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LES SECTAIRES ONT LA MÊME COTNFIAJNCE

pés touchant les fruits que sa propre doctrine a portés. «< C'est une chose très-scandaleuse, dit-il encore, que d'avoir affaire avec les hérétiques ; on a de la peine à les contenir, et ils traitent avec légèreté la sainte Écriture. Cela vient de ce qu'ils portent dans l'Écriture leur propre présomption , et qu'ils veulent la dresser, la plier, la façonner à leur tête et à leur intelligence 1. » On voit qu'il sait parfaitement expliquer pour quelle raison les preuves et les objections ne font aucun effet sur des sectaires 2.

Une fois même il alla jusqu'à se comparer avec les auteurs et les promoteurs de nouvelles hérésies, avec les factieux et les séducteurs. Les convertir, dit-il, est impossible, tant ils sont étroitement enfermés dans le cercle magique de leur erreur , et c'est aussi ce qui lui arrive avec sa doctrine de la justification, qui est pour lui d'une certitude inébranlable. Voici cet étonnant passage :

(' En ce temps, nous sommes forcés aussi de parler ainsi, à cause des chefs de sectes et des imposteurs, qui, quels qu'ils soient , ne sont jamais amenés à la vérité. Il arrive bien que quelques-uns se laissent convertir et reviennent, à savoir ceux qui ne sont pas encore trop endurcis dans l'erreur et trop solidement pris dans le charme. Mais, quant aux promoteurs et aux chefs de ce maléfice, jamais on ne parviendrait à les convertir. Car il faut qu'ils vérifient ce que saint Paul dit d'eux ( Ep. aux Galat., ch. iii,J^. i ), qu'ils ne peuvent souffrir la vérité, ni lui obéir, mais qu'ils ne s'inquiètent que de savoir comment ils pourront lui résister, et comment ils pourront escamoter,

* L. c. VI, 1395.

2 0 Je n'ai aucun espoir qu'on parvienne à convertir ceux qui enseignent une hérésie ou une doclrine fantastique; certes, si c'était cliose possible, ils seraient convertis, tant on a déjà écrit. Jamais on n'a encore entendu dire qu'un homme, qui avait inventé une fausse doctrine, eût clé converti : car ce péché est trop grand, blasphémant l'œuvre de Dieu et outrageant le Saiut-Esprit. — Voilà pourquoi les saints docteurs n'ont jamais converti un hérésiarque ; non qu'ils n'eussent assez combattu son erreur, et ne l'eussent réfutée par la vérité; mais parce que son cœur était possédé tout entier d'une folle présomption et qu'il lui arrivait comme à ceux qui regardent à travers uu verre de couleur : qu'on leur présenle telle couleur qu'on voudra, ils ne voient nulle autre couleur que celle de leur verre. La chose ne vient point de ce qu'où ne leur présente pas la vraie couleur, mais de ce que leur venc est teirtt d'une autre. — Voilà pourquoi l'on ne peut convertir de pareilles gens; rien ne sert qu'on leur n)ette la vérité sous les yeux ; il faut que Dieu leur ôle leur verre de couleur : car c'est ce que nous ne louvons faire. » (L. c, xx, 958.)

ET SONT PLACÉS AU MÊME POINT DE VUE QUE LUI. i 1 3

avec les gloses qu'ils imaginent, tous les arguments qu'on tire de rEcriture contre leur enchantement. Car ils sont tellement tenus sous le charme et frappés d'aveuglement, qu'ils sont con* vaincus de posséder la pure vérité, et la plus parfaite intelligence de l'Ecriture. Or, celui qui est dans ce sen tinrent, n'entend ni n'écoute personne ; et bien moins encore il ne cédera à un autre et lui donnera raison. Moi aussi, je ne puis rien entendre ni souffrir, qui attaque ma doctrine ; car je suis sûr et certain, par l'esprit de Jésus-Christ, que ma doctrine de la justice de Jésus-Christ est vraie et infaillible * . "

Ce qui l'embarrassait surtout c'était la ferme confiance que montraient tous les chefs de sectes nouvelles. 11 était impossible de nier qu'ils tinssent le même langage que lui, et s'appuyassent sur les mêmes principes qui lui avaient servi à fonder son propre édifice. Chacun d'eux, à les entendre, se sentait illuminé et stimulé par l'esprit de Dieu ; chacun d'eux savait manier avec adresse ces grands mots de « parole de Dieu, institutions humaines, Evangile ; » chacun d'eux parlait de l'apostasie de l'ancienne Eglise et de la nécessité de rétablir la doctrine chrétienne dans sa pureté, en remontant la puiser dans l'Ecriture sainte ; chacun d'eux, dès qu'on lui laissait le loisir d'émettre ses idées, trouvait un cercle de disciples dévoués et pleins de foi. Tous étaient amis de Luther, à certains points près; ils reconnaissaient volontiers qu'il leur avait frayé la voie; ses écrits leur fournissaient la matière des déclamations de rigueur contre le Pape, les évoques, les moines et les universités ; ils lui empruntaient, toutes failes et achevées et dans la forme qu'il leur donna la plupart de ses doctrines et de ses assertions, surtout celles d'un caractère subversif : mais ils ne manquaient pas de trouver que, dans tel ou tel point de doctrine, Luther se montrait encore trop imbu des préjugés papistes, ou bien, qu'il avait commencé avec l'esprit et achevé avec la chair' ou bien encore, qu'il était intidèle à ses propres doctrines d'autrefois, et ils ne se faisaient pas faute , en ce cas, comme par exemple Frank , de le lui prouver en lui mettant' sous les yeux ses contradictions.

Et on voulait que Luther, assailli de toutes ces prétentions

» L. c. VI 11, 1973 cl suiv.

214 LLIHER DEMAiNDE LJVE CEKTllUDE li\i)lVIDUELLE»

discordantes et rivales, donnât des instructions, posât des règles, indiquât un critérium qui permît de distinguer la vraie doctrine d'avec la fausse, les prédicateurs de vérité d'avec les prêcheurs de mensonge? Quelle rude et périlleuse tâche ! L'autorité ecclésiastique était morte ! Dans le nouveau système, point d'église qui eût le droit suprême de juger en dernière instance les articles de foi et les points de doctrine! Point de prédicateur ni de docteur qui put s'appuyer sur une mission sanctionnée par l'Église, et qu'il fallût croire en vertu de cette mission ! Luther, au contraire, avait souvent déclaré que le jugement appartient aux « brebis, non aux prédicateurs i ; * que la doctrine doit être soumise à la multitude; que la communauté doit apprécier et juger ce que lui prêchent les prédicateurs^. C'est sans doute en vue de ces principes que le Réformateur exigeait de chacun , quel qu'il fût , homme ou femme , savant ou artisan, servante ou valet, une certitude absolue touchant tout ce qui est véritable doctrine chrétienne, ou erreur et hérésie, sans s'inquiéter de savoir si tous ces braves gens auraient le temps et la capacité nécessaires pour examiner de pareilles choses par eux-mêmes.

« Il n'est hérétique ni sectaire qui dise : Je prêche ma doctrine; mais ils savent tous fort bien dire : Ce n'est pas ma doctrine, c'est la parole de Dieu que je prêche. Voilà comme font aussi le Pape et les sectaires. Ainsi donc, que chacun veille à avoir la certitude. — (Lorsque, dans beaucoup d'endroits de l'Ecriture, on nous avertit de ne point croire les faux docteurs), Jésus Christ nous enseigne par là que chacun doit veiller à part soi sur son saiut, et savoir avec certitude ce qu'il convient de croire, et aussi que chacun est un juge ayant plein pouvoir de juger ceux qui veulent l'enseigner, et ne doit être enseigné intérieurement que par Dieu seul. — Si tu veux être sauvé, tu

' « Voilà pourquoi, » ajoutai'-i), « vous avez pouvoir et autorité pour juger tout ce qu'on vous prêclie : car, si nous n'avions ce pouvoir, Jésus-Clirist, dans saint Matthieu, cli. vu, f. 15, aurait vainement prononcé ces paroles : Gardeivous des faux prophètes. (L. c. xi, 151A.)

'^ Il semble n'avoir point pensé au cas, où la communauté elle-même se partagerait dans Tcxercice de ce pouvoir, et où éclaterait, mieux que jamais, une discorde générale menant à une incerUlude générale. Mais c'est très-sérieusemenl qu'il dit que « si l'auditeur en sait plus et comprend mieux que le prédicateur, celui-ci doit lui laisser la liberté de parler, et garder le silence. » (L. c. XI, 1892. ~ Vovez aussi noire tome t, pag. 326.)

BASEE SEULEMENT SUR LE JLGEMEINT PRIVE. 215

dois ôlre tellement certain, quant à toi, de la parole de grâce, que, dussent tous les hommes dire autrement et tous les anges même dire non, tu puisses néanmoins résister et dire : Et pourtant, je sais que cette parole est vraie ! Il faut faire cela parce que ceux qui sont contre nous, n'ont rien de mieux ni de plus fort à nous objecter que de dire : Dieu aurait-il donc si longtemps laissé le monde dans l'erreur, avec tant de doctes et saints hommes ? Voilà pourquoi ils prétendent qu'il faut aller où est le grand nombre ! Et ils insistent là-dessus, criant ; De notre côté sont tant d'illustres personnages, plus la longueur du temps et de l'habitude ; donc nous ne pouvons errer K »

Mais il y avait là une petite question à résoudre. C'était celle de savoir comment un individu illettré, privé de toutes ces connaissances préparatoires qui sont indispensables à quiconque veut faire l'exégèse grammaticale et historique de l'Ecriture, parviendrait à cette certitude très-désirable sans doute, alors qu'il lui fallait choisir entre les systèmes les plus opposés, qui tous avaient la prétention d'être issus de la sainte Ecriture. Luther lui-même demandait qu'on se tînt toujours prêt à adopter ou à rejeter toute doctrine, de quelque part qu'elle fût prêchée, en la jugeant, non point d'après des motifs et des témoignages puisés dans l'autorité ecclésiastique, mais d'après son propre jugement, basé sur l'étude de la Bible. « Nous qui voulons être de vrais chrétiens, nous » devons être prêts à recevoir des enseignements même d'un » enfant. Mais ensuite nous devons méditer et examiner si » ce que nous voudrions suivre s'accorde avec la foi et la pa- » rôle de Dieu*. »

Pour résoudre cette question, Luther, il est vrai, recommandait, comme règle herméneutique, de s'en tenir, pour l'interprétation de la sainte Ecriture, au sens le plus simple, au premier qui se présente. Mais , se remémorant sans doute que l'application de ce principe serait excessivement compromettante pour sa doctrine de la justification, il modifia sa règle herméneutique par cette petite clause additionnelle : Si toutefois quelque article de foi ne s'oppose à ce qu'on entende le texte dans le sens littéral ; car alors il faut bien que l'article de foi l'emporte 'K

• L. c. vir, 2249. — X, 1854. — VIII, 1032. — ' L. c. vi, 86.

' « J'ai dit souvent qu'en étudiant l'Écriture îainte, il faut avoir soin de

2 1 6 L/V DOCTR. DE LA lUSÏIF. COMME PRIiNC. HERMENEUTIQUE.

Comme exemple de cette exégèse appropriée à ce que ses adhérents appelèrent plus tard l'analogie de la foi, Luther citait les nombreux passages touchant les bonnes œuvres, que l'on rencontre dans les discours de Jésus-Christ, aux évangiles de saint Matthieu et de saint Luc, et qu'il faut , selon lui , entendre tout autrement que dans leur sens littérale

De cette manière, la théorie de Luther sur l'obligation et la capacité générale d'examiner et de juger toute doctrine au point de vue de l'Ecriture, se rattachait de la façon la plus intime à son dogme favori. 11 partait de ce principe, tantôt énoncé explicitement, tantôt tacitement sous-entendu, que le dogme pivotai et dominant de la foi chrétienne doit être exprimé dans l'Ecriture avec une telle évidence que chacun le reconnaisse au premier coup d'œil ; que, pour le découvrir dans la Bible, il ne faut ni habileté particulière, ni appareil de science, et que tout enfant l'y peut lire. Or cet article, selon Luther, est celui de la satisfaction et de l'obéissance de Jésus-Christ imputées à l'homme, et qu'il n'a qu'à s'approprier par la pensée, pour être immédiatement juste devant Dieu et héritier du salut éternel. Quiconque croit en cet article , possède une infaillible pierre de touche pour l'appréciation de toute doctrine : car ce qui est en harmonie avec ce dogme et ses corollaires rationnellement déduits, est vrai ; ce qui lui est contraire est faux. « Je dois m'attacher ferme- » ment à l'Evangile, nonobstant tous les commandements des " hommes; car ma foi est le juge avec lequel je dois dire -.Cette » doctrine est bonne et vraie, et celle-ci est mauvaise et faus- >' se. Aussi mentent-ils tous, ceux qui disent que le jugement >» de l'Ecriture appartient au Pape 1 Permets, sire Pape! moi, « je dis : Celui qui a la foi est un homme doué de l'esprit, et il

s'aUachcr au sens sûrple des mots, autant qu'on le peut, et qu'on ne s'en écarte point, si ce n'est que quelque article de foi en soit violenté, auquel cas il faudrait entendre les parotes auirement qu« selon leur sens apparent. » (L. c. m, 23.)

1 « C'est d'aprt's cet article (du salut pur la foi seule) qu'il faut interpréter l'Écriture. — Donc, lorsque saint Matthieu et les autres Évangélisles parlent de honnes œuvres, ii i\\ul donner le pas sur eux à saint Jean, qui enseigne que la justice doit précéder loul'js les œuvres, et qu'il faut d'abord avoir la foi, qui reçoit le Fil» de Marie, pour faire ensuite de bonnes œuvres. Et quand saii:t Mallhieu et saint Luc p;irlenl de bonnes œuvres, c'est d'isprès celle rè^le qu'il faut les enlendre et les interpréter. » (1^. c. vu, 2060.)

CONSÉQUE?(CES DE l'APPEL AU JUGEMENT PRIVÉ. 217

• juge toutes choses et n'est jugé de personne; même à une » pauvre servante de moulin, à un enfant de neuf ans, s'ils

• ont la foi et jugent d'après l'Evangile, le Pape leur doit » obéissance et il se mettra sous leurs pieds, s'il est un vrai » chrétien. Et de même doivent faire toutes les universités, » et les savants et les sophistes « . »

Toutefois Luther eut bienlôt lieu de se plaindre de ce que , du côté des Protestants, on ne suivait que trop ponctuellement et trop sérieusement ses préceptes. De toutes parts, les prédicateurs récriminaient de ce que leurs auditeurs voulaient réellement examiner et juger les doctrines qui leur étaient prêchées, et ne s'attachaient que trop fortement à leurs propres opinions et à leurs propres interprétations. Mais que faire? C'était là précisément ce qu'on leur avait inculqué comme devoir de conscience en en faisant dépendre leur salut, et ils devaient, à moins de regarder comme un non-sens la prétention d'exercer un jugement sur leurs prédicateurs, partir de cette hypothèse qu'ils entendaient l'Ecriture et la doctrine chrétienne aussi bien ou mieux que ceux qui occupaient les chaires.

« Beaucoup de gens aujourd'iiui disent : On n'a point à me dire ce que je dois croire; j'en ai appris assez pour savoir en mon cœur comment je serai sauvé, malgré que mon curé m'excommunie. — Il n'est pas un barbouilleur qui, ayant entendu un sermon ou lu quelque chapitre en allemand, ne s'érige lui-môme en docteur et ne couronne son âne , se persuadant qu'il sait tout désormais beaucoup mieux que ceux qui l'enseignent. — Quand nous avons entendu ou appris quelque petite chose touchant la sainte Ecriture, nous nous imaginons rien moins que d'être de grands docteurs et d'avoir avalé le Saint-Esprit avec toutes ses plumes et le reste. — A cette heure, chacun veut être maître ès-Ecriture, et s'imagine qu'il l'entend parfaitement et l'a même éludiée à fond. Il faut que la parole de Dieu se soumette à l'orgueil, à la présomplion, à la frivolité, à l\)utreeuidance de chacun , et se laisse manipuler, subtiliser et violenter au gré 4n premier venu ; de là, tant de factions, de sectes et de scandales. — A présent, dès qu'un individu a lu le Nouveau Testament et fait un sermon, il se vante d'avoir reçu l'Esprit. — C'est anisi (|ue cela se passe dans renseioiiement :

' L. c. MI, 1959.

218 l'autoiuté en matière ecclésiastique

quoique Dieu ait donné à quelqu'un la mission de prêcher l'Evangile, il s'en trouve pourtant d'autres, môme parmi les dis« cipies, qui ont la prélenlion de l'entendre dix fois mieux que lui, et il faut que l'Evangile ait le malheur de se laisser juger par chacun, vu que chacun veut être docteur et maître. — Nobles, bourgeois, paysans, hommes de tous les élats entendent l'Evangile mieux que moi ou saint Paul; ils sont habiles et se tiennent pour plus doctes que leur pasteur ♦. »

Tout cela du reste était d'autant plus facile à concevoir que Luther lui-môme se vantait avec bonheur d'avoir si bien réussi , ainsi que ses collègues, à remplir les âmes de soupçon à rencontre de la prédication des doctrines chrétiennes , et de les habituer à la métiance envers les prédicateurs et les sermons en général : « Dieu soit loué! nous en sommes venus » là qu'aujourd'hui chacun, selon la coutume générale, sait M comme quoi il se faut garder de l'enseignement des hom- » mes comme du diable en personne, et n'écouter que notre « Seigneur et sauveur ^ » Cette horreur de l'enseignement humain que Luther implanta dans les esprits, c'est-à-dire cet anéantissement de toute tradition transmise par des hommes et de toute autorité ecclésiastique représentée par des hommes , que pouvait-elle produire autre chose si ce n'est que tout auditeur entendant énoncer en chaire une doctrine qui lui déplaisait ou le gênait, et qu'il n'avait point jusqu'alors trouvée dans la Bible, en concluait aussitôt que c'était justement là une de ces doctrines humaines qu'on lui recommandait de repousser et de détester comme Satan en personne? Le résultat infaillible de cet état de choses fut que le vulgaire finit par regarder comme critérium^ pour l'adoption ou le rejet d'une doctrine, le degré de commodité et de consolation qu'il y trouvait. Cette disposition des esprits se manifesta avec la dernière évidence dans le cours des querelles osiandristes, synergistes et majoristes.

Luther avait prétendu que chacun devait avec confiance se croire doué de la faculté d'examen dogmatique et exégé-

< Sermons inédits de Lulher, publiés par Bruns, pag. 59. — Ed. Walch. v, 1652. — Id. V, 472. — Propos de table, publiés par Fœrslemann, i, 75, — Ed. Walch. m, 1529. — Td. vu, 8/17. — Id. xiv, 1360.

« L. c. XVII, 1325.

TRANSFÉRÉE AUX PlUiN CES ET AUX FONCTION PRAIRES. 219

lique,et en faire usage pour juger le prédicateur dont il écoutait la parole; dans sa querelle avec l'ancienne Eglise il en avait appelé au jugement de la multitude. Tout cela fit certainement sur le peuple une impression extrêmement favorable à sa cause. Le vulgaire vit en lui un homme tellement sûr de son affaire, et dans son système un reflet si pur de l'Ecriture sainte, que Luther jouit de la contiance générale, plus qu'aucun de ses contemporains, et que des millions d'hommes s'attachèrent avec foi et avec confiance à ses idées. Mais nous avons déjà pu nous convaincre que plus d'une fois il se trouva dans le cas de regretter et de déplorer amèrement cet état de choses qu'il avait travaillé de tous ses efforts et en pleine connaissance de cause à faire naître, et nous l'avons vu alors s'en prendre de ce résultat à celui qui payait pour tout ce qui n'allait pas au gré du Réformateur, c'est-à-dire à Satan. Il était en effet extrêmement diflicile de maintenir le droit d'examen et de jugement que Luther, d'une main libérale, avait concédé à tout homme en possession de ses cinq sens, et de garantir en même temps l'organisation de l'église d'une dissolution totale et d'un fractionnement atomistique. Dans cet embarras, Luther ne trouva d'autre expédient que d'ériger un nouveau pouvoir destiné a juger et à décider en dernière instance les points de doctrine, et d'investir de ce pouvoir, qui?... les fonctionnaires temporels, les cours des princes, les magistrats municipaux! Que des papes, des évêques, des conciles se fussent arrogé le droit de veiller sur la doctrine et de décider les contestations en matière de foi, c'était un crime horrible, une abomination, un blasphème contre Jésus-Christ, une usurpation de l'autorité de Dieu ! Mais \ autorité temporelle, mais les princes, mais les fonctionnaires publics, c'était autre chose! Pour ceux-là, nonseulement c'est un droit, mais un devoir d'intervenir dans ces sortes d'affaires. « Si dans un même endroit on entend » deux sortes de prédications, le prince ou le magistrat peu- » vent s'interposer pour empêcher qu'il y ait deux prédica- » tions différentes dans un même pays, dans une même ville, " et qu'il n'en résulte des dissensions et des rébellions. Qu'on » entende les deux partis, et qu'on juge la cause d'après la » règle infaillible qui est l'Écriture et la parole de Dieu. Le

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