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SES TENTATIVES POUR CORRIGER LE DOGME PROTEST

les prêtres et mangé de la viande un jour d'abstinence; enfin de ces pseudo- luthériens qui, pour plaire au vulgaire, fomentent partout des rébellions*. Mais la grande inspection qu'il fit dans les années 1528 et 1529, en lui révélant le véritable état de l'église de Saxe dans sa nouvelle organisation, lui ouvrit les yeux sur les causes de la popularité qu'avait rencontrée la doctrine de Wittenberg, et il dut faire devant l'Allemagne entière l'humiliant aveu que presque tous les pasteurs enseignaient mal et d'une manière fausse la doctrine principale, celle qui avait le plus concilié au nouvel ordre de choses les prédilections de la multitude, et gagné à la cause de Luther des millions de gens ^

Mélanchthon imagina qu'il pourrait corriger les effets pernicieux du dogme en classant dans la pénitence ce qu'il fallait écarter de la justification : Là, disait-il, les luthériens aiment qu'on demande et qu'on loue les bonnes œuvres 3. Mais, dès 1527, Aquila lui avait reproché d'être redevenu papiste, puisqu'il avait approuvé l'ancienne doctrine catholique de la pénitence et de ses trois éléments, et offensé par cette concession la doctrine protestante de la justification * ; et quand il rédigea ï Apologie, la logique même du système le força de ramener de nouveau la pénitence à la simple frayeur que cause la conscience du péché et à la confiance spéciale dans la rémission qui en est la suite. Néanmoins il se pénétrait de plus en plus de l'idée que sa tâche était de

' Multos ex plèbe videmus Luthero favere, tanqiiara liberlatis auctori, pertœsos moi'uni velerum. Professores quosdam ambilio aut spes qusestus invitât ad docendum nova? doctrin;e genus, quo se ad vuJgus venditent, paucos incitât ad doctrinam operum luer)dam hjpocrisis. — Non parum mulli sunt, qui existimant, nihil docere LiUlieriim, nisi humananim Iradilionimi conlemptum. Alque hi se valde pios esse putaut, ubi in sacerdotes fortiler debacchali sunt, aut conlra morem carnes ederunt. — Et quidam pseudolutherani profanis et sediliosis clamorihus, dum gratificantur raulliludini, alioqui cupidre novarum rertim, passim sediliones excitant. (Epilome renov. Eccles. doctr. A. A. 5. A. 7. )

' « Presque tous omettent une partie essentielle de la doctrine chrétienne et » sans laquelle personne ne peut comprendre ce que c'est que la foi. » — « Quand on proche la rémission des péchés sans la pénitence, il suit de là que » les gens s'imaginent avoir déjà obtenu le pardon de leurs péchés, ce qui les p plonge dans la sécurité et leur ôte toute crainte. Et voilà une erreur et un ^ péché plus grands que toutes les erreurs qui furent avant ce temps. » (Ed. Walch. I, 4912 et ss.)

î Corp. Réf. m, ?.%[i 'à Dieirich). — ^ L. c. iv, 05» {à Jquiu,).

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290 PLAINTES DE MÉLÂNCHTHON.

mitiger les paradoxes grossiers et choquants des autres, de dégager la doctrine chrétienne des ténèbres et des nuages dont d'autres cherchaient à l'envelopper par leurs disputes, bien qu'il sût très-bien, disait-il, que cette tendance l'exposait à de grands dangers, et que c'était s'engager dans une lutte contre la tyrannie des sophistes illettrés et gonflés de vanité; mais il craignait davantage, ajoutait-il, les imperfections et les vices de son propre parti que les projets de ses adversaires i. Les points de doctrine auxquels il voulait particulièrement ôter leur dangereuse acerbité, et qu'il désirait exposer sous une forme moins compromettante pour le sentiment religieux et moral, étaient la prédestination, la coopération de la volonté dans la conversion, la nécessité de l'obéissance ou des bonnes œuvres et le péché mortel 2.

A partir de l'an 1534, il fit entendre des plaintes plus fréquentes sur la dureté de certaines formes dogmatiques et la raideur de certaines doctrines; sur l'ochlocratie théologique et la tyrannie d'une multitude ignare, ennemie de toute modération ; sur les attaques qu'il lui fallait essuyer pour avoir tenté de mitiger la rigidité de ces dogmes; sur l'inopportunité du temps où il fallait travailler au développement de la nouvelle doctrine au milieu de scandales sans nombre, de la licence effrénée du peuple et de la pétulance d'esprits indomptables. Des doutes et des scrupules s'élevaient dans son âme à l'aspect de ce gouffre qui séparait> l'ancienne Église d'avec la nouvelle Confession, et qui allait s'élargissant de jour en jour. On devrait, disait-il en 1530, s'entendre au moins, dans une grande conférence de savants protestants , sur les articles où il serait absolument impossible de rien céder, et pour l'amour desquels il faudrait se décider à rompre les liens religieux entre les nations et à faire naître une scission éternelle. Ce qui le préoccupait également beaucoup, c'était de voir quelles variations régnaient dans la doctrine, et com-

* Scis me quaedam minus horride dicere, de praedestinalione, de assonsu volunlalis, de necessitale obedienliae uostrae, de peccalo raortali. De his omnibus scio, iT ipsa Lulhernm sentire cadein, se«l inerudili qna'dnm cjus (poçT'.y.wrefa dlcl;i, cum non videant, quo perlineant, nimium amant. (Corp. Upf. m, 383 à Dielrich),

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