue. Car, il ne parle point des hérétiques, mais des évêques légilimes préposés aux peuples et assis dans la chaire de Moïse (L. c. vu, 425).
a L. c. xiii, 347, 2300. — > * L. c. m, 556. — * L. c. vi, 556.