ABAISSEMENT
ses exigences, ses avertissements et ses reproches ; qu'il était impossible à l'homme d'être justilié et sauvé, s'il ne commençait par expulser la loi de son cœur, par anéantir tout souvenir de la loi divine, et renoncer à la folle idée que Jésus-Christ ait réellement donné une loi, celle de l'amour 1.
Luther représente donc toujours la voix de la conscience comme celle de la loi, ou comme celle de Satan, qui, par la loi, épouvante les hommes et les pousse au désespoir. 11 faut que l'homme s'en défende avec le bouclier de l'Evangile 2.
Luther est vraiment inépuisable en circonlocutions , en détours et en répétitions , pour persuader aux hommes de délivrer et de purger leur conscience de tout ascendant de la loi divine. « 11 faut que nous écartions la loi aussi loin de notre conscience, que le ciel l'est de la terre : car dans la conscience, la loi ne saurait faire autre chose que de multiplier le péché et d'engendrer la mort. L'empire de la conscience doit appartenir exclusivement à la grâce et aux mérites de Jésus -Christ '. »
Cet abaissement de la loi morale et de l'amour de Dieu et du prochain qu'elle nous commande est un des points où Luther revient le plus fréquemment et où il s'arrête toujours avec une prédilection marquée. A l'en croire, l'homme n'aurait pas d'affaire plus importante, et pas de tâche plus dif-
1 Comm. in Galat. Francof. 15A3, f. 11, a. et 69. b. Nisi ignoraveris legem in corde tuo, certe statueris nullam legem et iram Dei, sed ireraro graliam et raisericnrdiam propler Chrislum, non potes salviis fieri. — O qui bene dislinguere nosset, ne in Evangelio legem quaereret, svd id ab illa tam !oi)ge discerneret, quam distat cœlum a terra. Difîerentia illa in se facilis, certa et plana est, sed nobis difficilis, imo fere incomprchensibilis.
2 Dans une lettre à George Held, en 1533, il exhorte celui-ci ù demander à Jésus-Christ la conviction, que le Christ non-seulement est autre chose que Moïse, le Pape et le monde entier, mais aussi autre chose et quelque chose de plus grand que notre conscience qui, pourtant, est supérieure à Moïse et au Pape. A ces paroles : Le Seigneur a écarté tes ennemis^ Luther ajoute en forme de glose : « H appelle ennemis la loi et la mauvaise conscience. Ailleurs encore Luther écrit : Christus non est asper^ severus^ mordax, ut Moses, qui a Tnir du démon et parle d'un ton à fuire tourner le cœur, habet enim labia diffusa felle et ira, les lèvres abreuvées d'absinthe et de fiel, voire du feu d'enfer. Loin de nous donc Moise I qu'il n'épouvante pas les cœurs afligés I Noster autem Rex habet labia blanda. » (0pp. lat. lén. m, kl\%, 6.)
•> 0pp. la*. len. m, 385.