‹ La réformeChapitre 158 sur 270 · JUGEMENT DES PROTESTANTS · texte numérisé non relu

JUGEMENT DES PROTESTANTS

mêmes en participaient, et ne sentaient ni ne considéraient le péché, la misère et la détresse où elles étaient retenues; maintenant qu'on prêchait aux gens la véritable doctrine touchant Dieu, la charité et les bonnes œuvres, une abominable avarice possédait le cœur de presque tous les hommes ^

Notre intention n'est pas de répéter ici des choses que nous avons déjà expliquées. Mais on ne saurait méconnaître que le mécontentemeut intérieur de Luther, surtout dans les derniers temps, entra pour une part considérable dans cette aigreur et cette rancune qui respirent encore plus dans les écrits de cette époque que dans ceux des premières années. D'un autre côté, ce qui contribue beaucoup à répandre de l'amertume sur la dernière période de sa vie , ce fut de voir que, si le nombre de ses partisans se multipliait de jour en jour, celui de ses amis diminuait de plus en plus, pour grossir la foule de ceux qu'il repoussait et éloignait de lui par sa manière d'être. Si jamais le caractère d'un homme fut gâté et défiguré par la situation oij il se trouvait placé, Luther était certainement dans ce cas. Sans aucun doute , il avait à priori un penchant aux emportements passionnés, à l'obstination et à un orgueil endurci. Etant encore enfant et à l'école, et c'est là un trait caractéristique qu'il rapporte lui-même , il lui arriva un jour d'être fouetté quinze fois dans la même matinée 2. Dans le cours de sa carrière publique, sa disposition naturelle, en se développant , produisit cette polémique fougueuse, batailleuse et irritable, qui l'eût fait volontiers prendre pour un second Ismaël , dont la main était levée contre tout le monde. Pour le motif le plus léger, il se répandait en accusations et en reproches, provoquant, défigurant, injuriant de la manière la plus désordonnée ; il semblait qu'il dût apporter sans cesse du dehors des aliments à cette rage intérieure qui le minait, afin que celle-ci, se soulageant pir ces violentes explosions , cessât de le ronger sourdement lui-même.

Quant au jugement qu'on portait sur les écrits polémi-

* Propos de table, publ. par Fœrstcmann, i, 240, ^/IG, 254, 269. 2 Propos de table. Eislcbtii, 15G6; (. 458, a.

Page 1