DE SA VIOLEISCE DANS LA POLEMIQUE
« La tristesse du cœur n'est point agréable à Dieu ; mais, quoique je sache cela, cent fois par jour je tombe dans ce sentiment. Cependant, je résiste au diable. Quelquefois je lui mets sous les yeux le Pape, et lui dis : « Qu'est ce donc que ton Pape, que tu en fasses tant de bruit afin que je le glorifie? Vois-tu quelle abomination il a causée, et ne cesse encore de causer de nos jours ? Voilà comment je me rassure par la rémission des péchés et par Jésus-Christ ; mais à Satan, je lui oppose et lui mets devant les yeux l'abomination du Pape. Et l'abomination et le scandale sont si grands, que je reprends courage et confesse librement qu'après Jésus-Christ, l'abomination du Pape est ma plus o-rande consolation. Ce sont donc de misérables imbéciles, ceux qui disent qu'on ne doit pas injurier le Pape. Donc, injurions toujours, et particulièrement quand le diable vient nous attaquer sur la justification ! Souvent il m'attaque avec un argument qui ne vaut pas une crotte ; mais dans la violence de la tentation je ne m'en aperçois pas ; dès que je suis guéri , je le vois bien. Allons î le diable tout plein de venin nous fait beaucoup de mal ; cependant, tant que nous garderons la doctrine pure, il ne saurait nous nuire : mais, dès que la doctrine est abandonnée ou faussée, c'en est fait de nous ^ »
ici perce un mobile dont on a jusqu'à présent trop peu tenu compte, et qui mérite d'entrer pour quelque chose dans les jugements que Fon portera sur le Réformateur. Le mode de discussion de Luther, le ton de sa polémique sont tellement inouïs dans le domaine entier de la littérature et de l'histoire religieuses , qu'on se trouva dans un visible embarras lorsque plus tard on voulut juger ou caractériser le père de la Réforme, considéré sous ce point de vue. On essaya, dans un intérêt apologétique, de disculper l'individualité de Luther, en rejetant la faute sur le compte du temps oij il vivait, en l'expliquant par l'état général des choses et par la direction littéraire de l'Allemagne en particulier; mais c'est là une échappatoire qui n'a rien de sérieux; car le ton et la polémique de Luther frappèrent d'étonnement et de surprise les contemporains non moins que le lecteur actuel, et parurent, alors comme aujourd'hui, quelque chose de tout-à-fait inouï. Il faut donc en chercher l'explication dans une cause plus profonde, et cette cause se trouve
' L. c. m, 136 et suiv.