‹ La réformeChapitre 156 sur 270 · DE REPENTIR · texte numérisé non relu

DE REPENTIR

compte à propos de cet écrit, il n'aurait qu'à répondre : Luther confesse sa lutte récente contre le diable et demande l'absolution aux papistes (c'est-à-dire une réponse aux objections produites par Satan * ).

La confiance assurée qu'il déployait dans cette lettre aussi bien que dans l'écrit en question fut, il est vrai, jusqu'à sa mort le ton dominant de tous ses écrits polémiques ; mais dans les effusions de son cœur, au milieu du cercle intime de sa famille et de ses amis, il régnait un ton bien différent. Que de fois il se répandit en discours pusillanimes, humbles ou désespérés, touchant le succès de son entreprise ! Que de fois il se sentit abandonné de cette assurance téméraire, alors que s'offrait à ses yeux, dans sa réalité nue, brutale et ignominieuse, cette église nouvelle que, dans ses espérances idéales et dans ses premières illusions, il s'était figurée sous un tout autre aspect ; alors surtout qu'il pensait que c'était lui-même qui, dès la naissance de son égfise, lui avait de ses propres mains attaché la meule au cou, qui l'avait livrée à l'arbitraire des princes, à l'avidité et à l'ambition de la noblesse, à l'avarice et à la licence des villes, au mépris et à l'indifférence des campagnes. « Je ne voudrais, disait-il alors, » au prix d'un monde entier, avoir à recommencer, tant » cette entreprise apporte de soucis et d'angoisses. Oh ! chers » seigneurs, ce n'est pas un jeu d'enfants^. » Néanmoins, il essayait de relever son courage abattu, en pensant à sa mission divine, et il ajoutait : « Et pourtant, lorsque je con- » sidère celui qui m'y a appelé, je ne voudrais pas non plus ») n'avoir pas commencé. » Mais cela ne suffisait pas pour étouffer la voix de sa conscience. «Je ne puis, dit-il, échapper » à cette pensée que j'aimerais mieux n'avoir point entrepris » l'œuvre. Je préférerais être mort plutôt que de voir mépri- » ser Dieu et ses fidèles serviteurs 3. » — « Si, dit-il ailleurs, » j'avais à commencer aujourd'hui à prêcher l'Evangile, je » m'y prendrais autrement. Je laisserais sous le gouverne- » ment du Pape la mullitude du peuple : car ces gens ne s'a- « mendent |)oint avec l'Evangile, et ne font qu'abuser de la

* Ed. Walcli. XIX, lZi89. — Do Welle, iv, 495.

2 Ed. Wakh. XXII, 1037. — » Pioi.u-i de li»Lle; Eisleben, 15b9, f. 185, b.

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