SES TENTAI IV KS FOLR EXPLIQUER
vées. Tout le monde se targue de la liberté évangélique, et pourtant on est esclave de l'avarice, de la volupté, de l'orgueil , de l'envie : personne n'a plus le sentiment du devoir ni l'amour du prochain*. — D'ailleurs il était, en général, enclin à juger avec beaucoup d'indulgence l'immoralité qui régnait parmi ses adhérents. 11 faut, disait-il, distinguer la doctrine d'avec la vie ; la vie des luthériens est assurément mauvaise et honteuse; mais lui, Luther, se soucie peu de leur conduite, mais ne s'inquiète que de la doctrine : c'est là sa mission. « Dieu atl^iche beaucoup moins d'importance à la » conduite qu'à la doctrine. Yoiià pourquoi il laisse souvent » les siens trébucher dans le chemin de la vie, comme nous » en voyons des exemples dans l'Écriture ; mais pour ce qui » regarde la doctrine, il n'en a jamais cédé l'épaisseur d'un « cheveu. — 11 y a une grande différence entre la doctrine et » la vie. Avec la doctrine, il n'y a pointa plaisanter; il faut » qu'elle reste pure et droite. Mais, dans la pratique de la » vie, nous n'y regardons pas de si prèS; ainsi que l'on voit » dans l'Évangile Jésus-Christ avoir patience à l'égard de ses « disciples, et fermer les yeux sur leurs fautes , alors môme » qu'ils tombent dans des fautes grossières. Quelquefois ce- » pendant il les réprimande , disant : Voilà la doctrine. Mais » pour les pharisiens et les hypocrites il n'avait aucune in- »> dulgence , car là il y va de la doctrine , et il ne s'agit point » seulement de la conduite. Le plus important , c'est la doc- » trine. Tant qu'elle reste pure, on peut mener une vie impar- » faite et chargée de faiblesses, pourvu qu'on reste fidèle à V la doctrine et que l'on confesse qu'il faudrait tenir une » meilleure conduite ; mais dès qu'on altère la doctrine, il » n'y a plus de salut non plus pour la conduite ^ >»
Bien plus, ses expériences le conduisirent même jusqu'à poser en principe que tous les chrétiens (c'est-à-dire tous les partisans de la nouvelle doctrine de l'imputation) doivent devenir de plus en plus tièdes et pécheurs. « 11 n'y a aucun doute )' que, si nous avons la foi, tous les péchés ne nous soient » pardonnes, et que par cette foi nous ne soyons justes, irré-
' Comm, in Gai. et]. Trmischer, ii, 350.
2 CoUoquia, Meditaliones, elc. etU Rebenstock, jj, 81, b. —Ed. Walch. xi, 3008. — L. c. ni, 2G/j,
Li:s COIN KÉoui:r^ CES fatat.es de sa l)OCTHï^^:. 225
» prochables et purs devant Dieu. Néanmoins tous les chrc- » tiens ont et sentent encore en eux force ordures et impu- » retés, comme de ne pas entendre volontiers la parole de » Dieu, de n'y pas croire avec la force nécessaire, de ne >• point la confesser avec bonheur, de ne pas iipvoquer Dieu » avec assez de ferveur, de ne point garder les commande- « ments de Dieu comme ils le devraient, et/j/î/s ils vivent, « plus il leur arrive, comme dit le proverbe, de devenir ladref^ • et méchants \ «
Quand ces palliatifs ne suffisaient plus , il s'efforçait de se rassurer en se disant que cette doctrine était une fois l'Evangile, qu'il lui était non-seulement permis mais ordonné d'annoncer ; qu'il n'était pas maître de le celer, ou de le révoquer et de le rétracter, maintenant qu'il était mis en lumière; qu'il fallait, par conséquent, s'en remettre à Dieu pour les suites 2. Une autre fois il essaie d'expliquer les conséquences pernicieuses de sa doctrine en disant que, si la méchanceté, l'ingratitude, la profanation éclatent partout depuis que l'Evangile a été proclamé, cela vient de ce que jadis , avant que la lumière de l'Evangile ne se fût levée, on ne voyait point le i)éché, au lieu que siaintenant l'étoile du matin ( de la doctrine luthérienne) s'étant levée , le monde se réveille comme d'un sonnneil d'ivresse et aperçoit les péchés qu'il ne reconnaissait point, alors qu'il était endormi et plongé dans une nuit profonde 3.
Parfois aussi il se plaint de ce que le dogme capital de la foi chrétienne , celui de l'antagonisme entre la loi et l'Évangile, de la séparation complète de tout ce qui est œuvre d'avec la justification, est souvent mal compris ou négligé parmi les protestants eux-mêmes. En 1530, il déclarait qu'aucun d*entre les protestants placés en dehors de la communauté luthérienne n'entendait la doctrine de la justice par la foi, et que, si on leur confiait à eux seuls l'administration des
* Ed. li'Iena, 15S0. vui, 299.
> Crmni. in Gai. éd. Irmiscbev, n, 35o. Nos divinuni mundaUin! habcmi:s praedicandi Evangelium quod aiinunliat omnibus lioniinibcs, si modo crcdai)!, gralis propter Cbiivtum libeilalem a loge, piccalo, morte, ira Deî, etc. .\oa Cbl in arbiuio aut poieslate nostra sitiim, liane libeilalem per Rvangeliiun jaai iiivnlgalain rclare homines aul revocarc.
» Colloquia, Medilaliones, etc. éd. Rcbeiislock, i, 27.