‹ La réformeChapitre 14 sur 270 · DIEU A DÉCRÉTÉ LE MAL · texte numérisé non relu

DIEU A DÉCRÉTÉ LE MAL

universelle, résultant de la prescience et de l'omnipotence divine; mais ce n'est même que par une opération de Dieu sur la volonté humaine, entièrement passive, que l'acte de Thomme est bon, quoique mêlé toujours de péché.

Cette doctrine est surtout exprimée d'une manière explicite dans les passages suivants :

« Dieu, qui nous pousse comme il convient à l'aclion de sa toutepuissance, ne peut que faire le mal avec un méchant inslniment, quoique, dans sa majesté, il fasse de ce mai un bon emploi pour sa gloire et notre salut. Dieu gouvernant, opérant et faisant tout en tout, il faut bien aussi qu'il opère et fasse le mal dans Satan et dans les pervers. Il agit dans les créatures suivant ce qu'elles sont ; si donc ces deux créatures sont détournées de Dieu et portées au mal, elles ne peuvent, quoique mues et poussées en même temps par la force toute-puissante de Dieu, que faire du mal et offenser Dieu ^ — Tu vois donc bien que, si Dieu opère le mal par les méchants, le mal se fait ; mais ce n'est pas à dire pour cela que Dieu fait le mal, quoiqu'il opère du mal par des méchants : car, étant bon, il ne peut faire aucun mal 2. — Nous avons le désir du péché et du mal; le mal est sur nos lèvres, et nos actions ne sont que mal et péché. — Tout ce que nous faisons, tout ce qui arrive, bien qu'il nous semble que ce soit par hasard et d'une manière contingente, arrive cependant d'une manière nécessaire et sans pouvoir arriver autrement, en vue de la volonté de Dieu ^. »

Pour appuyer cette assertion, que Dieu ordonne d'avance le mal et le fait accomplir par l'homme, son instrument, isans que l'on puisse dire que Diey veut le péché, Luther a Èiussi recours à sa distinction entre la volonté cachée et la volonté révélée :

« Comment, en effet, l'ordonnerait-il, s'il ne voulait pas l'ordonner ? — Je dis que Dieu a défendu le péché et ne le veut pas. Cette volonté nous a été révélée, et sa connaissance nous est nécessaire. Mais de quelle manière Dieu ordonne el veut le péché, c'est ce qu'il ne veut pas que nous sachions^ car il ne nous l'a pas révélé^. — Ce qui scandalise si vivement, ce qui heurte etcho(jue cette raison humaine, naturelle et ordinaire, je le sais bien : c'est de penser

* Que le libre arbitre n'est rien ; contre Erasme. Edition de Wittenberg, 1559, vr, 500, 502.

«•L. c. VI, 501.

3 L. c. VI, 476, b.

* Lettre aux chrétiens d'Antorf. 1525 ; éd. de Wittenb. x, 1786.

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