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LUTHER : DU MÉPRIS DE SON AUTORITE

me le soleil éclipse tout. Il en fut de même des docteurs extravagants au commencement de l'Evangile. Ceux-là voulurent aussi éclipser Jésus- Christ , comme il avait éclipsé Moïse et les prophètes, et voulurent être tout, comme nous avons vu de nos jours Carlstadt, Munzer et autres prophètes célestes 1. « — « 11 est intolérable qu'on veuille nous condamner au silence, alors que ces gens (Zwingli et œcolampade) jettent la confusion et le trouble dans notre Eglise, et déprécient notre autorité; ils devraient penser que, s'ils n'entendent pas qu'on amoindrisse *leur autorité doctorale, la nôtre ne doit point non plus être rapetissée^. »

11 en revint donc à reproduire avec plus de rigueur la nécessité de la mission. S'il avait naguère soutenu qu'il fallait accorder liberté entière et universelle d'enseigner et de prêcher, il sommait maintenant les autorités temporelles de livrer au bourreau les prédicateurs intrus , c'est-à-dire ceux qui n'avaient point mandat du pouvoir de l'Etat^. Son malaise et le trouble de sa conscience s'accrurent encore lorsqu'on vit surgir dans son propre corps de doctrine, avec une évidence croissante, des symptômes qui rendaient probable une dissolution atomistique. Il sentit bien alors qu'aussitôt la grande lutte extérieure terminée , aussitôt la période de première fondation passée, commenceraient les luttes intestines, luttes auxquelles il était impossible d'assigner un terme, et que le pouvoir temporel, l'autorité pul)lique parviendrait seule à arrêter au prix du sacrifice complet de l'autonomie ecclésiastique. Déjà il se plaignait de ce que, dans sa nouvelle église, il y eût presque autant de systèmes que de têtes de prédicateurs ^; et il craignait qu'après sa mort l'explosion de l'anarchie fût complète ^

^ Ed. Walcb. vu, 2335.— ' Epp. éd. Aurifaber, ii, 302.

s u Le Christ parle ici {saint Matthieu, ch. vu, ^. 15) de ceux qui ont mission de prêcher : car, quant aux autres, qui vont prêchant sans charge ni mandat, lis ne valent pas qu'on les appelle faux prophètes ; mais ce soûl des vagabonds et des misérables, qu'on devrait recommander aux soins de maître Jean (le bourreau), et qu'il ne faut point souffrir (dussent-ils même enseigner la vérité), quand ils empiètent sur les fonctions et le mandat d'autrui, contrairement à l'ordre établi par l'autorité. » (L. c. vu, 909.)

* Videtis ipsi, quanlas in Ecclesia turbas ubique excitet Satan. Tôt enini sunt, opinionibus fere regnantibus, quot sunt ministroruœ capita. — Epp. éd. Buddeus, p. 288.

* L'an 1539, le 23 janvier, le D' Martin déplora les sectes qui seraient en-

rX)MMENT IL PEINT LES CHEFS DE SECTE. 211

Au milieu de toute cette rage dont il était animé contre les

* sectes et les factions, » il semble souvent qu'un malin démon se soit plu à conduire sa plume, et à lui faire décrire, d'une manière frappante, sa propre conduite et ses propres actions dans la peinture où il retrace les actes des sectaires, leurs artifices et leurs procédés. C'est ainsi qu'il dit, en parlant des Anabaptistes : « S'il avait fallu que les Anabaptistes commen- » cassent par prouver la vérité de leurs opinions par de bon- V nés raisons, ils n'auraient point séduit ni entraîné dans » leur parti tant de gens. Mais ils les entraînent en débitant » de grands mots, de gros beaux blasphèmes contre le bap- » tême : car le diable sait fort bien que la populace , alors » qu'elle entend de bons gros blasphèmes, y applaudit aussi- » tôt et y croit , sans autrement s'informer d'aucune raison, » d'aucune preuve *. » Or cet art , les Anabaptistes ne pouvaient l'avoir appris à une meilleure école que la sienne ; ils n'avaient qu'à lire et à relire les écrits de Luther contre la messe, l'épiscopat , le pape , le roi d'Angleterre, l'électeur de Mayence, le duc Henri de Brunswick et autres, pour y trouver entassée, dans un seul magasin, toute la provision de mots et de phrases de ce genre que possédait la langue allemande. Une autre fois il dépeint les sectes, leur égoïste dureté, la virulence de leur polémique, sous des couleurs qu'il n'avait pas besoin d'aller chercher bien loin. « Pour tout ce qui n'est » pas leur secte, ils ne savent ce que c'est que miséricorde, »» patience ou amitié; s'ils pouvaient perdre leurs adversaires,

• corps et àme, en une seule heure ou un seul moment, ils le » feraient. » — « En somme, que dire? Ce sont des cœurs fa- >' rouches, pleins d'amertume et de venin. Ils ont tous une » langue noire et envenimée, mettraient tout le monde en » pièces, et ne font que vitupérer, calomnier, juger, condam- » ner quiconque n'est pas des leurs^, » On reconnaît, dit-il ailleurs, les faux prédicateurs aux fruits que produit leur doctrine* ; et, cela disant, il oublie les aveux qui lui sont échap-

core formées par des faux-frères, c II arrivera, dit-il, qu'on écrira tant, que le plus infime grammairien ou philosophe voudra écrire des choses nouvelles et particulières, et nous retomberons encore dans les anciennes erreurs, » (Kd, Walch. txii, 1599.)

^ L. c. XVII, 2685. — 2 L. c. xr, 1917, — » L. c. xiu, 4^4.

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