VIOLENCE DE LA POLEM. DE LUTHER
uniquement dans l'individualité de Luther. Il est aisé de voir que toute la disposition de son esprit le poussait à interpréter dans le sens le plus odieux tout ce qui, dans l'ancienne Eglise, prêtait tant soit peu à une explication fâcheuse, et à attaquer sa doctrine et ses institutions tantôt avec l'acide corrosif d'une raillerie frivole, tantôt avec la lourde massue d'une calomnie grossière. S'il publia des écrits presqu'entièrement composés d'un ramassis des plus outrageantes injures, s'il versait à grands flots, comme d'une corne d'abondance, des expressions dont le ton ignoble devait révolter toute oreille honnête, ce n'était point seulement parce que de belles grosses injures imposent, comme il disait, au vulgaire, mais sans doute aussi parce qu'il voulait apaiser ainsi le trouble intime de sa conscience , et qu'un besoin irrésistible le poussait à exagérer et à peindre comme une énormité, avec toutes les couleurs de sa rhétorique, le moindre tort de l'Eglise, à défigurer chacune de ses doctrines, à envisager sous le point de vue le plus défavorable chacune de ses lois et de ses institutions, à représenter chaque abus accidentel comme étant de l'essence même de la chose. En lisant ses écrits, on remarque sans peine qu'il travaille à s'enfoncer dans une situation d'esprit de plus en plus passionnée , qu'il ajoute coupe sur coupe à l'ivresse factice oii il s'est plongé par la discussion, et qu'alors, emporté par le flot désordonné de sa propre polémique, il semble s'appliquer à suppléer au vide des idées par les récriminations et les injures qu'il vomit, et à salir la personne ou la chose en question, plutôt qu'à la blesser. De même que certains hommes, pour étouffer la voix de leur juge intérieur, se jettent dans le tourbillon des plaisirs bruyants, de même Luther, pour échapper aux accusations d'une conscience qui n'avait pas encore dépouillé tout sentiment de respect pour l'Eglise, s'abandonne, avec toute la violence irréfléchie de sa nature, à une polémique sans frein, dans l'espoir que ces accusations seraient réduites au silence, et qu'à ses propres yeux son schisme paraîtrait d'autant mieux justifié, qu'il parviendréut plus complètement à couvrir d'un masque dégoûtant et horrible toute la vie religieuse, et [à ensevelir le