‹ La réformeChapitre 163 sur 270 · CONDUITE D| LUTHER ENVERS HENRI VIH · texte numérisé non relu

CONDUITE D| LUTHER ENVERS HENRI VIH

11 poursuivit également de sa haine, jusqu'au tombeau, le duc George, le qualifiant ( dans une préface à un sermon de Guttel, en 1544) « d'homme misérable et maudit, que Dieu avait anéanti, extirpé , détruit et précipité dans le gouffre de l'enfer ^ »

Non content d'avoir tellement maltraité rélecteur de Mayence dans ses libelles, que d'autres princes de la maison de Brandebourg en firent leurs plaintes à l'électeur de Saxe, il persécuta d'une haine implacable l'humaniste Lemnius, pour avoir loué le prélat dans quelques épigrammes latines imprimées à Wittenberg. Non -seulement il obtint qu'on chassât Lemnius de l'Université, mais il lut même en chaire une espèce de formule d'excommunication contre lui, <c parce que cet infâme poétastre louait le scribe de Halle, » révêque Albert, et faisait du diable un saint.» — « Je prie « derechef, dit-il en terminant, que les nôtres et particuliè- » rement les poètes et les hypocrites ne s'avisent plus de » louer, ni vanter pubfiquement , en cette église, école et » ville, cet infâme prêtre de m...e. Sinon, qu'ils s'attendent, » ainsi que leur maître, à me voir agir, et qu'ils sachent que » je ne souffrirai pas qu'on loue jusqu'ici à Wittenberg, ce « maudit prêtre, damné de son propre chef, et qui voudrait » nous voir tous trépassés ^ »

Dans un pamphlet dirigé contre le roi Henri d'Angleterre, il avait accablé ce monarque des invectives les plus grossières. Mais quand on lui eut fait entrevoir^'espérance de gagner à sa cause Henri VIll , qui voulait à tout prix être séparé de son épouse, il écrivit à ce prince une lettre rampante, humble et adulatrice, où il dit entre autres qu'il ne devrait pas oser lever les yeux sur la majesté royale, après s'être laissé si follement induire par de méchantes gens à écrire contre un si puissant roi, lui qui, tel qu'un homme méprisable et méprisé, un vermisseau, n'avait mérité d'autre réponse qu'un dédaigneux silence; qu'il priait le roi à genoux de lui pardonner, et qu'il rétracterait volontiers ses })aroles. — Cette lettre, toutefois, n'ayant pas produit l'effet désiré, il se remit, quatre mois plus tard, à dépeindre le roi, dans un

* L, c. XIV, 375.

^ Slrobel; nouveaux documents liU.; iir, j, 13-59.

LUTHER : SA COISDUITE EISVERS SES AMIS DE WÏTTEISB. 259

écrit public, comme un traître et un meurtrier, l'appelant un fou incurable, dont Satan était le dieu. En même temps, il s'excusa « d'avoir vomi comme un ivrogne cette lettre perdue, si humble, » en prétextant que le roi Christian de Danemark lui avait suggéré l'espoir de convertir Henri VIII à la doctrine luthérienne *.

A Wittenberg même, il avait fini par se brouiller à peu près avec tout le monde. Quelques personnes seulement, douées par la nature d'une souplesse particulièrement complaisante, purent se maintenir en paix avec lui. Il fallait des caractères comme ceux de Jonas, de Bugenhagen, de Cordatus, d'Amsdorf, tous gens incapables d'avoir aucune idée h eux, consentant à se laisser humblement approvisionner par lui de pensées et de passions, et employés ensuite à exécuter la fustigation littéraire sur ceux avec qui le Réformateur n'avait point le temps ou l'envie de l'entreprendre en personne. Encore ces hommes-là, si humblement passifs, ne parvenaient, comme le prouvent les plaintes lamentables de Cruciger, à vivre en bonne intelligence avec lui, qu'autant qu'ils savaient en môme temps se conserver les bonnes grâces de sa femme ^ ; ou bien ils ne devaient la bonne harmonie entre eux et le maître qu'à leur absence de Wittenberg, comme , par exemple, Jonas, Cordatus, Amsdorf. Méianchthon lui-même ne put se conserver dans sa position à Wittenberg, qu'en se soumettant avec patience à un esclavage que plus tard il taxe lui-même de honteux, et en opposant un silence passif à tous les outrages, à tous les éclats de l'orgueil du Uéformateur ^ Car le don de tout rendre sus-

» Ed. Walcl). xix, 469-OJ2, ss.

2 G. R. V, 314. Scis, ilium habere ad mulla, quae eum infiamniant, faceni domesticara.

^ Significavi, nilill prorsus pcrmanasse ad Lullierum. Mihi crede, non potest Iranquillitas relineri , nisi feramus mulla aceiba, ac dishimulennis niullas injurias. Kà-^'ôi TTcXXà à'îi/.tiu.a-ra /.al uCost? TroXXaxi; Trpaw? os'ptov iciyr.acf. x.at vjvt cù [x£a^J;caai, y.av y^fTi/.x-a ^'.à ççiXcu; àva>ia/-w cuni luagno Rieoruni detrimcnto (G. R, V, 728). — Tuli eliara antea servilulem pêne deformem, cum sœpe Lnllierus magis suae naluric, in qua (fO/.'nvAix erat non exigua, quam vel personne suac vel ulililali communi serviret, — dil-il dans une lettre à Chrislophe de CailowUz, en 1548 (C. R. vi, 880). — Le médecin Ralzeburgcr, un des anjis les plus constants de Luther, i apporle ce qui suit (Histoire secrète, eto pag. 2'») ; « l'hilippe était en secret d'avis que Luther éloil tellement ambitieux et coiuen-

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