RAISON PSYCHOLOGIQUE
dès que je reprends la parole de Dieu j'ai gagné la partie. — Une autre fois, le docteur Luther dit que le diable s'appliquait surtout et avec un soin particulier à nous ravir et à arracher de notre cœur l'article de la rémission des péchés, disant : « Vous prêchez et enseignez ce que nul homme depuis nombre de siècles n'a enseigné. Que sera-ce si cela ne plaît point à Dieu, et que vous so3^ez cause de la damnation de tant d âmes ? » — « C'est un argument et une objection beaucoup plus difficiles à réfuter, alors que le diable vous dit : «Vois-tu, tu es tout seul, et tu veux renverser ce bel ordre de choses, cet admirable régime, conçu avec tant d'habileté et de sagesse ? Car, s'il y a dans la papauté des. erreurs et des péchés, qui donc estu, toi? ne peux-tu pas errer également? Es-tu donc sans péché? Pourquoi fais-tu tant de bruit dans la cabane du Seigneur, alors que tu n'as rien à y blâmer que leurs erreurs et leurs péchés, et que toi-même en es plein? Ces pensécs-là vous rendent fort inquiet, et l'on voit, Rom. chap.^^ que saint Paul aussi eut beaucoup de mal à résister à cet argument. » — « Souvent le diable arrive et me reproche que ma doctrine a été la source de tant de scandale et de mal. Quelquefois, vraiment, il me serre de près, me maltraite rudement, et me jette dans la frayeur et les angoisses ! Et bien ! que je réponde qu'il en est aussi sorti beaucoup de bien, il s'entend merveilleusement à me faire voir le contraire. » — « Je fonde ma cause sur l'Evangile ; Dieu me garde de me rétracter. Mais pourtant le diable , avec ses argumentations, m'y pousse souvent avec une telle force qu'il me prend une sueur d'angoisse. Il est dans une violente colère, je le comprends et le sens bien^ . »
Ces faits, du reste, fournissent aussi, partiellement du moins, une explication psychologique de cette surabondance d'injures amères qui distingue les écrits de Luther de toutes les productions littéraires de l'antiquité comme du moyenâge, et de l'aigreur particulière des invectives qui roulent chez lui comme les flots d'un torrent fougueux , troublés par les ordures et la fange. Assez souvent, c'était précisément le trouble d'une conscience accusatrice qu'il s'efïbrçait d'étouffer en l'assourdissant du fracas de ses aboiements et de ses bruyantes injures. Qu'on lise seulement le passage que voici :
1 Ed. Walcli. xxir, 1256, td77, il4^. — 45, r, 614. ~ xxii, 1212.