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PREMIÈRES CO>FÉREIVCES A WORMS

cédente à Schmalkalden, de ne pas s'écarter d'une ligne, lors des colloques qui se préparaient, de la Confession d'Augsbourg et de l'Apologie; il se rappelait Tinstruction donnée à l'ambassadeur saxon envoyé à Worms, de ne pas permettre qu'on s'éloignât d'un iota ni du sens ni môme de la lettre de la Confession d'Augsbourg; et voilà qu'on présentait un écrit, qui, si protestant qu'il fut en partie quant à la doctrine de la justification, contenait cependant, touchant l'Église et les sacrements, les principes catholiques, et, de l'avis de Mélanchthon, avait été fabriqué par Gropper pour en imposer aux protestants et les ramener en Egypte i.

Les conférences touchant le péché mortel et la justification ayant commencé d'abord à Worms, en décembre 1540, Eck rédigea une formule qui fut repoussée non-seulement par les protestants déclarés, mais aussi par les envoyés du Paiatinat, de Brandebourg et de Clèves, dont les princes gardaient encore l'attitude de membres de l'Église catholique. Gropper essaya d'une conciliation, en prétendant que jusqu'alors on s'était seulement mal compris en ce qui concerne cette doctrine et qu'on n'avait discuté que sur des mots ; mais Mélanchthon n'eut pas de peine à le réfuter. Dès ce moment, les protestants, qui connaissaient bien la manière de voir de Gropper, se flattèrent que ceux de Cologne allaient approuver leur doctrine et rejeter la formule d'Eck. La dispute, que soutenaient surtout l'écossais Alésius et Eck avec ses collègues, traîna en longueur; tandis que Granvella, ministre de l'Empereur, était d'avis qu'il ne fallait pas une longue discussion, et que la question pourrait être vidée siante pede, comme les Juifs mangeaient l'agneau pascal'. Mais quand le colloque eut été réellement ouvert, Eck et Mélanchthon discutèrent trois jours durant sur cette seule proposition protestante, que même les premiers mouvements tout-à-fait involontaires de la concupiscence dans l'homme sont des péchés réels et défendus par la loi de Dieu , et que, par conséquent, l'homme est incapable d'accomplir la loi de Dieu, ni dans son ensemble, ni dans ses détails. Là-dessus, Granvella rompit la conférence et la transféra à Ratisbonne.

» L. c. HT, 97S. — Ce Welle, v, U. — = Qrp. RgC, ,i,^ 122&-S2-42.

304 CONl ÉR. A RAIISBONINE ; DILEMME DE MÉLANCHTH.

Du côté des protestants, on veillait avec une telle sollicitude à ce que rien ne fût cédé sur le dogme principal de l'efliracit.é de la foi seule, que l'électeur de Saxe, dès 1540, recommandait à son envoyé de ne point soulîrir surtout que l'on considérât les conférences comme une continuation de celles qui avaient eu lieu dix ans auparavant, attendu qu'à cette époque Mélanchthon, Brenz et autres avaient consenti à supprimer le mot sola dans l'article de la justification; mais que Luther avait déclaré depuis que personne, de son consentement, n'ôterait le mot^o/a de cet article *.

Dans les dernières conférences de Ratisbonne, où Mélanchllion, secondé par Bucer et Pistorius, avait pour adversaires les trois théologiens catholiques Gropper, Pflug et Eck, il n'eut guère de peine, Gropper allant à mi-chemin au-devant de ses idées, Pflug, sans aucune consistance comme tiiéologien, se rattachant à Gropper, et Eck se trouvant tantôt paralysé dans ses efforts par ses deux collègues, tantôt empêché par l'état de sa santé. Mélanchthon faisait valoir comme un argument principal que, si l'on faisait consister la justice de l'homme en autre chose que dans l'obéissance de Jésus-Christ à lui imputée, comme, par exemple, dans la charité ou dans la foi agissant dans la charité, il faudrait admettre aussi que les cérémonies de l'Ancien Testament, la circoncision et autres pratiques du même genre justifiaient pareillement, car l'obéissance en ces sortes de choses était aussi nécessaire à cette époque que l'obéissance morale des vertus ; que si saint Paul dit que la circoncision n'est pas une justice, les vertus qui suivent la foi ne doivent pas non plus être comptées dans la justice^. Avec cela, il se retranchait toujours dans son dilemme, juste à cause de Jésus-Christ, et pai' conséquent sans les vertus (c'est-à-dire la justice de l'homme devant Dieu n'est pas une justice inhérente) ; ou bien, juste à cause des vertus, et par conséquent sans Jésus-Christ. A cela Us théologiens catholiques répondaient bien que, d'après la doctrine chrétienne, nul n'est justifié, si ce n'est par Jésus-Christ, pour la vertu de ses mérites et en se joignant à Jésus-Christ, comme les membres à la tête, et que, par con-

• L. c. 1053. ~ 2 L. c. IV, '2kZ-k>\.

FORMULE DE GROPPER ET BLCER. 305

séquent, nul n'est justifié, même avec la justice inhérente, si ce n'est par Jésus Christ et à cause de Jésus-Christ ; mais Mélanchthon ne voulait pas entendre parler de cette explication. Sans cesse il revenait à son dilemme, d'après lequel Jésus-Christ serait exclus et sa gloire amoindrie, dès qu'on admet chez l'homme une justice intérieure réelle qui puisse compter devant Dieu. Mais ce qui lui parut toujours un argument décisif, c'est que la doctrine de l'imputation est la seule qui console et rassure, au lieu que celle de. la justice intérieure ne fait que jeter l'homme dans l'inquiétude, dans le trouble, et môme le réduire au désespoir.

11 se produisit successivement plusieurs formules : l'une, rédigée par Contarini, bien que d'accord avec la doctrine de Gropper, fut repoussée par les protestants ^ ; une autre, dressée par Mélanchthon, fut rejetée par les théologiens catholiques, et celle de ces derniers fut, à son tour, déclarée inadmissible par Mélanchthon et ses collègues ^ Enfin, prenant pour base l'article de la justification contenu dans le projet impérial, c'est-à-dire la forme imaginée par Gropper et Bucer, on parvint à construire une nouvelle formule par laquelle chacun des deux partis se figurait avoir cédé quelque chose à ses adversaires. Cette formule bâtarde, comme cela devait être, portait l'empreinte de son origine ambiguë, et ni l'un ni l'autre parti ne s'en montrèrent satisfaits, bien qu'elle fût incontestablement plus favorable au système protestant qu'au système catholique. D'abord, il est vrai, on y disait que l'homme est justifié par une foi vivante et edicace, et que par cette foi il est agréable à Dieu à cause de Jésus-Christ. Voilà qui était parfaitement conforme à la doctrine de l'Église sur la foi formée par la charité, que Luther avait combattue avec tant de violence ; mais cette concession fut aussitôt paralysée et annulée par la proposition protestante qui la suit immédiatement. Celle-ci, en effet, disait : que dans cette foi est comprise en môme temps pour chacun la certitude d'avoir déjà reçu

* Mélauchlbon la qualifie même iVinsulsîsslma (Letire ù LulLer; Corp. Ref» iv, 303.

s Cruciger à Bugeuliagen. Corp. Bef. i\, 304.

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