‹ La réformeChapitre 133 sur 270 · MISSION DB LUTHER. J · texte numérisé non relu

MISSION DB LUTHER. J

plutôt, pour attester et sauver sa liberté évangélique, faire tout le contraire de ce qu'exige la loi. La question était de savoir comment il serait possible, en présence de ce principe, d'établir et de maintenir un ordre et une discipline ecclésiastiques.

Le plus important des problèmes qui se présentaient ici à Luther, consistait à démontrer la mission en vertu de laquelle lui, ses aides et ses adhérents s'érigèrent en fondateurs d'une église nouvelle. A ce problème se rattachait étroitement une autre question, à savoir quel serait le principe constitutif de la nouvelle église. Sur cet article, Luther changea quatorze fois d'opinion en vingt-quatre ans.

En 1521, il déclara qu'il se llattait bien d'avoir commencé son entreprise au nom de Dieu ; mais que cependant il n'en était pas certain, et ne voudrait pas avoir à subir là-dessus le jugement de Dieu.— Avant que cette année ne fût expirée, il commença d'exiger une mission, soutenant qu'il n'appartient point à tout homme d'exercer cette charge (la prédication). <• Mais celui qui est appelé par la multitude ou par » ceux qui exécutent la volonté et le commandement de la » multitude, celui-là exerce cette œuvre au lieu et place de » la multitude et de la communauté *. »

En 1522, il prétendit que chacun peut prêcher et enseigner, môme sans mission ^, Mais il ne tarda pas à soutenir qu'il fallait avoir reçu mission pour prêcher, et que nul ne résisterait au diable, mais serait précipité dans l'enfer, si n'ayant point reçu mission il se livrait pourtant à la prédication ; qu'ainsi il saurait bien pousser une douche au diable et lui faire abandonner la partie, attendu qu'il savait très-bien comment, malgré ses refus, il avait été appelé par le Conseil de la ville de Wiltenberg à exercer les fonctions de la prédication ^ Néanmoins, quelques semaines seulement plus tard , il se prévalut de ce que nul homme , mais Jésus-Christ lui-même, l'avait fait évangéliste et lui

» Ed. Walch. xviii, 1551, 1669.

2 0|)|). lut. léna, ii, 553. — t Un chrétien a tel pouvoir qu'il peut e doit même, au milieu des chrétiens et sans mission d'aucun homme, se lever et enseigner, s'il s'aperçoit qu'il y manque un docteur; mais il faut que cela se passe avec convenance et a\ec décence, b {Kâ. Walch. x, 1802.)

' Sermons de Luther contre Carlsladt (Ed.. Wakh. xx, 65 ss.)

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avait donné sa mission du haut du ciel, et il se réjouissait de ce qu'on lui eût ôté et son titre de docteur et tous les masques papistes. Toutefois, cette môme année encore, il en revint à la mission que lui avait donnée la commune de VVittenberg, déclarant «que lous ceux qui tombent dans l'Eglise du haut du ciel, et prétendent avoir mission de Dieu sans intermédiaire, sont des imposteurs et des diables qu'il ne faut croire, à moins qu'ils ne fassent aussi des prodiges au nom du Ciel *. »

En 15>3, il revint à saj)remière idée, qu'il n'était pas besoin de mission, mais que chacun peut, sans mission, s'ériger en prédicateur, quand il voit que personne n'enseigne ou qu'on n'enseigne pas la vérité. Peu de temps après, il rétracta de nouveau cette assertion, disant que nul n'avait droit de se lever de son propre chef et de prêcher dans la communauté, mais que celle-ci doit choisir et instituer un de ses membres, et aussi, quand cela lui convient, le destituer '. En 1530, il persistait encore dans cette idée, que personne ne doit être admis à prêcher sans mission et de sa propre autorité, voulût-il même prêcher le pur Evangile , ou fût-ce même un ange, voire l'ange Gabriel descendu des cieux. II disait de soi-même et de ses fonctions de prédicateur : « Je ne l'ai jamais fait de bon gré (d'enseigner ces gens par mes livres), et je ne le fais même pas de bon gré aujourd'hui ; mais j'ai été, dans l'origine, contraint d'accepter cette charge, ayant été fait docteur de la Sainte-Ecriture, contre mon vouloir. Or, ce que j'ai commencé comme docteur de par le pape et l'empereur, il me le faut, en vérité, professer jusqu'au bout, et je ne saurais me taire ni m'arrêter, comme je le voudrais bien, quoique, ne fusse -je même pas docteur comme je le dis, je serais pourtant un prédicateur ayant mission et autorité pour enseigner les miens par mes écrits 3. »

' L. c. XV, 2379.— XIX, 837.— xi, 2548. — xx, 2074, ss.

* L. c. X, J802. —IX, 703.

3 L. c. V, 1061, ss. — En 1524, il prétend, si l.s nouveaux prédicaleurs disent que Dieu et son Esprit Jes ont envoyés, comme les Apôtres, qu'on les oblige à prouver leur mission par des prodiges et des miracles, sinon, qu'on leur interdise la prédication : a Car, lorsque Dieu veut clianjçer l'ordre régulièrement établi, il accompagne sa mission de miracles. Je n'ai jamais prêché ni voulu prêcher, sans avoir été prié et appelé par des hommes. Car, moi, je ne

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