‹ La réformeChapitre 18 sur 270 · BASE DE LA THEOLOGIE · texte numérisé non relu

BASE DE LA THEOLOGIE

Sous la dénomination de Loi^ Luther comprend la somme des devoirs moraux de l'homme, et la voix de la conscience qui nous rappelle ces devoirs ou nous reproche nos transgressions. VÉvanyile, au contraire, n'enseigne nullement ce que l'homme doit faire, mais ce que Jésus-Christ a fait pour lui, et ce que l'homme doit seulement croire et accepter \ La loi et l'Évangile sont directement opposés l'un à l'autre, et, pour que la doctrine chrétienne conserve son caractère consolant, il est nécessaire par-dessus tout qu'on ne fasse pas de l'Évangile une législation, ni du Christ un Moïse :

« L'Evangile ne prêche pas ce que nous devons faire ou ne pas faire ; il n'exige rien de nous ; mais, tout à l'opposé, au lieu de nous dire : Fais ceci, fais cela, il nous commande simplement de tendre le pan de notre robe et de recevoir, disant : Tiens, homme bien-aimé, voilà ce que Dieu a fait pour toi, il a pour l'amour de loi revêtu de chair son propre Fils. Accepte ce don et crois-y, et tu seras sauvé. L'Evangile enseigne uniquement ce que Dieu nous a donné en pur don, nullement ce que nous devons donner à Dieu et faire pour lui, comme la loi a coutume de le faire 2. — L'Evangile ne nous demande pas nos œuvres pour notre justifîcaiion et notre salul ; au contraire, il condamne ces œuvres ; il veut que nous croyions en Jésus Christ ; il veut que nous croyions que Jésus-Christ, ayant vaincu le péché, la mort et l'enfer, nous donne le salut et la vie, non pour le mérite de nos œuvres , mais pai-

se fondre. » II va de soi qu'on déclarait le Commentaire de Luther infiniment supérieur et préférable à tous les commentaires, à toutes les explicai ions des Pères de l'Eglise; car, dit Chytrœus : « Plerique Patres propriam Evangelii de gratia Dei et justitia fidti doctrinam, quœ prcecipuum et proprium EccltsicB patrimotiium est, levissimc attingunt, » (Voy. Ja préface de Walch au vin» volume des œuvres de Luther, p. 20 et s.) Le dernier éditeur du Commentaire, Irmischer, dans sa préface, le range, suivant l'opinion générale de tous les Evangéliques, au nombre des plus excellents ouvrages de Luther, le regardant comme toul-à-fait classique en ce qui concerne la docliine sur la foi justifiante etsanctifianie, sur la disUnction et l'usage de la Loi et de l'Evangile. Les auteurs de la Formule de concorde se basèrent, pour la rédaction de l'article concernant la justification, sur le Commentaire de Luther.

' Lulheri Couim. in Galat. éd. Irmischer. Erlangae. 1843. i, 139. Hic consulendum et audiendum est Evangelium, quod docet, non quid ego facere debeam, hoc enim est proprie legis olficium, sed quid Jésus Christus, Dei Filius, pro me fecerit, scilicet, quod pro me passus et mortuus sit, ut me a peccato et morte liberaret. Hoc jubet me Evangelium recipere et credere, eaque est et dicitur Evangelii veritas, atque is principalis est doclrinœ Christian» articulas, in quo cognitio totius pielatis consislit.

5 OEuvres de Luther, éd. Walch, m, 4.

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ses propres mérites, par sa passion et sa mort ; ii veut que nous nous imputions, comme l'ayant accomplie nous-mêmes, sa mort et sa victoire ^ »

Or, toute la théologie, si l'on ne veut pas la voir tomber dans les plus abominables erreurs, doit reposer sur cette base, à savoir, sur la distinction la plus scrupuleuse et la plus complète entre la loi et l'Évangile, entre les fonctions de l'un et de l'autre. C'est là ce qui rend l'homme juge de toutes les doctrines et de toutes les lois, et une des erreurs capitales des papistes est d'avoir confondu la doctrine de la loi et celle de rÉvangile : voilà pourquoi aussi ils ont été incapables de rien enseigner de certain touchant la foi et les œuvres, touchant les états de la vie humaine et la distinction des esprits 2. La fonction de la loi est de pousser Thomme vers Jésus-Christ ; car la loi ne fait jamais qu'accuser : elle tue, elle conduit au désespoir, mais à un désespoir salutaire, si Thomme, renonçant à toute justice réelle et intérieure, à cette inaccessible sainteté que commande la loi , sait ne trouver de salut possible et d'apaisement de conscience que dans la seule foi et dans l'imputation de la justice de Jésus-Christ.

C'est dans les Épîtres de saint Paul que l^uther prétendait avoir puisé toute cette doctrine sur la loi et l'Évangile. La justice de la loi et la justice de la foi, telles que l'Apôtre les oppose lune à l'autre, sont entre elles comme agir est à croi?-e, comme faire quelque chose pour Dieu est à recevoir quelque chose de Dieu. L'un est l'affaire de la loi, l'autre celle de l'Évangile ou de la foi. Si saint Paul insiste tant sur la différence entre faire et croire, c'est pour séparer la charité d'avec la foi, et pour montrer que la foi seule justifie '. Hien, selon Luther, n'est plus funeste que cette intervention de la loi ou de l'amour ( de Dieu et du prochain ) dans la justification \

* L. c. XIV, 102.

2 Luilieri Comment, in Galat. éd. Irniischei', 11, 95.

* L. c. I, 23li. Hoc modo fidcs, quœ cifdît in Chrislum, fit olîosa et îrrila, (|'.\ia ei delrahilur vis juslKicandi, nisi forniiita sit caritate. Tu vero sepone jam legcm et caiilalcm in alium locum et lempus, et inlende aniraum ad statum prascnlis causae. — L, c. ii, 29. Lex, opcra, caiitas, vota non redimunt, sed mogis ihvolvunl et gravant maledictionc. — Voy. ar.ssi Comm. in Galat. éd. Francof. 1543, f. 123: Papa cum suis Scolaslicis docloribus clare dicit, legem et oruliam esse dislincta. Et taraeiJ in ipso nsu plane contrarium docet. Fides

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Il faut certainement , dit Luther, prêcher la loi aux gens, atin qu'ils sachent quelles choses Dieu exige de nous, choses tellement dilTiciles que nous n'en pouvons accomplir aucune, attendu l'impuissance de notre nature , corrompue par la chute d'Adam. Car c'est par la loi que l'homme reconnaît combien il est difficile, impossible même d'accomplir la Loi. Ou bien encore : La loi est bonne et utile, mais dans son application spéciale, à savoir : premièrement, pour réprimer les transgressions aux lois civiles, et, secondement, pour dévoiler et grossir les transgressions spirituelles, de manière à accuser, à efifrayer l'homme et à le pousser au désespoir*.

Tl est donc nécessaire de prêcher la loi à l'homme, afin qu'il reconnaisse son impuissance à l'observer, la prenne en haine et s'en dégoûte^ ; car la foi en Jésus-Christ doit expulser la loi et toute influence que celle-ci pourrait exercer sur la conscience de l'homme, la loi et le Christ étant deux termes diamétralement opposés et tout-à-fait inconcihables :

« Si la loi t'effraie, t'accuse, te montre le péché, te menace de la colère de Dieu et de la mort, fais comme s'il n'y eût jamais eu de péché, mais comme s'il n'eût jamais existé que le Christ, qui est tout grâce et rédemption. Ou bien, si même lu sens dans ton âme les terreurs de la loi, dis néanmoins : Loi, je ne veux pas l'entendre; car lu as une langue pesante et inerte. Les temps sont accomplis ; c'est pourquoi je suis libre. Je ne veux donc pas souffrir plus longtemps ta domination. On voit alors combien il est difiicile de distinguer la loi de la grâce, que c'est un don purement divin et céleste de croire à l'espérance là où il n'y a pas d'espérance, et combien l'apôtre saint Paul a raison de dire qu(» nous ne sommes justifiés que par la foi ^. »

Mais sitôt que l'homme laisse la loi régner sur sa conscience, la loi n^est plus réellement qu'un cloaque de blasphèmes et d'hérésies. C'est pourquoi Luther prétendait qu'on ne devait pas laisser entrer dans sa conscience la loi avec

in Christum, inquit, sive sit acquisita per vires, actus et habilus uaturales, sive sit infusa per Deum, lamen mortua est, nisi sequatur dilecUo. Ubi hic nianet dibtinclio Legis etgratiae ? Nomine quidem ista inter se distinguit, rêvera tamen gratiam vocat dilectionem.

' Ed. Walcb. xr, 159. — Gomm. in Gai il. ed.Trmisclier, ii, 6P.

» EL Walch. XIV, 102.

» Comra. in Gai ut. éd. IrniiscUer, ii, 14/;.

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