SES PRINCIPES DE MOUALE
autour du nouveau dogme, on voit marcher et grandir du même pas la corruption et l'immoralité et l'oubli du véritable sentiment religieux. Ce phénomène ne pouvait s'expliquer que par une des trois hypothèses que voici : ou bien , c'était un décret de la volonté de Dieu que la doctrine trouvât un accueil et une approbation générale, mais qu'en même temps, au lieu d'améliorer, de perfectionner les hommes, elle les endurcît et les fît devenir pires ; ou bien , Dieu , tout en permettant que la doctrine fût mise au jour et prêchée en ce temps-là, ne voulait pourtant pas donner aux hommes la grâce de la foi, d'où venait qu'ils se forgeaient '« une foi badigeonnée et illusoire » qui ne portait que de mauvais fruits; ou bien, la doctrine était fausse et perverse, l'accueil qu'elle avait rencontré partout était déjà fondé sur des motifs équivoques, et les effets qu'elle produisait sur ses adhérents ne pouvaient être par conséquent que mauvais et pernicieux.
Plus il était difficile pour Luther de se décider à admettre une de ces hypothèses, plus aussi, le sentiment moral s'affaiblissant et s'émoussant en lui , il se sentit porté à laisser se développer dans son âme un inditTérentisme dont les points de repère et les lignes fondamentales préexistaient d'ailleurs dans son système. Sa doctrine touchant les bonnes œuvres ne se distinguait pas seulement de celle de l'ancienne Eglise en ce qu'elle niait que l'amour de Dieu et du prochain coopérât en aucune manière à la justification et à la sanctification de l'homme, mais aussi en ce qu'elle prétendait qu'à toute œuvre de l'homme justifié est mêlé le péché, et que tout ce que fait l'homme justifié, abstraction faite de toute valeur inhérente à l'acte même, est également bon, c'est-à-dire agréable à Dieu, comme étant fait par le fidèle avec la foi , pourvu qu'il ne fasse pas le mal avec réflexion et avec la volonté et l'intention de mal faire.
« Tu ne dois rien à Dieu, dit Luther, si ce n'est croire et confesser. En toute autre chose, il l'affranchit et te donne la liberté de faire ce qu'il te plaira, sans aucun péril pour ta conscience, voire même , car cela lui est indifférent, d'abandonner ta femme, de déserter ton maître, de ne tenir aucun engagement; car, que lui en revient-il que tu fasses ces choses ou non ? Mais, comme tu es engagé à ton prochain et lui appartiens, Dieu, ne voulant