‹ La réformeChapitre 135 sur 270 · LUTHER DEMAJNDE A SES ADVERSAIRES · texte numérisé non relu

LUTHER DEMAJNDE A SES ADVERSAIRES

commençait ses prédications. Bien plus, ce même homme, qui en 1522 avait déclaré que l'œuvre la plus méritoire était de concourir à la destruction des évêchés et à l'anéantissement du régime épiscopal, ce même homme écrivait en 1538 : » Je donnerais mille fois le monde entier, plutôt que de m'immiscer sans ordre dans les fonctions d'un évêque ; mais étant un docteur de la sainte Ecriture, il m'appartient de le faire : car j'ai juré d'enseigner la vérité ; sans cela je ne voudrais pas toucher à un cheveu de la tête d'un évêque *. » Une autre question, celle de confirmer sa mission par des miracles, est en corrélation intime avec celle que nous venons d'exposer. Ici Luther, quant au principe, se trouvait au même point de vue que les théologiens catholiques : car il posait en principe, comme eux, que quiconque s'attribue une mission extraordinaire, et, en vertu de celle-ci, s'érige en fondateur d'une nouvelle société religieuse, doit aussi, à l'inslar des apôtres, se légitimer par le don des miracles. • Celui, >» dit-il, « qui veut mettre sur le tapis quelque chose » de nouveau, ou enseigner autre chose que ce qui est en- » seigné, celui-là doit avoir mission de Dieu, et justifier de sa » mission par des miracles véritables. S'il ne le peut faire, /» qu'il passe son chemin ^ » Contre les prédicateurs protestants qui s'étaient séparés d'avec lui et son Eglise, il disait : « Ceux que Dieu envoie, y sont ou appelés ou contraints, ils ne s'en vantent point, et s'ils s'en vantent, ils le prouvent par des faits. — Mais, disent- ils, ils ont le Saint-Esprit? Je réponds : Si un homme te veut persuader qu'il a été mu du Saint-Esprit, et qu'il a agi par une impulsion chrétienne, tu lui diras : Puisque tu te largues tant de l'Esprit, montre-moi donc un prodige : car tu te rends témoignage à toi-même, et l'Ecriture m'a défendu de te croire lorsque toi seul rendras témoignage de toi^» 11 n'est pas jusqu'à Erasme à qui il ne demande, dans son livre de la Volonté servile, de confirmer par des miracles sa doctrine sur le libre arbitre de l'homme. « Eh bien donc! vous qui êtes les gens du libre arbitre, prouvez que votre doctrine est vraie et dérivée du Saint-Esprit, montreznous l'Esprit, faites des prodiges, produisez votre sainteté ;

* L. c. — Ed. Walch. nu, 842. — « L. c. ix, 1009.— ^ L. c. xi, 1907.

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quant à nous, qui nions votre doctrine, vous ne pouvez exiger de nous ni sainteté, ni miracles; mais vous qui la soutenez, nous devons en exiger de vous.» — Ici, cependant, se présentaient les théologiens catholiques avec l'argumentation que voici. Luther, disaient-ils, comme il l'affirmait lui-même, avait mission de renverser l'édifice actuel de l'Eglise et den édifier une nouvelle. Or, il ne pouvait supposer qu'il prétendît alléguer une mission régulière, c'est-à-dire une mission à lui confiée par cette même autorité ecclésiastique que son but et sa volonté était de combattre et de renverser. Ils lui rappelèrent que souvent il s'était lui-même donné pour un apôtre illuminé directement de Dieu et envoyé par lui d'une manière extraordinaire pour faire revivre l'Evangile, depuis longtemps enfoui. Ils lui remirent en mémoire que lui, qui avait dit : «< Je suis certain que Jésus-Christ me tient pour un évangéliste par la grâce de Dieu, » il avait pourtant écrit, d'autre part, au conseil de la ville de Mulhausen, que celui qui se dit envoyé de Dieu, comme les apôtres, doit prouver sa mission par des miracles; que, pour lui, il ne peut se vanter d'être envoyé par le Ciel sans intermédiaire, et qu'il ne prêche qu'autant qu'il est appelé par des hommes *. Et, en effet, dès-lors il répéta souvent que tout homme dont Dieu veut faire son instrument dans les choses de la religion, doit en apporter la preuve extérieure en faisant des prodiges ^

Enfin il commença à comprendre que cette prétention, élevée par lui à l'égard de tous les docteurs qui s'écartaient de lui , on pouvait, avec un droit égal au moins, la rétorquer contre lui-même. Cela étant, voici comment il s'exprime dans un sermon : « Si la nécessité l'exigeait, et qu'on voulût in-

• quiéter et opprimer l'Évangile, il nous faudrait en vérité en » passer par là et faire aussi des prodiges, plutôt que de

• laisser honnir et étoufTer l'Évangile. Mais j'espère que cela » ne sera point nécessaire et qu'on n'en viendra pas là 3. . Plus tard cependant il prit le parti de braver ouvertement les prétentions de ce genre. II veut, dit- il, faire aux papistes ce que Jésus-Christ {S. Matthieu, ch. xn, f. 39 ) fit aux Juifs. Ils

• L. c. XIX, 837. — XVI, 8. — • L. c. nr, 1075, — » L. c. ix, 1295.

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