ROMPU PAR LES PROTESTANTS
Conférence, et prescrivait de tenir les débats secrets et de recourir davantage à la discussion orale qu'à réchange de notes et de mémoires. Là-dessus, l'Électeur et Le landgrave rappelèrent leurs théologiens. La première de ces dispositions avait pour objet de mettre un terme aux influences exercées du dehors et à distance; la seconde était fondée sur cette considération qu'il n'y avait moyen de s'entendre qu'en échangeant les idées de vive voix, au lieu d'accumuler les écritures, mémoires, répliques et dupliques. Mais les théologiens protestants déclarèrent * s'être convaincus de jour en jour davantage qu'il n'y avait aucun fruit à espérer du Colloque, si on ne leur permettait de rédiger des mémoires qui mettraient l'Empereur et les Etats à même d'apprécier leurs arguments et la doctrine de l'un et l'autre parti. Ainsi se termina le Colloque. L'Empereur représenta alors aux protestants que leurs théologiens avaient quitté Ratisbonne brusquement, sans autorisation et sans motifs fondés, et les somma de s'occuper de nouveau à chercher les moyens propres à amener une conciliation. Major, dans sa relation, répondit qu'ils n'étaient partis que sur l'ordre de leurs princes, et que, l'eussent -ils fait de leur propre chef, les motifs n'auraient nullement manqué pour les justifier : « Car, disait il, des chrétiens ne » doivent pas traiter et discuter longtemps avec de pareils » ennemis de Dieu et de Jésus-Christ, qu'ils souillent et dés- » honorent chaque jour par leur idolâtrie et leur doctrine » exécrable, du moment qu'ils refusent de s'amender, et con- » tinuent à pécher contre la vérité manifeste'etle Saint-Esprit; » mais il vaut mieux se conformer à la parole de saint » Paul : Tu éviteras les hérétiques 2. »
Ceux de Strasbourg, sur la proposition de Bucer, furent d'avis d'offrir un nouveau colloque , mais sous une autre forme *. L'avis que Mélanchthon et ses collègues de Wittenberg présentèrent à l'Electeur à ce sujet, trahit leur embarras et leur perplexité. Proposer une autre forme de conférence était, selon eux, chose inutile, attendu que, quelque forme qu'on adoptât, les deux partis n'en persévéreraient pas moins dans leur doctrine, et qu'on ne pourrait trouver
» L. c. p. 601. — » Relation de Major. R. 3. — 3 Corp. Réf. ti, 130.
318 s. PAUL ET S. JACQUES SE CONTREDISENT
ni président, ni arbitre dont on voulût, de côté et d'autre, reconnaître rautorilé et le jugement. Cependant, ils ne dissimulaient pas combien Tétat déplorable et la désorganisation profonde de l'Eglise leur faisait désirer de voir, par suite d'un accord entre les princes protestants, l'Empereur et les évoques d'Allemagne rétablir une organisation ecclésiastique solide et stable ^
Quelques mois plus tard éclatait la guerre de Smalkalde. Le Colloque de Ratisbonne fut le dernier acte public où les catholiques et les protestants s'expliquèrent vis-à-vis les uns des autres au sujet du dogme de la justification. Le développement ultérieur et la fixation définitive du système protestant furent déterminés par les conflits qui éclatèrent au sein même de la nouvelle église. La Confession dite saxonne, rédigée par Mélanchthon en 1554, ne faisait, quant à la justification, que répéter ce qui déjà avait été dit dans l'Apologie.
Cependant, avant que de suivre le dogme dans cette phase nouvelle, nous devons jeter un coup-d'œil sur un incident important au point de vue historique, et qui exerça même une influence considérable dans une sphère assez étendue, rsous voulons parler de l'attitude que la Réforme, dans l'intérêt de sa doctrine sur la justification, prit à l'égard de l'Epître de saint Jacques et à l'égard de saint Augustin.