PLAINTES DE LUTHER
lait pas permettre que ce passage fût contraire à sa doctrine sur la loi et l'Evangile, et qu'il n'entendait pas non plus lui céder ; mais qu'il préférait confesser qu'il est obscur, ou l'entendre en ce sens que ces jeunes veuves eussent fait leur vœu dans la liberté de la foi K
Plus tard, les scrupules sur la gravité de ce texte si gênant et qu'il n'y avait pas moyen d'escamoter par une glose ou une interprétation, lui revinrent encore, et nous allons ici le laisser parler lui-même.,
ce Une fois , le diable m*a bien tourmenté et quasi étrangle avec les paroles de saint Paul à Timothée, et il me semblait que le cœur m'allât manquer. Il m'accusait et me reprochait d'être cause de ce que tant de moines et de nonnes avaient fui de leurs moûtiers, etc. Et il m'ôtait habilement des yeux et du cœur l'article capital de la justice bonne devant Dieu. — Et de la grâce de Dieu, j'en vins à m'engager dans la discussion sur la loi ; de la sorte , il m'avait acculé tout nu dans un coin, où je ne pouvais échapper d'aucun côté. Il y avait là chez moi le docteur Pommer, à qui j'exposai la chose ; il sortit avec moi dans le corridor, et là il se mit également à douter et à chanceler, ne sachant combien la chose me tenait au cœur. Ce fut alors que je m'effrayai fort , et il me fallut passer toute ma nuit ;, le cœur accablé, à ruminer et à étouffer cette pensée^. »
Les lettres de Luther confirment ce qui, relativement à l'état et aux souffrances de son ame, se déduit des paroles citées jusqu'à présent. En 1527, ses luttes intérieures devinrent tellement violentes , et les terreurs de sa conscience tellement formidables que lui et son ami Bugenhagen pensèrent qu'il en mourrait si elles revenaient. Il en écrivit à Mélanchthon, qui se trouvait justement à léna :« J'avais » presque entièrement perdu Jésus-Christ, et j'étais ballotté » parmi les tempêtes et les flots du désespoir et du blas-
* Locus ille Pauli de viduis damnatis superest, quein non paliar adversari huic senlcnlia3 de Icge et fide, neque ei coiicedam ; potius obscuruni coiifilebor, aut sic intelligam, quod illae viduae libertate fidei voverunt, quai lum recens cognita erat. — Dans une autre lettre, adressée peu auparavant à Mélanchthon, il dit à propos de difficultés du même genre :Vrovsus miiii omnium islarum lerum dilulio aliqua facillinia creditur, sed quae nondum appareal nobis ; — </ : ut prnpe milii hic liberlafe spirilus utendum esse videatur et perrumpenduin, quid(iui(i obstiteiit saluli aiiiniarum. (L. c. f. 3/|7.)
* Ed. Walch. xxii, 1170.