SES PRINCIPES DE MORALE
ôter à personne ce fini est à lui , veut que tu tiennes ce que tu dois à Ion prochain ; car, bien qu'il n'y ait aucun égard quant à lui-même, il y a égard à cause de ton prochain. C'est là ce qu'il veut dire ( l'Apôlre dans I Corinthiens, ch. vn, f. 24), quand il dit « devant Dieu ; ^> c'est comme s'il disait : Devant l'homme ou devant ton prochain je ne t'affranchis point , car je ne veux lui ôler ce qui lui appartient, jusqu'à ce qu'il t'affranchisse lui-môme; mais devant moi lu es libre et délié, et ne peux gâter tes affaires, que tu observes ou non les choses extérieures. Ainsi donc, connais bien et sache bien distinguer cette liberté : il n'en es! pas entre Dieu et toi, comme entre ton prochain et toi ; là est celte liberté, ici elle n'est point : la cause en est que Dieu ne te donne celte liberté qu'en ce qui est de toi, et non en ce qui est du prochain ; distingue donc enti'c ce qui est à ton prochain et ce qui est à toi. Voiià pourquoi l'homme ne peut abandonner sa femme, son corps appartenant à sa femme et non à lui. De même : le serviteur ne s'appartient point de son corps à lui-même, mais à son maître. Peu importerait à Dieu que le mari abandonnât la femme ; car le corps n'est point lié envers Dieu, mais a été donné par lui afin d'en user librement pour toutes les choses extérieures. Ce n'est qu'intérieurement qu'il appartient à Dieu par la foi. Mais devant les hommes il faut tenir l'engagement *. »
On peut voir ici comme les différentes doctrines de Luther se lient étroitement entre elles. L'incrédulité seule est et produit le péché; la foi seule est et produit toute justice 2. Puis, l'homme devenu juste continue à pédtier constamment, et ne peut que pécher; néanmoins, tout ce qu'il fait est agréable à Dieu, et il n'a point à écouter la voix de la conscience qui lui crie le contraire ; en d'autres termes , la meilleure science et le point capital que nous ayons à apprendre, consiste à dire à la loi, malgré que nous péchions : Non^ je n'ai point de péché ^ Enfin, cette dernière assertion : le juste lui-môme commet constamment tant de péchés mor-
• Ed. Walch. viii, 1127 cl suiv. — Voyez aussi, ci-dessus, pag. 109. — En conséquence de cette doctrine, i! ne s'agirait, pour divorcer et .se remarier, que (!(i tonseiitenient mutuel des inléiessés. En général ces principes, développés en un système de morale, auraient fait ressortir avec plus d'évidence encore la difi'érence essentielle entre les vues religieuses et morales de Luther et celles de lÉglise.
2 Vov. ci-des-^us, pag. 112. — 3 Ed. d'Iénn, 1585. n, 479.