SUR LE TON QUI RÈGAE DANS SES ECRITS
ques de Luther^ non du côté des catholiques, mais de celui des protestants eux-mêmes, écoutons ce que disait, en 1545, Hullinger de Zurich, un des plus considérables et des plus influents d'entre les réformateurs.
« La plupart des livres de Luther sont jetés dans ce moule ; de sorte que beaucoup de gens simples s'en scandalisent, tiennent en suspicion toute l'affaire de l'Evangile et en conçoivent du mécon lentement. Luther n'observe aucune mesure ; sa manière d'écrire n'est la plupart du temps que bruit et injures, de telle sorte que, si Dieu lui a accordé un bon fonds, il l'a tellement obstrué de paroles brutales et mauvaises, que le bien n'est plus guère considéré ; d'ailleurs ses écrits ont peu d'attrait. Lutber poursuit sa propre affaire, fait grand fracas et donne bien vite au diable tous ceux qui ne se donnent point à lui. De la sorte, dans toutes ses injures, on aperçoit beaucoup d'animosité et de haine, mais peu de sentiments bienveillants et paternels. — Le monde est plein de paroles inutiles et légères, d'insinuations, de médisances, de calomnies, d'ordures, de malédictions, de perfidies, de profanations, de bavardage grossier et brutal. Luther devrait être le sel qui purifiât ce terrain impur ; mais il gâte tout à force de saler, ou bien il donne lui-même lieu à ces discours calomnieux et déshonorants. Car il y en a beaucoup, il n'y en a même que trop de ces prédicateurs qui ramassent dans les livres de Luther, où il y a force injures, toute une cargaison de vilaines paroles, et s'en dégorgent ensuite , du haut de leurs chaires, sur la pauvre communauté de Dieu. Et au lieu que ces gens devraient prêcher la parole de Dieu, enseigner par elle la foi^ l'espérance et la charité, exhorter, châtier et consoler, instruire et redresser leurs ouailles, on n'entend sortir de leur bouche que les mots de fanatiques, factieux, sacramenlaires, ennemis du sacrement, calomniateurs, blasphémateurs, hypocrites, profanateurs, rebelles, démons, hérétiques, et autres insultes sans nombre, qu'ils inventent chaque jour pour ^ous et contre nous • ils ne croiraient même pas avoir prêché, s'ils n'avaient englué , gorgé et sali de leurs ordures les oreilles de tous les auditeurs. — Grâce au méchant exemple de pareils prédicateurs, l'habitude d'injurier et de maudire se répand dans toute la communauté, de manière que beaucoup de gens, qui prétendent être bons évangéliques, montrent leur évangile en mauvaises paroles et en discours mordants et insultants. 11 en est beaucoup qui approuvent cela ; car Luther, le prophète et apôtre allemand, fait de même. De la sorte , on regarde comme vertu un fort méchant vice, ce qui engendre beaucoup de mal et de scandale. — Il est