‹ La réformeChapitre 131 sur 270 · SCRUPULES DE CONSCIENCE DE LUTHER · texte numérisé non relu

SCRUPULES DE CONSCIENCE DE LUTHER

tection de l'esprit de Dieu promise à leur Eglise, est extrêmement spécieux, et toul-à-fait capable de gagner les hommes et d'intimider les adversaires de cette Eglise *.

« Il y a, dit-il encore, un argument qu'il est excessivement difficile de leur disputer et de leur ôter ( aux papistes ), et que nous-môme avons beaucoup de mal à résoudre ou à réfuter, d'autant qu'il faut concéder tout ce que nous leur concédons, à savoir que dans la papauté est la parole de Dieu el l'apostolat, et que nous avons reçu d'eux l'Écriture , le baptême, le sacrement et la chaire ; *que saurions-nous sans cela de toutes ces choses. Aussi faut-il bien que la foi, l'Église chrétienne, Jésus-Christ et le Saint-Esprit soient avec eux. Que fais-je donc, moi qui viens prêcher contre eux , comme l'écolier contre le maître ? Voici donc quelles pensées viennent assailhr mon cœur : Je vois à présent que j'ai tort. Oh ! plût à Dieu que je n'eusse jamais commencé, ni jamais prêché un seul mot ! Qui donc, en effet, peut s'élever contre cette Eghse dont nous disons dans la foi : Je crois une sainte Eghse chrétienne? Or, je trouve cette

* « C'est une chose capable de démonter un homme et de l'efrrayer, que le pape et les siens se vanlent d'êlre TEglise chrélienne. Ce mot o sancta Ecclesia, » vous intimide. Voilà donc qu'ils se lèvent et disent : « Prêche et fais ce que tu voudras, et comme tu pourras, cela n'empêche pas que c'est ici VEcctesia christiana. C'est ici la barque de saint Pierre, qui peut bien être ballottée sur les flots de la mer, mais qui ne sombrera ni ne périra point; nous sommes le vrai peuple de Dieu, l'Eglise chrétienne; que feras-lu ? Quiconque prêche conire elle, est de Salan. » Que ferai-je donc? Et de quoi me rassurerai-je? Si l'on venait ainsi me jeter ù la tête et me mettre sous les yeux le beau nom de l'Eglise chrétienne, moi-même je n'y tiendrais pas! Plutôt que d'irriter l'Eglise chrétienne et de proférer un mot conire elle, j'aimerais mieux perdre dix têtes et être dix fois mort. Et pourtant il faut que je le fasse, comme nous voyons ici {saint Jean, ch. VIII, j^. 28) Jésus-Christ faire de même et prêcher conire ceux qui prétendent avoir avec eux le royaume de Dieu et le sacerdoce de Dieu. » — • Le pape fait grand bruit et se sent bien fort de ce texte {saint Jean, ch, xiv, ^. 17) ; et ce sont eux qui crient et se targuent envers nous que le Saint-Esprit est avec eux éternellement. Item : Nous sommes l'Eglise chrétienne : quand nous nous assemblons et décidons ou ordonnons quelque chose, c'est l'ordre du Saint-Esprit; car, on ne peut croire que l'Eglise erre et se trompe. Et ce texte les rend si grands et si forts, et si certains de leur affaire, qu'ils s'y appuient comme sur un mur d'airain; et ils ont ainsi perverti cet article, qui est notre suprême consolation, et scandaleusement renversé et corrompu ce texte. Car nous devons nous-mêmes croire et dire que le Saint-Esprit est avec l'Eglise, et qu'elle est et demeure certainement sur la terre; car il est écrit : Je crois une sainte Eglise chrélienne, etc. Or, ils ont de leur côté le grand nombre, eux qui se larguent de la sorte; et il semble grandement qu'ils soient les héritiers de la chaire des Apôlres; et avec cela ils ont si longtemps gouverné la chrétienté, » (L, c. vu, 2501; viii, 197.)

TOUCHANT l'Église. 197

Eglise également dans la papauté ; donc il faut que j'obéisse. Si je la condamne, je suis excommunié, rejeté et condamné de Dieu et de tous les saints. Que faire en cet état de choses? Il est bien difficile de tenir bon et de prêcher contre pareille excommunication <.» — « On ne saurait croire combien l'on est perplexe et chagrin ( comme il m'est souvent arrivé) d'avoir à enseigner et à croire à rencontre des Pères , alors que l'on voit que tant d'hommes intelligents, doctes et excellents, l'élite du monde', et puis tant de saints personnages, tels que saint Ambroise, saint Augustin^ saint Jérôme, etc., ont cru et enseigné.de telle ou telle manière. Et pourtant ce seul homme , mon cher Seigneur et Sauveur Jésus-Christ, doit être pour moi au-dessus de tous les plus saints personnages de la terre, voire au-dessus des anges du Ciel, s'ils enseignaient quelque autre chose que l'Evangile , ou s'ils ajoutaient ou étaient quelque chose à la doctrine de la parole de Dieu. Lors donc que je lis les livres de saint Augustin , et que j'y trouve qu'il a fait lui-même l'un et l'autre, en vérité, cela m'effraie fort. Puis viennent les clameurs de ces gens-là, qui crient : Eglise ! Eglise ! et c'est ce qui m'afflige le plus. Car c'est vraiment une tâche bien difficile, que de vaincre son propre cœur en ces sortes de choses, de s'éloigner de ceux qui sont en grande vénération et ont une telle autorité, de s'écarter, même de l'Eglise et de ne plus croire ni avoir confiance en sa doctrine 2. »

Une autre fois, il se console par l'idée que les protestants ne sont que schismatiques , mais non hérétiques : » Par la >» grâce de Dieu, nous avons ce témoignage que nous ne » sommes point des hérétiques, mais des schismatiques, qui » font schisme et scission, ce qui n'est point de notre fau-

' L. c. VIII, 479.

5 Dans ses Propos de table, il essaie une fois de se tirer d'embarras à l'aide de la distinction entre la doctrine et les œuvres; mais alors il oublie que c'est précisément sur la doctrine la plus essentielle qu'il accusait d'erreur l'ancienne église, a Les papistes, dit-il , s'appuient sur ceci : L'Eglise ne peut errer : or, nous sommes l'Eglise; donc nous n'errons point. A la première proposition, ad maforem, je réponds, moi, D'^ M. Luther : L'Eglise ne peut errer, cela est vrai, quant à la doctrine ; mais, dans les œuvres et les actions, elle peut errer et erre souvent; c'est pourquoi elle dit dans sa prière : u Pardonne-nous nos offenses et nos péchés. » Quant à l'autre proposition, miuorem, je la nie totalement. Si donc, raisonnant logiquement, on dit : Ce que l'Eglise enseigne purement est vrai, nous en tombons d'accord. Mais si l'on dit : Ce que l'église fait est bleu, nous ne l'accordons point et nous disons : Non 1 Voilà pourquoi il faut toujours considérer ce qui est enseigné ; c'est là l'essentiel. » (L. c. xxn, 948.)

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