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COMMENT LUTHER TRAITAIT LES THÉOLOGIENS

ses d'adversaires, à l'une desquelles devait nécessairement appartenir quiconque contredisait sa doctrine sous quelque rapport que ce fût. L'une se composait de ceux qui, regardant intérieurement sa doctrine comme vraie, mais l'attaquant devant le monde, disaient toujours, dsns leur hypocrisie obstinée, le contraire de ce qu'ils pensaient : il rangeait surtout dans cette classe les théologiens catholiques. L'autre classe se composait, d'après lui, d'athées, d'incrédules, qui ne s'occupaient des questions chrétiennes que pour l'apparence ; il y rangeait Erasme, Carlstadt et d'autres. De l'un il dit : « Erasme est aussi sûr qu'il n'est point de Dieu, « ni de vie future, que moi je suis, grâce à Dieu, sûr de » voir *. » Depuis surtout que le grand humaniste avait publié son dernier écrit contre Luther, celui-ci n'en parlait que comme d'un serpent venimeux, d'un ennemi de toute religion et en particulier de celle de Jésus-Christ , d'une parfaite portraiture d'Épicure et de Lucien. — Que Luther ait pu regarder réellement comme athée un homme tel qu'Erasme, l'auteur de VEnchiridion, de la Paraphrase du Nouveau Testament^ etc., cela suppose vraiment chez lui une subversion inouïe de tout jugement, un obscurcissement du bon sens naturel, qui peuvent expliquer, du resle, dans ses discours , bien des choses que sans cela on ne saurait comprendre.

11 traitait de môme Carlstadt, qui avait été son maître et l'avait revêtu du titre de docteur. Dans les premières années, alors que tous deux marchaient encore en bonne intelligence, Luther avait prodigué à son maître les plus brillantes louanges et élevé au ciel ses écrits; mais quand ils se furent désunis à propos de la Cène, ce fut un autre ton. Un prince, disait alors Luther, aurait dû lui faire couper la tète ; on ne devait pas le regarder comme un homme, mais comme l'Esprit malin ; si Carlstadt croyait qu'il y eût un Dieu sur la terre et au ciel, il consentait, lui, Luther, à être rejeté par Jésus-Christ : il n'était pas simplement possédé d'un seul démon, mais sa méchanceté était telle que si Dieu la lui pardonnait, il dirait volontiers lui, Luther, qu'il n'y a

* Propos de table, puhl, par rœrstemann, ni, 422.

256 TON DE LUTHER CRI A CRI DES PRINCES DE L'eMPIRE.

pas de Dieu. — Quant au réformateur suisse, il disait dans sa « courte Confession,» de l'an 1544, qu'il devait désespérer du salut de Zwingli, qui était devenu tout-à-fait un païen. Il assurait que Zwingli, Garlstadt, OEcolampade et les autres adhérents de cette école avaient un cœur plein de blasphèmes, possédé, envahi, occupé par le diable, une bouche gorgée de mensonges ; qu'aucun chrétien ne devait prier pour eux, ni avoir pitié d'eux. Zwingli, à l'entendre, était devenu sept fois pire qu'un papiste, et chacun devait éviter et fuir ses livres comme le venin du diable d'enfer ^

Ce qu'il écrivit coHtre les trois princes allemands, Télecteur Albert de Mayence, le duc Henri de Brunswick et le duc Georges de Saxe, dépasse de beaucoup tout ce que la littérature européenne tout entière possède de pamphlets calomniateurs et injurieux , et, bien que ces libelles aient exercé une influence notable sur le ton et la manière de certaines productions analogues venues plus tard , on ne trouverait pourtant rien de comparable à ces écrits de Luther, même dans la polémique passionnée qui se faisait en Allemagne à l'époque de la guerre de Trente-Ans. Pour ce qui est du duc Henri, il n'y a presque pas un forfait, pas une infamie dont Luther ne l'accuse, pas un vice qu'il ne prétende avoir trouvé en ce prince ; presque à chaque page il est traité d'assassin et d'incendiaire ^

Quant au duc Georges de Saxe, Luther avait autrefois déclaré que c'était un prince pieux, et plus tard il assurait encore que Dieu l'avait doué de beaucoup de vertus et de talents et d'autres choses^; mais depuis l'affaire des lettres tombées entre les mains de ce prince, Luther semble avoir recherché toutes les occasions de le dénigrer aux yeux de ses sujets. Même sa réponse à l'apologie du duc était déjà conçue dans un tel ton que Mélanchthon en eut honte, pensant que de pareils livres ne sont lus et loués que par des sots\ Dans la suite de cette querelle, Luther dit que le

« Ed. Walcli. XX, 223 etc., 1203, 2207, etc.

'^ Ditns le pelil livre cODU'e le (hic Henri de Brunswick, le Diable est uommé en toutes Ictlrcs cent quarante-six fois. Dans le livre des Conciles, on parle des Diables quinze fois en quatre lignes.

3 Et!. Wa!ci). Xix, 609.

* Myconio 1529, Heri misilmihi priuceps junior videndum Lulherilibellnm,

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