PREPARAT. POUR LE COLLOQUE DE
en Allemagne. Dans cette situation, ils se décidèrent pour ce dernier parti, comme étant de deux maux le moindre.
Il fut donc décidé à la Diète de Worms, en 1545, et du consentement des Etats protestants , qu'un nouveau Colloque serait tenu pour « arranger les afTaires de religion. » Le Landgrave, toujours conseillé par Bucer, fut encore d'avis cette fois de montrer une certaine condescendance. Si l'on pouvait seulement obtenir des adversaires la doctrine de la justification, la communion sous les deux espèces et le mariage des prêtres, « Dieu, disait-il, dans sa miséricorde, fe~ rait également passer avec le temps les autres articles. » Bucer lui-môme, mécontent, comme toujours, de la forme du protestantisme, remit sur le tapis, dans un écrit soumis à ceux de Wittenberg pour qu'ils en donnassent leur avis, son projet de réforme universelle allemande, en ajoutant cette lois que dans l'organisation des autres églises, non réformées jusqu'alors, il n'était pas précisément nécessaire de prendre modèle sur les communautés protestantes, telles qu'elles se trouvaient organisées en ce moment. Cette dernière clause déplut à ceux de Wittenberg; ils n'y voyaient, disaient-ils, que la prétention de faire renoncer les protestants à leur doctrine et à leur confession, et d'amalgamer en une seule les deux doctrines, papiste et protestante, ce qui amènerait une nouvelle dislocation et la destruction de leur église *.
Quand il fut question de choisir les théologiens qu'on devait envoyer à Ratisbonne, on vit se manifester de nouveau la méfiance envers- Bucer, dont on ne pouvait cependant se passer. L'Electeur craignait que Bucer « ne brassât quelque chose à l'avance avec Schnepf et Brenz ; » mais Mélancbthon le tranquillisa en affirmant que « ces deux derniers étaient beaucoup plus rigides et plus âpres à céder quelque chose que d'autres , et , en outre, mal disposés pour Bucer ^. » Les théologiens de Wittenberg envoyèrent donc Major ; car, étant résolus de saisir le premier prétexte qui s'offrirait pour rompre des conférences importunes, ce fut pour eux une raison de ne pas envoyer Mélanchthon. Le 13 décembre 15'i5,
* Corp. Réf. yi, 9. ~ Bucholtz. v, 51. -- » Corp. Réf. v, 905.
310 COLLOQUE DE KATISBOI^^E
le chancelier Briick conseillait déjà à l'Electeur de ne point se hâter d'envoyer les théologiens, dans l'espoir que ce retard seul suffirait déjà pour empêcher toute l'affaire, c'està-dire que les théologiens catholiques, las d'attendre^ partiraient, ce qui vaudrait mieux que de rompre les conférences une fois engagées, parce qu'alors les protestants pourraient Lien (^ n'en pas sortira leur honneur *. » Au précédent Colloque de Ratishonne, Mélanchlhon avait déjà déclaré, malgré les concessions de Gropper, qu'il eût mieux valu rompre la discussion sur la doctrine de la justiOcation, parce que c'était sur cet article que les protestants étaient le plus favorisés de l'opinion publique ^, Cette fois , il affirmait de nouveau, avec l'assentinrient des deux autres théologiens de Wittenberg, que le mieux serait certainement de prendre l'article de la justification, si populaire dans toute l'Allemagne, pour prétexte de rupture ^. Vers le iO mars, il déclara dans un nouvel avis, qu'il y avait dès-lors motif suffisant et occasion commode de rompre le Colloque, attendu que les théologiens du parti adverse remettaient en question des articles précédemment arrangés, et (accusation favorite de Mélanchthon) énonçaient des blasphèmes manifestes en alléguant que chacun doit douter si ses péchés lui sont remis, et que Thomme, dans sa fragile et coupable nature, peut accomplir la loi de Dieu ^.
Bucer, Major, Schnepf, Pistorius et Frecht étaient opposés^ dans ce Colloque , aux théologiens catholiques Malvenda, confesseur de l'Empereur, Billik, llofmeister et Cochlaeus ^
* Corp. Réf. v, 905,
^ Ventum est ad loeum de juslificaEione, ubi cnm liber neque Eccio neque mihi placeret, cœpimus libère dispulare de summa rei, cumquc esset acerrimum cerlamen, et ego viderem honeste abrumpi ac everli posse lotam aclionem, exposui meum consilium collegis, et prsedixi nos habiluros in locis sequenlibus controversias, qua; minus possent coneiiiari, et posse jain nos in causa plausibiiiori liberari muUis pcriculis. Corp. Réf. iv, l^lh»
î Corp. Réf. vi, 56. — * Corp. Ref, vr, 79.
fr Si Ranke et Plank allcgueot que les théologiens catholiques se comportèrent dans le C-oiloque en criards bruyants et passionné^, c'est qu'ils ne basent leur assertion que sur la relation de M^jor, qui se donna beaucoup de peine pour répandre cette opinion. Le principal orateur catholique, Malvenda, est jugé tout autrement par Mélanchthon et Brenz. « Miror^ » dit le premier, « quem nosiri Malvendœ opposiluri sinf, quem ut intcr istos sane Ulyssem esse judicn, et suavi fucundia prœdilum esse ipsc eomperi, kxI <5cm à-p(,îvc!>;. > — • Malien-
i)E UAS 1546. 311
Les théologiens protestants manifestèrent tout d'abord leur mauvaise humeur et leur élonnement, en apprenant que les catholiques n'étaient nullement disposés à reconnaître la prétendue « conciliation » de l'article de la justification, arrangée cinq ans auparavant avec Gropper, mais qu'ils la repoussaient au contraire comme un attentat commis contre l'intégrité de la doctrine de l'Église par un ou deux particuliers sans mandat, et se proposaient de défendre l'ancien système tout entier, tel qu'il était enseigné jadis. Les protestants demandaient que l'article de la justification fût immédiatement inséré dans le protocole des conférences ; les théologiens catholiques , de leur côté, se référaient au rescrit impérial qui mettait expressément l'article de la justification au nombre de ceux qu'on devait discuter, et rappelaient en outre que personne, ni l'Empereur, ni le légat, ni les princes, ni les Etats soit catholiques, soit protestants, n'avait regardé cet article comme définitivement arrêté, hormis ceux qui avaient pris part au Colloque. Alors les théologiens protestants, à leur tour, comme s'ils prenaient à tache de prouver qu'il n'y avait pas eu d'accord réel, exhibèrent la précédente déclaration des États protestants, de ne pouvoir accepter cet article, tel qu'on l'avait « concilié » cinq ans auparavant à Ratisbonne, que dans le sens qu'ils donnaient, eiix^ aux termes employés dans sa rédaction. Que si, par exemple, il était question de la foi efficace, par laquelle l'homme est justifié, ils n'entendaient nullement par là, comme on avait voulu l'interpréter du côté des catholiques,
da, dit le second, set si canît veterem scfiolasiicorum et monackorum cantUcnamde justi/îcatione, humana tmnen loquitur, » Dans une lettre écrite plus tard, Mélanchthon dit que les Espagnols qu'il avait à sa table à Wittenberg (entre autres le fameux François Enzinas (Dryauder) se plaisaient à louer grandement la pénétration de Malvenda et sa diction éloquente (Corp. Réf. vr, 31- 51-66).— Bucer, dans son «Avant-Propos au lecteur » (S. 4), s'excuse des termes acerbes employés par lui et les autres théologiens protestants, non pas sur l'inconvenance de la conduite des théologiens catholiques, mais sur les écrits pleins d'amertume et de violentes accusations que deux d'entre eux, Biîlik et CochiîEus, avaient publiés contre les protestants en général avant et apr^s l'ouverture du Colloque. Il suflit de comparer les discours et les expressions des théologiens catholiques, tels que les rapporte Bucer dans son ouvrage détaillé sur la Colloque, avec la a relation succincte et véridique du Colloque » de Major, pour rcconnaiue sur-le-champ de quel côté le débat fut soutenu avec un calme et une dignité dcpouiliés de toul€ passion.