SES TERGIVERSATIONS
te ^ ^ Enfin, il affirme simplement qu'il est impossible que l'Eglise erre dans le moindre article; qu'il est dangereux et terrible de douter et de disputer de choses que toutes les églises du monde et la chrétienté entière ont unanimement crues : « Quiconque doute de ces choses, est comme s'il ne croyait point une sainte Eglise chrétienne, et ne condamne pas seulement toute la sainte Eglise chrétienne comme une hérétique maudite, mais encore Jésus-Christ lui-même, avec tous les apôtres et les prophètes ^ »
Jamais Luther n'a pu sortir de ces tergiversations, de ces oscillations entre des vues diamétralement opposées, que trahissent ses discours à propos de l'Église, et jamais il n'est parvenu, sur ce point, à se former une conviction stable. Mais sa perplexité était bien plus grande encore, lorsqu'il s'agissait de défendre et de justifier la forme sociale de sa propre église, le principe de son origine, sa mission et la mission des nouveaux pasteurs et prédicateurs. On est vraiment frappé de surprise, lorsqu'on voit un homme, qui dans toutes sortes de choses faisait preuve d'un jugement sain et d'un coup d'œil pratique, tomber dans des incertitudes et des inconséquences sans nombre et dans un arbitraire sans tin, dès qu'il s'agit de traiter des questions de constitution et d'organisation ecclésiastiques. La première idée venue paraissait lui suiïire ; ensuite il donnait encore la préférence à ce qui s'écartait le plus de l'ordre de l'ancienne Eglise, ou à ce qui se présentait comme expédient au moment du besoin, sans songer le moins du monde à la longue chaîne de conséquences et de déductions que devaient traîner à leur suite les principes qu'il admettait ainsi. La raison de ceci est qu'il n'y avait aucun moyen de faire entrer dans son système aucune autorité ecclésiastique, aucune loi obligatoire pour la conscience individuelle. En vertu de sa doctrine sur l'antagonisme entre la loi et l'Évangile, le fidèle devait se savoir complètement affranchi de toutes les lois ecclésiastiques, par la possession de la justice imputée, et être tellement loin de concéder aux commandements de l'Eglise la moindre autorité sur sa conscience, qu'il devait
* L. c. XXII, 930.
' D'une leUre au margrave de Brandebourg, en 1532 (L. c. xx, 2096).