SCRUPULES DE LUTHER
ainsi de l'ancienne J^glise la Babylone de l'Apocalypse, il pouvait lui faire l'application de ces paroles de l'ange (Apocal.xviii, t. *), exhortant à sortir de cette Babylone*.»
Et, chose bizarre, ce même homme qui, d'après cette manière de voir, devait regarder comme le devoir le plus impérieux de répudier au plus vite une Eglise entièrement déchue, et privée de tous ses droits et de ses moyens de salut, ce même homme ne craignait pas de dire que ce n'étaient point lui et ses adhérents qui avaient commencé le schisme, mais qu'on les avait expulsés de force ^. »
Mais ce qui est bien plus surprenant, c'est que, d'un autre côté, Luther s'exprime aussi relativement à l'Eglise , à ses privilèges et à sa propre position vis-à-vis d'elle, en termes qui confirment et expliquent ce que nous avons dit de ses angoisses et de ses remords de conscience, et qui, comme de raison, forment le contraste le plus tranché avec le reste de ses doctrines. D'abord, il pense que c'est une chose bien dure que de taxer ainsi d'erreur tous les Pères de l'Eglise ^ ; ensuite, il accorde qu'il faut laisser aux papistes la gloire de posséder la foi, l'Evangile, les sacrements, le nom d'Eglise chrétienne, etc., et qu'ils sont dans le sacerdoce, absolument comme les lévites que Jésus-Christ n'en put expulser *. Il reconnaît que ce que les papistes allèguent touchant la pro-
' « L'Église du pape est pleine de mensonge, de démons, d'enfer, de meurire et de toutes les misères; elle en fourmille, et c'est là qu'il faut entendre les paroles de l'ange de l'Apocalypse, ch. xviiî, f. k : Sorlez de celte Babylone, mon peuple I Que vous n'ayez point part à j-es péchés, et ne soyez point enveloppés dans ses plaies I (Ed. d'Iéna, 1562, vu, 414, a.)
' t Le pape nous lient pour rebelles et hérétiques, comme nous étant séparés de l'Église, dans laquelle nous avions élé baptisés et instruits. Mais ce n'est pas notre faute, à nous : ce sont eux, au contraire, qui se séparent de nous, qui nous expulsent de l'Église, nous et notre parole. Nous devons ici nécessairement conclure que le Saint est avec nous, eu Israël, et non avec le pape » (Ed. Walch, ti, 833).
• « Ces misérables papistes nous tourmentent maintenant avec cet argLimenl, disant : Penses-tu que tous les Pères se soient trompés ■' Et vraiment, c'est chose difficile à dire, particulièrement de ceux qui furent les plus excellents, tels que saint Augustin, saint Ambroise, saint Bernard, et tant d'autres hommes des plus habiles qui ont gouverné l'Eglise par leur p;irole el leurs écrits, qui ont élé décorés du beau nom d'Eglise, et dont nous aimons el vénérons les travaux. Mais, en vérité, rien de plus intolérable et de plus grave n'a été reproché à «aiut Noé, qui seul est glorifié ici, comme pieux el juste. » (L. c. i, 753.)
• L. e. TU, 2505.